08.05.2010
Juliet, Naked - Nick Hornby
"Peut-être que Duncan et Linda devraient se mettre ensemble, songea Annie. Ils pourraient discuter entre gente compagnie et rester pantois l'un devant l'autre."

Annie et Duncan sont en couple par défaut. Ils ont uni leur solitude voilà déjà quinze ans, éléments déracinés venus s'échouer à Gooleness, petite station balnéaire britannique; du vent, de la pluie, des stands décrépis, des vieux (mmm ça me rappelle quelque chose, ça...). Pas d'amour entre eux deux, mais une connivence intellectuelle, un fragile statu quo basé sur des affinités communes et un certain désespoir.
Duncan est un abruti. Il n'a cessé de s'enfoncer à mes yeux, un exemple parmi cent autres : "Elle se comportait bizarrement, depuis quelques jours. Duncan n'aurait pas du tout été surpris qu'elle ait rencontré quelqu'un, elle aussi. N'aurait-ce pas été parfait ? Cela dit, il n'aurait pas aimé qu'elle parte avant qu'il ne s'assure que cette histoire avec Gina avait du potentiel, et ça, il était trop tôt pour le dire, vu qu'ils n'avaient pas encore de rencard." Il n'est pas complètement pourri non plus*, juste profondément inadapté. Il entretient une passion démesurée et fort mal canalisée pour un ancien chanteur américain obscur, dans la mémoire d'une poignée de losers à travers le monde, Tucker Crowe.
Ce dernier va réagir à un billet écrit par Annie sur lui sur le net (tout un contexte) et entamer une relation, dans un premier temps virtuelle, avec elle. Tucker m'a beaucoup plu, du début à la fin. Il écrit bien, il est profondément rock & roll, c'est un vrai lecteur, il aime Dickens**. Il choisit d'ailleurs Alfred Mantalini comme pseudo d'adresse mail et Dieu sait que ce personnage est hypocrite et peu fiable, mais souvenez-vous, sa femme ne peut s'empêcher d'y revenir sans cesse, elle l'aime envers et malgré et les évidences. C'est un choix très significatif.
Annie, enfin, est une femme pour laquelle j'ai ressenti beaucoup d'affection. "Elle n'aurait pas la possibilité d'utiliser quelques-unes des pierres angulaires de son lexique - des mots comme Atwood, Austen et Ayckbourn. Et ça, c'était juste pour la lettre A." Quand elle doit apporter des livres à Tucker, elle passe la nuit à dresser des listes dans sa tête. Elle a un humour froid et très anglais, aucune rancoeur, une vraie curiosité intellectuelle, aucun à priori sur les gens.
Et donc ces trois-là vont interagir avec le temps et les distances pour nous mener au bout d'une histoire pleine, contemporaine et prenante, pour le plus grand plaisir du lecteur. A lire absolument.
Ed. 10-18, 2010, 313 p.
Traduit de l'anglais par Christine Barbaste
Lu également par, entre autres (et chacun a relevé un aspect différent et signifiant. Si ça ce n'est pas la marque d'un très bon roman...) : Fashion, Tamara, Ys, Lili Galipette, Le Reilly moins convaincu, ...
* D'ailleurs ce qu'il dit à Tucker à la fin sur l'art et le talent est très joli et très juste. C'est cependant encore très ironique que cela le réhabilite aux yeux de ce dernier. On est tous pareil, certaines louanges nous atteignent d'où qu'elles viennent...)
** "Vous savez, au moins par mon adresse e-mail, que j'ai un faible pour Dickens - en ce moment, je lis sa correspondance. Il y en a douze volumes, de plusieurs centaines de pages chacun. Si Dickens n'avait écrit que des lettres, sa vie aurait déjà été très productive, or il n'a pas écrit que ça. Il y a aussi quatre volumes d'articles de journaux, et des gros. Il dirigea plusieurs publications périodiques. Il trouva le moyen de mener une vie sentimentale qui sortait des sentier battus, et d'entretenir quelques amitiés fertiles. Est-ce que j'oublie quelque chose ? Ah oui : une douzaine de romans parmi les plus grands de la langue anglaise. Alors je commence à me demander si mon engouement pour lui ne découle pas, en partie du moins, du fait qu'il est tout le contraire de moi. Il est pratiquement le seul type dont on peut regarder la vie et se dire : Tiens, en voilà un qui n'a pas perdu son temps. Ça arrive, pas vrai ? Que les contraires s'attirent ? Mais il n'y en a pas beaucoup, des gens comme Charlie."
