17.02.2011

Aux bords du lac Baïkal - Christian Garcin

"Oui, mais quand même, avais-je rétorqué, car j'ai de la répartie"

 

jeunesse,humour,fantaisie,que du bon

 

Une journée aux autres pareilles, en Sibérie du Sud. Un lac, des animaux, un homme. Rien, quoi. Rien ? C'est bien mal connaître Christian Garcin, ou plutôt Chen Wanglin, personnage de son roman "La piste mongole", qui assume la paternité de ces récits animaliers.

Un homme, donc, mais pas n'importe lequel. C'est Geirg Dordjé, quasi muet et très peu sourd. Lui seul peut communiquer avec absolument tous et n'importe quoi (ou tout et n'importe qui), mais ce jour-là, ce qu'il veut, c'est aller faire la sieste sur une petite île. Où une marmotte sera la proie d'un aigle, dans l'indifférence générale.

Une seule action, 12 points de vue : régal.

Ce livre est absolument parfait pour l'histoire du soir, de 4 à 88 ans. Lu à haute voix, c'est un enchantement de noms croquignolets (Lelio Lodoli, Pandolphe Popovitch, Malmousque Gourbi, Anoushka Petzoula, etc.), de caractères excentriques et de comportements aussi ridicules qu'adorables. A chacune des saynètes un petit mantra sur Geirg Dordjé devient vite l'incontournable moment attendu, et si en tant qu'adulte j'ai traversé le tout avec un sourire de plus en plus large (car il va sans dire qu'on peut aisément transposer), j'imagine sans peine les éclats de rire des petits minots qui se verraient conter tout ça par une voix complice qui accepterait d'en faire des tonnes. D'histoire en histoire le trait est repris, creusé, enjolivé, et à la manière d'un roman choral les personnages apparaissent et réapparaissent, formant vite une communauté de plus en plus sympathique.

C'est plein de fantaisie, joyeux, ça sent le soleil et la bonne humeur, on ne le lâche pas !

 

Ed. Ecole des loisirs, 2011, collection Médium, 134 p.

 

"Dwayne Dodo est un gros escargot qui pense être le plus beau de tous les escargots, donc de tous les animaux. car Dwayne Dodo pense très sincèrement que, d'un strict point de vue esthétique, les jambes des animaux humains sont une aberration, les ailes des oiseaux également, tout comme les écailles des uns, la fourrure des autres, les pattes, les plumes, les doigts, les griffes, les sabots, les museaux, les visages, les oreilles, les becs, et aussi l'absence de coquille, qui n'est pas loin d'être un véritable scandale esthétique. Et surtout, surtout, ces yeux collés sur la figure, c'est d'une laideur.

On peut donc résumer les choses ainsi : Dwayne Dodo, le plus beau de tous les escargots, était par voie de conséquence le plus bel animal du monde."

 

18.11.2010

A Jaine Austen Mistery 1/ This pen for hire - Laura Levine

"If I sound cynical, it's because I am."

 

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Elle s'appelle Jaine Austen (mother is an Anglophile, and a bad speller), est écrivain public à Los Angeles, a un chat, Prozac, qui est un ventre à pattes, des problèmes de poids (They have a marvelous flan on the menu, but there was no way I was going to order it. No way at all. Not in a million trillion years, I told myself, would I let one more calorie down my gullet. P.S. It was yummy.), est divorcée, ultra méfiante envers les hommes, pleine de références littéraires, et très drôle.

Parce qu'elle refuse de croire à la culpabilité d'un de ses clients dans une affaire de meurtre, elle se lance dans une enquête improvisée autour de l'assassinat d'une prof d'aérobic. Très vite, elle constate que les suspects possibles sont nombreux, et la police pas vraiment encline à coopérer...

Le ton a d'indéniables similitudes avec celui de Janet Evanovich, pour le meilleur, tant c'est réussi. Jaine Austen s'impose immédiatement dans une vraie proximité, plus encore que Stéphanie Plum parce qu'elle nous ressemble, elle. Pas de famille haute en couleur aux environs, un vrai problème de taille de cuisse, pas vraiment mignonne, branchée livres et écriture, et morfale invétérée : comment ne pas l'aimer ?

Dans ce premier tome introductif, elle subit quelques rebuffades masculines qui sont susceptibles d'évoluer, suite au prochain épisode...

