04.07.2011
Ce que l'on dit, c'est qu'il y a trois âges : la jeunesse, la quarantaine, et le "Vous êtes superbe".
"Quand le soleil plongea derrière Twin Peaks, elle alla se promener dans le quartier, principalement pour se remonter le moral. Comme sur Russian Hill, cette partie de la ville fourmillait d'allées secrètes et d'escaliers cachés sous des tonnelles, un charme auquel elle avait toujours été follement sensible. Dans le Connecticut, chaque fois qu'elle avait eu le mal du pays - quelle autre formule utiliser ? -, ce n'était ni au Golden Gate Bridge, ni à la Transamerica Pyramid, ni aux cable cars qu'elle avait pensé; c'était à l'essence même de San Francisco, à son ADN, à un je-ne-sais-quoi qui était partout et nulle part à la fois : un fragment de baie en filigrane à travers les arbres ou une rangée de maisons sur une colline noyée dans le brouillard qui faisait comme une guirlande électrique au milieu de cheveux d'ange."

Armistead Maupin nous offre avec ce huitième tome tardif une jolie balade dans cette ville que je rêve de visiter un jour, nous montre Mary Ann et Michaël abordant la soixantaine, Madame Madrigal en tout fin de parcours, saupoudre le tout de quelques nouveaux venus (mais attention, surprises !) et assaisonne avec Facebook et un blog : on suit le tout avec grand plaisir.
Quel effet cela fait-il de replonger dans l'univers des Chroniques de San Fransisco des années après les avoir lues ? Je n'ai pas un souvenir très précis ni très chaleureux des tomes précédents, je crois avoir raté le come back datant de l'an dernier (ou par là), et pourtant j'ai beaucoup apprécié ces retrouvailles avec la petite communauté de Barbary Lane, vingt ans après le départ de Mary Ann.
La vie est passée par là, défaisant certains liens, en renforçant d'autres, et comment ne pas craquer devant cette idée de la jeunesse venant prendre sa dose d'Anna, eut-elle largement dépassé les quatre-vingt ans. Un cancer pour l'une, un mec avec qui elle n'envisage pas vraiment d'avenir pour l'autre, des chiens qui jouent les focalisateurs, les rapports de couple, le végétarisme, toutes ces choses graves ou futiles sont abordées en un joyeux mélange toujours teinté d'une forte nostalgie.
On se laisse couler dans une ambiance un peu légère, les choses plombantes sont abordées avec douceur et recul, et du coup l'épilogue qui tresse des fils qu'on n'avait pas forcément perçus est une bonne surprise.
Vivement l'épisode 9.
Mary Ann en automne - Armistead Maupin
Editions de l'Olivier, 2011, 317 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michèle Albaret-Maatisch