05:57 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nick hornby, sensibilité, humour, élégance, simplicité, angleterre, tout bon
02.04.2010
Second roman - Markus Orths
"Un an plus tard, j'étais déjà, comment dit-on ? Heureux ?"
"Martin Grue, anglais, allemand" : ainsi se présente le narrateur en première page. Il prend un nouveau départ dans un lycée, après avoir subi pis que pendre dans sa courte carrière. Un nouvel incident le pousse à quitter définitivement le milieu scolaire, et une annonce à la gare lui apporte la révélation : il va écrire.
"L'écriture fonctionnait toute la journée. Quand je ne dormais pas. Mais comme je dormais longtemps, la rédaction de la satire réaliste Histoires d'école s'étira sur quelques semaines, pour être précis sur cinquante-deux semaines, douze mois en tout, pour ne pas dire un an. A la fin, cela faisait cent pages. Donc 0,274 page par jour. Quand même."
Bingo : publication, ventes honorables, tournée de lectures à travers les pays germaniques. Enivré par ce pourtant très relatif succès, Martin se lance dans l'écriture d'une satire sur ce qu'il vient de vivre, le milieu littéraire : Ecris, machine ! Son agent est catégorique, c'est de la merde, pas question de le publier. Alors Martin se lance dans différentes tentatives d'écrire son "second roman", réputé étape délicate par excellence pour un auteur (d'autant que techniquement ce serait donc le troisième, et que le premier était un récit)...
Markus Orths a un humour bien à lui, qui a fait mouche avec moi. Il lance des petites choses innocentes qu'il ne cesse de reprendre au fil de sa narration (comique de situation, de répétition) et excelle dans les dialogues absurdes. On a une sorte de Candide qui poursuit une logique rafraîchissante, on l'accompagne volontiers. Il échappe à la causticité souvent inhérente à ce type de sujet, c'est bon enfant, et drôle, drôle, drôle !
Ed. Liana Levi, 2010, 158 p.
Traduit de l'allemand par Nicole Casanova
Titre original : Hirngespinste
05:38 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, humour, écrivain, loufoque, et en même temps mignon
29.03.2010
Crimes et jeans slim - Luc Blanvillain
La famille d'Adélaïde Manchec, notre héroïne, n'est pas banale; avec son petit frère, Rodrigue, ils ont instauré un jour de dispute hebdomadaire, échangent en une langue des signes discrète qu'ils ont inventée, et échappent à la dictature de la mode vestimentaire. Pour Rod, à son âge, c'est assez facile - d'ailleurs il est obsédé par un éléphant (c'est une longue histoire). Adé, elle, ne peut échapper à la panoplie de pétasse, si elle ne veut pas subir l'ostracisme des filles de sa classe, elle a déjà trop vu de victimes. Alors elle a mis au point un stratagème passant par de constants changements chez sa grand-mère, sévèrement atteinte d'Alzheimer. Elle fait semblant d'être une pouffe, quoi, mais cela ne correspond absolument pas à sa nature profonde.
Pourtant, cela ne lui sera (pour commencer) d'aucune utilité face au serial-killer qui a décidé de "nettoyer" le collège. Les unes après les autres, on retrouve les jeunes filles étendues raides une balle entre les deux yeux.
L'occasion pour Adé de se rapprocher de Thibault, jusqu'à lors cantonné dans la catégorie des "casses-dalles", pour mener ensemble l'enquête...
Val a lu ce roman et l'a tellement aimé qu'elle me l'a envoyé, souhaitant le faire découvrir, et je l'en remercie ! Armande l'avait beaucoup aimé également.
Je l'ai trouvé fort drôle et très alerte. Sous une très réussie trame policière (on sait que le coupable est forcément l'un des personnages que l'on connaît, mais l'auteur se plaît à brouiller les pistes !) s'imposent des thèmes comme le conformisme, les gloussements adolescents (enfin ce que moi j'appelle ainsi), l'amour naissant et la filiation, la littérature... L'ambiance d'un collège est très palpable, le duo policier très marrant, on tourne les pages sans pouvoir s'arrêter.
Mémorable passage sur les catégories que les filles ont décrétées pour classer les garçons : sexy-geeks, beaux-gosses-yaourts, clafoutis-attitude, geek-winners, pue-de-la-gueule, aliens, glam-cailleras, topinambours, casse-dalles, golden-roots... Chaque explication est un monument à elle toute seule !
