20.08.2010
Une forme de vie - Amélie Nothomb
"Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens."

Le Nothomb nouveau est arrivé ! Je ne le raterais pour rien au monde, je ne lirai aucun avis qui le descendra en flèche, peu me chaut d'être raillée : Amélie Nothomb en août, c'est un rituel que je pratique depuis toujours.
Et le cru 2010 est bon. Il nous entretient des pratiques épistolaires de l'auteur, à travers une histoire étrange de lettre reçue d'un soldat américain en pleine guerre à Bagdad. Il se termine abruptement sur une facilité, on a l'habitude, dans un avion encore.
Mais surtout il contient ces petits éclats de vérité nimbés d'un vocabulaire précieux et incongru, j'ai corné des dizaines de pages, si je voulais mes citation du jeudi seraient occupées pendant des semaines.
J'aime ce qu'elle dit de la relation aux autres (p. 71-72-73), de la façon dont les autres l'envisagent (p. 88-89), du tri de son courrier (p. 89 encore), du sens (p. 92), du nécessaire de rencontrer les écrivains ou pas (p. 108), de l'étymologie du mot "sincère" (p. 147), entre autres.
J'aime la fantaisie avec laquelle elle dépeint des choses toutes simples, ce qu'on entrevoit de sa personnalité à travers ses assertions, l'humour qui soutient le tout et la bizarrerie de ses thèmes. Léger, court, sautillant.
Et quand elle s'apostrophe mentalement toute seule, ça donne :
"Sinon, dis-moi pourquoi tu vas jusqu'aux Etats-Unis pour voir un simple correspondant ! - Parce que j'éprouve de l'amitié pour cet homme qui, lui au moins, ne recourt pas à la prétérition. - Tu traverses l'Atlantique pour une absence de prétérition ? C'est à mourir de rire ! - Non. C'est rarissime, l'absence de prétérition. Je suis un être capable d'aller très loin au nom de ses convictions sémantiques. Le langage est pour moi le plus haut degré de réalité."
Ed. Albin Michel, 2010, 169 p.
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