Et puis comme elle a finalement obtenu un chouïa de médiatisation (pas facile, à Los Angeles) avec cette première affaire, qui lui a beaucoup plu - jouer les détectives est décidément plus excitant qu'écrire une énième brochure pour un plombier - elle espère augmenter son portefeuille de clientèle :

 

In fact, I've already been working on an idea for an ad in the Yellow Pages. What do you think ?

Jaine Austen, Discreet Inquiries

Work Done with Pride, not Préjudice

I know. It needs work.

 

Kensington Books, 2002, 224 p.

 

L'ordre chronologique des aventures de Jane Austen, en VO uniquement, à ma connaissance un seul opus est traduit en français et ce n'est pas le premier, aucun intérêt.

08.05.2010

Juliet, Naked - Nick Hornby

"Peut-être que Duncan et Linda devraient se mettre ensemble, songea Annie. Ils pourraient discuter entre gente compagnie et rester pantois l'un devant l'autre."

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Annie et Duncan sont en couple par défaut. Ils ont uni leur solitude voilà déjà quinze ans, éléments déracinés venus s'échouer à Gooleness, petite station balnéaire britannique; du vent, de la pluie, des stands décrépis, des vieux (mmm ça me rappelle quelque chose, ça...). Pas d'amour entre eux deux, mais une connivence intellectuelle, un fragile statu quo basé sur des affinités communes et un certain désespoir.

Duncan est un abruti. Il n'a cessé de s'enfoncer à mes yeux, un exemple parmi cent autres : "Elle se comportait bizarrement, depuis quelques jours. Duncan n'aurait pas du tout été surpris qu'elle ait rencontré quelqu'un, elle aussi. N'aurait-ce pas été parfait ? Cela dit, il n'aurait pas aimé qu'elle parte avant qu'il ne s'assure que cette histoire avec Gina avait du potentiel, et ça, il était trop tôt pour le dire, vu qu'ils n'avaient pas encore de rencard." Il n'est pas complètement pourri non plus*, juste profondément inadapté. Il entretient une passion démesurée et fort mal canalisée pour un ancien chanteur américain obscur, dans la mémoire d'une poignée de losers à travers le monde, Tucker Crowe.

Ce dernier va réagir à un billet écrit par Annie sur lui sur le net (tout un contexte) et entamer une relation, dans un premier temps virtuelle, avec elle. Tucker m'a beaucoup plu, du début à la fin. Il écrit bien, il est profondément rock & roll, c'est un vrai lecteur, il aime Dickens**. Il choisit d'ailleurs Alfred Mantalini comme pseudo d'adresse mail et Dieu sait que ce personnage est hypocrite et peu fiable, mais souvenez-vous, sa femme ne peut s'empêcher d'y revenir sans cesse, elle l'aime envers et malgré et les évidences. C'est un choix très significatif.

Annie, enfin, est une femme pour laquelle j'ai ressenti beaucoup d'affection. "Elle n'aurait pas la possibilité d'utiliser quelques-unes des pierres angulaires de son lexique - des mots comme Atwood, Austen et Ayckbourn. Et ça, c'était juste pour la lettre A." Quand elle doit apporter des livres à Tucker, elle passe la nuit à dresser des listes dans sa tête. Elle a un humour froid et très anglais, aucune rancoeur, une vraie curiosité intellectuelle, aucun à priori sur les gens.

Et donc ces trois-là vont interagir avec le temps et les distances pour nous mener au bout d'une histoire pleine, contemporaine et prenante, pour le plus grand plaisir du lecteur. A lire absolument.

 

Ed. 10-18, 2010, 313 p.

Traduit de l'anglais par Christine Barbaste


Lu également par, entre autres (et chacun a relevé un aspect différent et signifiant. Si ça ce n'est pas la marque d'un très bon roman...) : Fashion, Tamara, Ys, Lili Galipette, Le Reilly moins convaincu, ...

* D'ailleurs ce qu'il dit à Tucker à la fin sur l'art et le talent est très joli et très juste. C'est cependant encore très ironique que cela le réhabilite aux yeux de ce dernier. On est tous pareil, certaines louanges nous atteignent d'où qu'elles viennent...)