A partir de 13 ans et sans limite d'âge, d'ailleurs la grand-mère de l'auteur, 93 ans, l'a bien aimé, nous dit-il chez Pascale Clark :)
Quespire Editeurs, 2010, 239 p.
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, enquête, conformisme, adolescence, humour, amour de la littérature
19.03.2010
Départs anticipés - Christopher Buckley
Pour la vraisemblance, on repassera, mais pour vraiment glousser à de nombreuses reprises, c'est parfait !
Prenez une jeune et jolie damoiselle de vingt-neuf ans; donnez-lui un poste en or dans les relations publiques, et trouvez-la toutes les nuits shootée aux boissons énergisantes en train de se défouler sur son blog politisé fort fréquenté. Mais pourquoi ? En fait Cassandra était une jeune fille tout à fait normale, ayant réussi le concours d'entrée à Yale. C'était le rêve de sa vie, elle avait travaillé dur pour y arriver, c'était dans la poche, elle le clamait à l'univers entier, la vie était belle. Seulement son père avait un rêve lui aussi, pour lequel il a sacrifié l'argent destiné aux études de sa fille. Las, Yale, voici notre amie dans l'armée, qui très généreusement lui promet de financer ses études si elle daigne leur consacrer trois minuscules années de sa vie. C'est en Bosnie que le drame se produit, la rencontre avec Randy, qui n'est alors que congressiste.
Je vous passe la suite, qui est un régal à croquer gentiment, et voici donc Cass dans la nuit profonde, débordante de vitalité chimique, qui a soudain une idée : pour le financement des retraites, qui prévoit de taxer encore plus les moins de 35 ans déjà exsangues, elle propose le "transitionnement volontaire", ou la possibilité de se supprimer volontairement à 65 ans en échange de pas mal d'avantages antérieurs. C'est de la méta-politique argue-t-elle à son boss, ça n'est pas sérieux mais ça va créer le débat, faire bouger les choses.
Ca, c'est sûr que les choses vont bouger, surtout que les élections sont proches...
Des pages survoltées qui fourmillent des situations plus drôles les unes que les autres, de personnages délirants et charmants, de bons mots et de citations détournées : ça file à toute blinde et on suit avec un grand sourire. Christopher Buckley est vraiment drôle, et tient la route sur 478 pages, faut le faire.
Ed. Baker Street, 2008 & Points 2010
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis
Titre original : Boomsday
"Christopher Buckley est né à New-York en 1952, ce qui signifie qu'il pourrait faire valoir ses droits à la retraite en 2017. Cependant, si des millions de gens achètent le présent ouvrage, son douzième, il envisagera de se retirer plus tôt et de laisser le monde tranquille."
06:18 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, n'importe quoi, féroce, véloce, ça va à 100 à l'heure, et j'adore ça
06.02.2010
Drôles de femmes - Julie Birmant & Catherine Meurisse

Yolande Moreau, Sylvie Joly, Anémone, Amélie Nothomb, Florence Cestac, Michèle Bernier, Maria Pacôme, Tsilla Chelton et Dominique Lavanant : toutes ces femmes se sont fait une place dans l'humour. Mais comment ? Qui sont-elles ? Julie Birmant a eu envie d'en savoir plus, de les rencontrer, en face-à-face, chez elles. Portraits tendres de femmes pas banales, qui toutes s'excusent de ne pas être "drôles" dans la vie.
La BD commence comme un roman : "Ce matin-là, Paris était gris et humide. Un bon jour pour désespérer. Je suis allée voir Quand la mer monte, de et avec Yolande Moreau, à une séance du matin, dans un cinéma aux odeurs de vieille pisse. [...] En sortant du cinéma, le temps était toujours aussi glacial, mais l'univers s'était embrasé... J'étais... amoureuse ! Alors je lui ai écrit une lettre. "Chère Yolande..."
Et Yolande appelle, accepte de recevoir Julie, montre son univers et parle d'elle. D'autres rencontres suivent, à chaque fois quelque chose de très particulier se met en place, on est loin de l'interview journalistique, il y a de l'intimité, des confidences, des anecdotes, des choses profondes. On a l'impression d'y être, avec elles, de mieux les connaître. Parfois la rencontre ne se déroule pas très bien, Julie est déconcertée, elle sait nous le montrer avec pudeur. Parfois on éclate de rire, souvent on est ému, toujours on a envie que ça dure encore.

