03.11.2010

Pas ici, pas maintenant - Erri De Luca

J'avais beaucoup aimé Fahrenheit 2010 d'Isabelle Desesquelles, ce qu'elle disait d'Erri De Luca m'avait donné une irrésistible envie de le lire et d'ailleurs, j'ai acheté d'un coup tout ce que j'ai trouvé de lui en librairie, une impulsion qui pouvait se révéler idiote... mais qui était fondée, ô combien.

 

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Pas ici, pas maintenant est son premier roman, "mûri à la fin des années 80", lui qui est venu à la littérature "par accident".

Il y fait parler un homme de 60 ans, qui croise dans la vitre d'un bus sa mère, alors dans sa trentaine. "C'est possible, car le possible est la limite mouvante de ce qu'on est disposé à admettre." Il s'adresse à elle, lui racontant son enfance, les 10 ans pendants lesquels il lui semble avoir vécu (il aura le même sentiment pendant les 7 années de son mariage seulement), et puis l'adolescence, à Naples.

Alors que dire... C'est d'une beauté absolue. C'est touchant, universel, merveilleusement écrit. La 4° de couv a des mots parfaits pour en parler : "Voilà pourquoi Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un livre abrupt et fier, que rythment de subtils dérèglements comme autant d'initiations.

Il parle de Filomena, la domestique quand leur situation sociale se sera améliorée (il ne s'y fera jamais). Un jour, quelqu'un lui dérobe les économies d'une vie. "A ce moment-là, j'ai dû comprendre pour la première fois que le mal est irrémédiable et qu'il est impossible de réparer un tort quoi que l'on fasse ensuite. Le seul remède est de ne pas en commettre et ne pas en commettre est en ce monde l'oeuvre la plus ardue et secrète."

Il raconte les enfants battus à l'époque, chose qu'il ne connut jamais, chez lui c'étaient des remontrances verbales, qu'il abhorrait de tout son être de petit bègue "Jevveux pas des mots.". "Entre mère et fils le progrès n'existe pas, la civilisation n'évolue pas : les mots seront toujours réduits et ne seront que des mots, rares, préservés. Ils ne remplacent rien, ni les coups, ni les caresses."

Il raconte mille et une choses, infimes, minuscules, il tente de les dessiner avec sa personnalité adulte, il nous fait toucher du doigt l'indicible. Je suis complètement sous le charme.

"Il y a des pauvres pour qui le riche n'est pas un idéal. Il y a des pauvres, matériellement et spirituellement, insoumis."

 

Ed. Gallimard & Folio 2008, 127 p.

(Première parution en français aux Editions Verdier en 1992 sous le titre Une fois, un jour)

Non ora, non qui, 1989

Traduit de l'italien par Danièle Valin

 

Mango est perplexe (je précise que j'ignore tout des prises de position d'Erri De Luca en tant qu'homme, que j'ai lu - et adoré - ici un roman, et que je crois profondément que séparer les hommes de leurs oeuvres est salutaire).