** "Vous savez,  au moins par mon adresse e-mail, que j'ai un faible pour Dickens - en ce moment, je lis sa correspondance. Il y en a douze volumes, de plusieurs centaines de pages chacun. Si Dickens n'avait écrit que des lettres, sa vie aurait déjà été très productive, or il n'a pas écrit que ça. Il y a aussi quatre volumes d'articles de journaux, et des gros. Il dirigea plusieurs publications périodiques. Il trouva le moyen de mener une vie sentimentale qui sortait des sentier battus, et d'entretenir quelques amitiés fertiles. Est-ce que j'oublie quelque chose ? Ah oui : une douzaine de romans parmi les plus grands de la langue anglaise. Alors je commence à me demander si mon engouement pour lui ne découle pas, en partie du moins, du fait qu'il est tout le contraire de moi. Il est pratiquement le seul type dont on peut regarder la vie et se dire : Tiens, en voilà un qui n'a pas perdu son temps. Ça arrive, pas vrai ? Que les contraires s'attirent ? Mais il n'y en a pas beaucoup, des gens comme Charlie."

 

02.04.2010

Second roman - Markus Orths

"Un an plus tard, j'étais déjà, comment dit-on ? Heureux ?"orths.jpg

"Martin Grue, anglais, allemand" : ainsi se présente le narrateur en première page. Il prend un nouveau départ dans un lycée, après avoir subi pis que pendre dans sa courte carrière. Un nouvel incident le pousse à quitter définitivement le milieu scolaire, et une annonce à la gare lui apporte la révélation : il va écrire.

"L'écriture fonctionnait toute la journée. Quand je ne dormais pas. Mais comme je dormais longtemps, la rédaction de la satire réaliste Histoires d'école s'étira sur quelques semaines, pour être précis sur cinquante-deux semaines, douze mois en tout, pour ne pas dire un an. A la fin, cela faisait cent pages. Donc 0,274 page par jour. Quand même."

Bingo : publication, ventes honorables, tournée de lectures à travers les pays germaniques. Enivré par ce pourtant très relatif succès, Martin se lance dans l'écriture d'une satire sur ce qu'il vient de vivre, le milieu littéraire : Ecris, machine ! Son agent est catégorique, c'est de la merde, pas question de le publier. Alors Martin se lance dans différentes tentatives d'écrire son "second roman", réputé étape délicate par excellence pour un auteur (d'autant que techniquement ce serait donc le troisième, et que le premier était un récit)...

Markus Orths a un humour bien à lui, qui a fait mouche avec moi. Il lance des petites choses innocentes qu'il ne cesse de reprendre au fil de sa narration (comique de situation, de répétition) et excelle dans les dialogues absurdes. On a une sorte de Candide qui poursuit une logique rafraîchissante, on l'accompagne volontiers. Il échappe à la causticité souvent inhérente à ce type de sujet, c'est bon enfant, et drôle, drôle, drôle !

 

Ed. Liana Levi, 2010, 158 p.

Traduit de l'allemand par Nicole Casanova

Titre original : Hirngespinste

29.03.2010

Crimes et jeans slim - Luc Blanvillain

blanvillain.jpgLa famille d'Adélaïde Manchec, notre héroïne, n'est pas banale; avec son petit frère, Rodrigue, ils ont instauré un jour de dispute hebdomadaire, échangent en une langue des signes discrète qu'ils ont inventée, et échappent à la dictature de la mode vestimentaire. Pour Rod, à son âge, c'est assez facile - d'ailleurs il est obsédé par un éléphant (c'est une longue histoire). Adé, elle, ne peut échapper à la panoplie de pétasse, si elle ne veut pas subir l'ostracisme des filles de sa classe, elle a déjà trop vu de victimes. Alors elle a mis au point un stratagème passant par de constants changements chez sa grand-mère, sévèrement atteinte d'Alzheimer. Elle fait semblant d'être une pouffe, quoi, mais cela ne correspond absolument pas à sa nature profonde.

Pourtant, cela ne lui sera (pour commencer) d'aucune utilité face au serial-killer qui a décidé de "nettoyer" le collège. Les unes après les autres, on retrouve les jeunes filles étendues  raides une balle entre les deux yeux.

L'occasion pour Adé de se rapprocher de Thibault, jusqu'à lors cantonné dans la catégorie des "casses-dalles", pour mener ensemble l'enquête...