Une BD vraiment très réussie de bout en bout, avec une jolie construction, un souci du détail, et deux belles citations pour ouvrir et fermer son propos :
"Any girl can be glamourous. All you have to do is stand still and look stupid." Hedy Lamarr
et
"L'humour, c'est la tragédie plus le temps." Woody Allen
Ed. Dargaud, 2010, 92 pages.
Certains de ces portraits, produits par Julie Birman ont donné lieu à une diffusion sur France Culture, dans l'émission "Surpris par la nuit".
PivoineRose a beaucoup aimé aussi.
18:09 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, humour, intimité, parcours féminins
26.11.2009
Les pages roses - Teodoro Gilabert
Les pages roses des dictionnaires Larousse sont des annexes réservées aux citations, proverbes etc.; elles rythment ce court roman qui a la forme d'un témoignage. Enfant, notre narrateur cède à leurs charmes. Nonchalant, suiveur dans l'âme, il étudie donc le latin et le grec, porté par des classes de filles dans le quartier latin (lycée Fénelon, qui plus est). Deux options après des études de lettres classiques, libraire ou prof. Libraire, en dehors de l'idée romantique du boutiquier sur les quais de la Seine, ce n'est pas pour lui.
"Il y a, par exemple, une phrase régulièrement prononcée à la caisse des librairies, et qui a toujours eu le don de m'exaspérer, lorsque je fais la queue pour payer mes bouquins :
"Est-ce que vous faites une réduction pour les enseignants ?"
Là, je crois que je pourrais même devenir violent.
Au moins sur le plan verbal.
Et pourquoi pas une réduction pour les personnes âgées, les agents de police, les plombiers chauffagistes ?
Une double pour ceux qui portent des lunettes ?
Et bien entendu, la totale gratuité pour les myopes au strabisme divergent ?"
Ce sera donc prof. CAPES obtenu, malgré un 01/20 à l'oral, pour cause de jeté de veste. Et là, première affectation incroyable, le lycée Henri-IV (il sera en fait l'alibi, le stagiaire). Une année de souffrances (suivi et validé par l'ensemble de ses collègues, impossible de révéler aux parents un enseignant stagiaire et seulement certifié dans cet établissement. On fera comme s'il était agrégé et titulaire). Suivent trois années très dures à Aulnay-sous-bois, où il fera grand usage de la méthode Coué, tout en constatant la validité des travaux du docteur A. Rosenthal (Harvard) quant aux prophéties autoréalisantes (connues sous le nom d'effet Pygmalion).
"Robert A. Rosenthal a découvert les principes de l'effet Pygmalion à partir d'expériences effectuées sur des rats dont on testait les performances dans un labyrinthe.
En fait, Rosenthal voulait tester les expérimentateurs.
Les rats constituaient un alibi.
Il prit soixante rats ordinaires et constitua deux groupes de façon aléatoire.
Il répartit les rats entre les douze expérimentateurs, formant deux groupes.
il affirma au premier que leurs rats étaient brillants au test du labyrinthe.
Au second, qu'ils ne l'étaient pas.
On devine ici que les prophéties des expérimentateurs se sont effectivement réalisées et que le groupe des rats présentés comme "brillants" a bien été meilleur que celui des rats "normaux".
La question est de savoir pourquoi.
Rosenthal démontre que les expérimentateurs qui croyaient que leurs rats étaient plus intelligents leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l'amitié... et plus d'attention.
Ceux qui croyaient que leurs rats étaient normaux ne les ont pas entourés d'autant d'affection, et ont été moins attentifs à leurs progrès.
Les ont moins aidés.
Rosenthal résume ainsi son concept, dans son livre Pygmalion à l'école, publié en 1968 :
"La prédiction faite par un individu A sur un individu B finit par se réaliser, que ce soit seulement l'esprit de A, ou - par un processus subtil et parfois inattendu - par une modification du comportement réel de B sous la pression des attentes de A."
Enfin c'est la mutation pour Nantes, avec un épilogue qui "desinit in piscem" (finit en queue de poisson), avec une mort étrange, tenant de la performance artistique (pas la sienne, quoi qu'il l'envisage ainsi également...)
Un parcours personnel fictionnel (Teodoro Gilabert est né en 1963 à Valence (Espagne). Il vit à Pornic (Loire-Atlantique). Enseigne l’histoire et la géographie au lycée de Pornic. Expose régulièrement ses oeuvres plastiques (peinture, photographie, installations…) qui restitue bien l'ambiance de ces années Nouvelle Vague (nombreuses références à ce cinéma) et qui manie un humour certain.
Pas mal.
Ed. Buchet Chastel, 2008, 202 p.
Lu également par Leiloona,
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, parcours personnel, nouvelle vague, latin et grec, devenir professeur, humour
14.11.2009
Dentiste mystérieux à Manhattan et autres nouvelles - Woody Allen
"Je suis grandement soulagé d'apprendre qu'on est enfin en mesure d'expliquer l'univers. J'allais finir par croire que c'était moi qui déraillais."

Neuf courtes nouvelles de Woody Allen réunies dans un fin format Librio (2 €), franchement, je ne vois aucune raison de s'en priver. On lit ça en souriant d'un bout à l'autre, c'est décalé, absurde, élégant.
"Notre père qui êtes sur la toile" décline un fait divers de 2005, du Guardian, évoquant la vente de prières sur e-bay.
"Théorie des cordes et désaccord" raconte une banale scène de la vie de bureau sous l'angle de la physique (ce qui change évidemment tout).
"A Vienne que pourra" est l'extravagante comédie musicale "Fun de siècle" où Klimt, Schiele, Zweig, Malher, Rilke, Freud& co déjantent à qui mieux mieux. ("Résultat, il vainc la peur de la mort qui l'a paralysé toute sa vie durant. - Et comment ? - En mourant.")
Dans "Ainsi mangeait Zarathoustra", on a retrouvé une oeuvre inédite : "Mes secrets minceur", par Frédéric Nietzsche.
Pour rester dans le même univers, "Mortelles papilles, ma jolie" nous entraîne dans un monde où les truffes, le foie gras et le caviar ont détrôné les bijoux.
"Dentiste mystérieux à Manhattan" nous démontre que les dentistes ont un pouvoir mortel.
"Attention, chute de nabab" narre une tragédie euridipienne : la folie des grandeurs à Hollywood :
"UMLAUT : Dites, les gars, y en-a-t-il un parmi vous qui aurait lu l'Epopée de Gilgamesh ?
(Ils opinent tous deux avec enthousiasme.)
NUTMEAT : La bible babylonienne ? Bien sûr, plusieurs fois, pourquoi ?
UMLAUT : Je ne dirai que deux mots : comédie musicale."
Dans "Stylo à gages" un auteur persuadé de son grand talent se mesure à l'appât du gain.
Enfin, "Prise de bec au procès Disney" amène Mickey à la barre des témoins.
Après ça, on n'a qu'une envie, se procurer un recueil bien plus consistant : je suis fan de la plume et l'esprit de Woody Allen.
Ed. Flammarion, 2007 & Librio 200971 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Lu également par Wictoria (9 nouvelles très courtes mais délicieuses, on se pourlèche, on salive, on se gave),
(A propos de Nicolas Richard, dont la traduction du "Temps où nous chantions" m'avait enchantée, un billet d'humeur au vitriol sur le Buzz Littéraire. Ouch, c'est violent !)
07:37 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, humour, absurde
19.08.2009
Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre - Brock Clarke
"La rendais-je heureuse, ou juste occupée ? Et y avait-il une différence ?"

Sam Pulsifer, au moment où il entreprend son récit, vient de passer dix ans en prison pour avoir incendié (par accident) la maison d'Emily Dickinson et entraîné, sans intention de la donner, la mort des deux personnes qui s'y trouvaient. Il revient chez ses parents, qui, très vite, lui demandent de partir : l'opprobre de toute la ville leur rend la vie impossible. Il part donc, fait sa vie, de laquelle il raye ses parents.
Huit ans plus tard, il reçoit la visite du fils des deux personnes dont il a causé la mort, bien décidé à lui pourrir la vie. Et c'est facile, de pourrir la vie de Sam Pulsifer... Son caractère (il est en permanence stupide, dans le sens frappé de stupeur), l'éducation que lui ont donné ses parents, les nombreux non-dits dont il est depuis toujours entouré ne lui ont pas donné les armes pour réagir. Sam est incapable de réaction, si ce n'est à posteriori, et encore, pour constater uniquement.
C'est un roman bavard et agité, bourré de digressions qui n'empêchent pourtant pas l'intrigue d'avancer. Je n'ai pas dit l'ombre du début du commencement de celle-ci, parce qu'il faudrait exposer plusieurs détails qu'il est fort sympathique de découvrir au fur et à mesure. C'est une histoire triste qui finit mal, et pourtant on ne cesse de sourire. On est clairement dans le domaine de l'absurde, sans que le sens soit altéré, c'est une jolie prouesse en ce sens.