Val a lu ce roman et l'a tellement aimé qu'elle me l'a envoyé, souhaitant le faire découvrir, et je l'en remercie ! Armande l'avait beaucoup aimé également.

Je l'ai trouvé fort drôle et très alerte. Sous une très réussie trame policière (on sait que le coupable est forcément l'un des personnages que l'on connaît, mais l'auteur se plaît à brouiller les pistes !) s'imposent des thèmes comme le conformisme, les gloussements adolescents (enfin ce que moi j'appelle ainsi), l'amour naissant et la filiation, la littérature... L'ambiance d'un collège est très palpable, le duo policier très marrant, on tourne les pages sans pouvoir s'arrêter.

Mémorable passage sur les catégories que les filles ont décrétées pour classer les garçons : sexy-geeks, beaux-gosses-yaourts, clafoutis-attitude, geek-winners, pue-de-la-gueule, aliens, glam-cailleras, topinambours, casse-dalles, golden-roots... Chaque explication est un monument à elle toute seule !

A partir de 13 ans et sans limite d'âge, d'ailleurs la grand-mère de l'auteur, 93 ans, l'a bien aimé, nous dit-il chez Pascale Clark :)

 

Quespire Editeurs, 2010, 239 p.

19.03.2010

Départs anticipés - Christopher Buckley

buckley.jpgPour la vraisemblance, on repassera, mais pour vraiment glousser à de nombreuses reprises, c'est parfait !

Prenez une jeune et jolie damoiselle de vingt-neuf ans; donnez-lui un poste en or dans les relations publiques, et trouvez-la toutes les nuits shootée aux boissons énergisantes en train de se défouler sur son blog politisé fort fréquenté. Mais pourquoi ? En fait Cassandra était une jeune fille tout à fait normale, ayant réussi le concours d'entrée à Yale. C'était le rêve de sa vie, elle avait travaillé dur pour y arriver, c'était dans la poche, elle le clamait à l'univers entier, la vie était belle. Seulement son père avait un rêve lui aussi, pour lequel il a sacrifié l'argent destiné aux études de sa fille. Las, Yale, voici notre amie dans l'armée, qui très généreusement lui promet de financer ses études si elle daigne leur consacrer trois minuscules années de sa vie. C'est en Bosnie que le drame se produit, la rencontre avec Randy, qui n'est alors que congressiste.

Je vous passe la suite, qui est un régal à croquer gentiment, et voici donc Cass dans la nuit profonde, débordante de vitalité chimique, qui a soudain une idée : pour le financement des retraites, qui prévoit de taxer encore plus les moins de 35 ans déjà exsangues, elle propose le "transitionnement volontaire", ou la possibilité de se supprimer volontairement à 65 ans en échange de pas mal d'avantages antérieurs. C'est de la méta-politique argue-t-elle à son boss, ça n'est pas sérieux mais ça va créer le débat, faire bouger les choses.

Ca, c'est sûr que les choses vont bouger, surtout que les élections sont proches...

Des pages survoltées qui fourmillent des situations plus drôles les unes que les autres, de personnages délirants et charmants, de bons mots et de citations détournées : ça file à toute blinde et on suit avec un grand sourire. Christopher Buckley est vraiment drôle, et tient la route sur 478 pages, faut le faire.

 

Ed. Baker Street, 2008 & Points 2010

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis

Titre original : Boomsday

 

"Christopher Buckley est né à New-York en 1952, ce qui signifie qu'il pourrait faire valoir ses droits à la retraite en 2017. Cependant, si des millions de gens achètent le présent ouvrage, son douzième, il envisagera de se retirer plus tôt et de laisser le monde tranquille."

06.02.2010

Drôles de femmes - Julie Birmant & Catherine Meurisse

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Yolande Moreau, Sylvie Joly, Anémone, Amélie Nothomb, Florence Cestac, Michèle Bernier, Maria Pacôme, Tsilla Chelton et Dominique Lavanant : toutes ces femmes se sont fait une place dans l'humour. Mais comment ? Qui sont-elles ? Julie Birmant a eu envie d'en savoir plus, de les rencontrer, en face-à-face, chez elles. Portraits tendres de femmes pas banales, qui toutes s'excusent de ne pas être "drôles" dans la vie.