Par exemple Sam fait des rencontres hautement improbables, dont celle de Lees Ardor, professeur associée de littérature américaine, qui n'aime pas la littérature, pire, qui n'y croit pas, mais la professe à grands coups de "Huckleberry Finn mon cul", "Willa Cather est une connasse"; on comprendra peu à peu, en même temps que Sam, qu'il s'agit là en fait d'une terrible peur de ne pas être "vraie" elle-même, de devenir un personnage des romans qu'elle lit et fait lire.
La littérature, les livres, la lecture, les histoires ont une grande place tout au long de ce roman. On peut peut-être même aller plus loin, et ne voir dans toutes ces histoires que façons de démontrer, encore et encore, leur pouvoir. Le tout sous couvert d'une espèce d'enquête policière ou de parcours personnel, bien malin celui qui pourrait définir le genre de ce roman très particulier !
Ca fait très longtemps que je n'ai pas lu John Irving, mais j'ai clairement pensé à lui dans l'univers de Brock Clarke.
Ed. Albin Michel, collection Terres d'Amérique, août 2009, 429 p.
Traduit de l'américain par Renaud Morin
Titre original : An Arsonists Guide to Writer's Homes in New England
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : bavard, littérature, livres, humour, digressions, narrateur stupide mais attachant
17.08.2009
Jimmy The Kid - Donald Westlake
Dortmunder pense que si tous ses cambriolages foirent, c'est parce que Kelp a la poisse. Alors quand il déboule, excité comme une puce, parce qu'il a lu en prison une histoire d'enlèvement de gamin (signée Richard Stark, le pseudo de Westlake) qui finit bien, Dortmunder lui oppose une fin de non recevoir. En plus, sa fonction dans la bande, c'est la mise au point des plans, no way pour suivre celui d'un bouquin, c'est une question d'honneur.
May étant parvenue à le convaincre, voici la petite bande de bras cassés lancée sur l'enlèvement contre rançon de James Harrington, douze ans. Sauf que notre Jimmy fait partie des 2 % de population au QI vertigineux...
Un polar franchement drôle, avec des passages nécessitant le bon gros rire sonore (à ne pas lire en public !). J'ai adoré le père de Jimmy, et ses conversations téléphoniques avec M'man Murch (la ravisseuse) (surtout le passage avec le FBI : "la preuve" :)). Dortmunder est impayable, c'est un pur plaisir que de suivre ses aventures.
Ed. Gallimard 1976 (sous le titre V'là aut' chose !), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patrick Floersheim
Traduction complétée pour la présente édition (Payot & Rivages 2005) par Patricia Christian
231 p.
Lu et apprécié également par Amanda,
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : humour, dortmunder égal à lui-même, belle équipe de bras cassés, frais et sympathique
16.07.2009
La bouffe est chouette à Fatchakulla - Ned Crabb
"Vous savez ce que je me dis ? Je me dis qu'on a plus de suspects qu'il nous en faudrait."

Fatchakulla city : ses péquenots, son alcoolisme, ses chats et sa douceur de vivre. Un petit bled américain fantasmé, rempli de bas du front attachants et bourrus. Soudainement, des figures locales sont assassinées, d'une façon bien particulière. Willie le Siffleur, le croque-mitaine local se serait-il brusquement incarné ? Ce qui est sûr c'est que tout le monde commence à avoir sérieusement peur. Y compris Linwood Spivey, qui fait office de Miss Marple, dans un genre tout à fait personnel...
Un polar très réussi qui mélange avec bonheur un humour dévastateur à une vraie science de la terreur : certains passages sont prenants et flippants comme tout, bien que l'on se sache dans la farce.
Quel dommage que ce roman soit annoncé (mais au conditionnel ?) comme le seul et unique de cet auteur. J'aurais très volontiers suivi d'autres enquêtes de ce pittoresque Linwood...
Ed. Gallimard, 1980 & 1995 & Folio Policiers 2008, 266 p.
Traduit de l'américain par Sophie Mayoux
Titre original : Ralph or what's eating the folks in Fatchakulla county
Sahkti manque un peu d'enthousiasme à mon goût, Ekwerkwe aussi mais son billet est sympa, tandis que Cely l'a fini tout sourire (comme moi), et Claude Mesplède lui-même le qualifie de perle réjouissante de la Série Noire.
06:02 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : polar, humour, mais qui est ned crabb ?