La BD commence comme un roman : "Ce matin-là, Paris était gris et humide. Un bon jour pour désespérer. Je suis allée voir Quand la mer monte, de et avec Yolande Moreau, à une séance du matin, dans un cinéma aux odeurs de vieille pisse. [...] En sortant du cinéma, le temps était toujours aussi glacial, mais l'univers s'était embrasé... J'étais... amoureuse ! Alors je lui ai écrit une lettre. "Chère Yolande..."

Et Yolande appelle, accepte de recevoir Julie, montre son univers et parle d'elle. D'autres rencontres suivent, à chaque fois quelque chose de très particulier se met en place, on est loin de l'interview journalistique, il y a de l'intimité, des confidences, des anecdotes, des choses profondes. On a l'impression d'y être, avec elles, de mieux les connaître. Parfois la rencontre ne se déroule pas très bien, Julie est déconcertée, elle sait nous le montrer avec pudeur. Parfois on éclate de rire, souvent on est ému, toujours on a envie que ça dure encore.

 

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Une BD vraiment très réussie de bout en bout, avec une jolie construction, un souci du détail, et deux belles citations pour ouvrir et fermer son propos :

"Any girl can be glamourous. All you have to do is stand still and look stupid." Hedy Lamarr

et

"L'humour, c'est la tragédie plus le temps." Woody Allen

 

Ed. Dargaud, 2010, 92 pages.

 

Certains de ces portraits, produits par Julie Birman ont donné lieu à une diffusion sur France Culture, dans l'émission "Surpris par la nuit".

 

PivoineRose a beaucoup aimé aussi.

14.11.2009

Dentiste mystérieux à Manhattan et autres nouvelles - Woody Allen

"Je suis grandement soulagé d'apprendre qu'on est enfin en mesure d'expliquer l'univers. J'allais finir par croire que c'était moi qui déraillais."

 

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Neuf courtes nouvelles de Woody Allen réunies dans un fin format Librio (2 €), franchement, je ne vois aucune raison de s'en priver. On lit ça en souriant d'un bout à l'autre, c'est décalé, absurde, élégant.

"Notre père qui êtes sur la toile" décline un fait divers de 2005, du Guardian, évoquant la vente de prières sur e-bay.

"Théorie des cordes et désaccord"  raconte une banale scène de la vie de bureau sous l'angle de la physique (ce qui change évidemment tout).

"A Vienne que pourra" est l'extravagante comédie musicale "Fun de siècle" où Klimt, Schiele, Zweig, Malher, Rilke, Freud& co déjantent à qui mieux mieux. ("Résultat, il vainc la peur de la mort qui l'a paralysé toute sa vie durant. - Et comment ? - En mourant.")

Dans "Ainsi mangeait Zarathoustra", on a retrouvé une oeuvre inédite : "Mes secrets minceur", par Frédéric Nietzsche.

Pour rester dans le même univers, "Mortelles papilles, ma jolie" nous entraîne dans un monde où les truffes, le foie gras et le caviar ont détrôné les bijoux.

"Dentiste mystérieux à Manhattan" nous démontre que les dentistes ont un pouvoir mortel.

"Attention, chute de nabab" narre une tragédie euridipienne : la folie des grandeurs à Hollywood :

"UMLAUT : Dites, les gars, y en-a-t-il un parmi vous qui aurait lu l'Epopée de Gilgamesh ?

(Ils opinent tous deux avec enthousiasme.)

NUTMEAT : La bible babylonienne ? Bien sûr, plusieurs fois, pourquoi ?

UMLAUT : Je ne dirai que deux mots : comédie musicale."

Dans "Stylo à gages" un auteur persuadé de son grand talent se mesure à l'appât du gain.

Enfin, "Prise de bec au procès Disney" amène Mickey à la barre des témoins.

Après ça, on n'a qu'une envie, se procurer un recueil bien plus consistant : je suis fan de la plume et l'esprit de Woody Allen.

 

Ed. Flammarion, 2007 & Librio 200971 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard


Lu également par Wictoria (9 nouvelles très courtes mais délicieuses, on se pourlèche, on salive, on se gave),

 

(A propos de Nicolas Richard, dont la traduction du "Temps où nous chantions" m'avait enchantée, un billet d'humeur au vitriol sur le Buzz Littéraire. Ouch, c'est violent !)

19.08.2009

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre - Brock Clarke

"La rendais-je heureuse, ou juste occupée ? Et y avait-il une différence ?"

 

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Sam Pulsifer, au moment où il entreprend son récit, vient de passer dix ans en prison pour avoir incendié (par accident) la maison d'Emily Dickinson et entraîné, sans intention de la donner, la mort des deux personnes qui s'y trouvaient. Il revient chez ses parents, qui, très vite, lui demandent de partir : l'opprobre de toute la ville leur rend la vie impossible. Il part donc, fait sa vie, de laquelle il raye ses parents.

Huit ans plus tard, il reçoit la visite du fils des deux personnes dont il a causé la mort, bien décidé à lui pourrir la vie. Et c'est facile, de pourrir la vie de Sam Pulsifer... Son caractère (il est en permanence stupide, dans le sens frappé de stupeur), l'éducation que lui ont donné ses parents, les nombreux non-dits dont il est depuis toujours entouré ne lui ont pas donné les armes pour réagir. Sam est incapable de réaction, si ce n'est à posteriori, et encore, pour constater uniquement.

C'est un roman bavard et agité, bourré de digressions qui n'empêchent pourtant pas l'intrigue d'avancer. Je n'ai pas dit l'ombre du début du commencement de celle-ci, parce qu'il faudrait exposer plusieurs détails qu'il est fort sympathique de découvrir au fur et à mesure. C'est une histoire triste qui finit mal, et pourtant on ne cesse de sourire. On est clairement dans le domaine de l'absurde, sans que le sens soit altéré, c'est une jolie prouesse en ce sens.

Par exemple Sam fait des rencontres hautement improbables, dont celle de Lees Ardor, professeur associée de littérature américaine, qui n'aime pas la littérature, pire, qui n'y croit pas, mais la professe à grands coups de "Huckleberry Finn mon cul", "Willa Cather est une connasse"; on comprendra peu à peu, en même temps que Sam, qu'il s'agit là en fait d'une terrible peur de ne pas être "vraie" elle-même, de devenir un personnage des romans qu'elle lit et fait lire.

La littérature, les livres, la lecture, les histoires ont une grande place tout au long de ce roman. On peut peut-être même aller plus loin, et ne voir dans toutes ces histoires que façons de démontrer, encore et encore, leur pouvoir. Le tout sous couvert d'une espèce d'enquête policière ou de parcours personnel, bien malin celui qui pourrait définir le genre de ce roman très particulier !

Ca fait très longtemps que je n'ai pas lu John Irving, mais j'ai clairement pensé à lui dans l'univers de Brock Clarke.

 

Ed. Albin Michel, collection Terres d'Amérique, août 2009, 429 p.

Traduit de l'américain par Renaud Morin

Titre original : An Arsonists Guide to Writer's Homes in New England

 

17.08.2009

Jimmy The Kid - Donald Westlake

westlake.jpgDortmunder pense que si tous ses cambriolages foirent, c'est parce que Kelp a la poisse. Alors quand il déboule, excité comme une puce, parce qu'il a lu en prison une histoire d'enlèvement de gamin (signée Richard Stark, le pseudo de Westlake) qui finit bien, Dortmunder lui oppose une fin de non recevoir. En plus, sa fonction dans la bande, c'est la mise au point des plans, no way pour suivre celui d'un bouquin, c'est une question d'honneur.

May étant parvenue à le convaincre, voici la petite bande de bras cassés lancée sur l'enlèvement contre rançon de James Harrington, douze ans. Sauf que notre Jimmy fait partie des 2 % de population au QI vertigineux...

Un polar franchement drôle, avec des passages nécessitant le bon gros rire sonore (à ne pas lire en public !). J'ai adoré le père de Jimmy, et ses conversations téléphoniques avec M'man Murch (la ravisseuse) (surtout le passage avec le FBI : "la preuve" :)). Dortmunder est impayable, c'est un pur plaisir que de suivre ses aventures.

 

Ed. Gallimard 1976 (sous le titre V'là aut' chose !), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patrick Floersheim

Traduction complétée pour la présente édition (Payot & Rivages 2005) par Patricia Christian

231 p.

 

Lu et apprécié également par Amanda,

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