08.11.2010
My reading life - Pat Conroy
"I could build a castle from the words I steal from books I cherish"

Pat Conroy a été profondément marqué - plus que ça, en fait; traumatisé, construit, façonné, extrait de l'huile bouillante et des feux de l'enfer, manufacturé pour le meilleur et pour le pire - par son enfance, qu'il ne cesse de raconter (de se raconter à lui-même) dans tous ses livres. C'est encore et toujours le cas ici, récit qu'il enrichit d'énormément d'anecdotes, et, prétexte initial, des livres et des auteurs qui ont compté pour lui. Un professeur aussi, un libraire, un agent éditorial, il y a plusieurs portraits dans ces souvenirs, à commencer par celui de sa mère.
"Always gilding the lily. Always exaggerating." "I was overdramatic, showy with adjectives, safe with form, weak on verbs, overreliant on adverbs, confused banter with wit and dialogue..." : Pat Conroy n'a jamais versé dans l'autocomplaisance, on ne peut lui ôter une certaine lucidité.
Je ne sais pas si ce livre sera un jour traduit en français, tant ses références sont quand même très américaines. J'ai été souvent agacée par de nombreuses répétitions (aucun risque de passer à côté de quelque chose, tout est dit au bas mot trois fois), et par cette façon de toujours énoncer tel auteur ou tel roman ou telle personne comme ayant changé sa vie à jamais, knock-his-socks-off ou mis à genoux; plus rien n'a jamais été pareil, alors et depuis, bla bla. Franchement pénible. Très américaine aussi cette façon de compiler différents textes écrits pour différentes revues à différents moments, de coller "my reading life" en haut et de ne rien lier, même pas chronologiquement.
Mais en même temps c'est Patounet, quoi. Mon Patounet, de surcroît.
Quand il parle de Thomas Wolfe (et plus précisément de Look Homeward, Angel, que je veux évidemment lire) et qu'il dit :
"I know a thousand writers who are far better craftsmen than Thomas Wolfe. But few can bring a page to such astonishing life as Wolfe. Critics who do not like Wolfe often despise him, and his very name can induce nausea among the best of them. That is all right. They are just critics, and he is Thomas Wolfe."
"What the critics loathed most, I loved with all the clumsiness I thougt to the task of being a boy. "He's not writing, idiots," I wanted to scream at them all. "Thomas Wolfe's not writing. Don't you see ? Don't you understand ? He's praying, you dumb sons of bitches. He's praying."
Quand, au sujet de James Dickey il dit : "I do not care one goddamed thing about how James Dickey conducted his personal life. I care everything about what this man wrote on blank sheets of paper when he sat alone probing the extremities of his imagination."
Quand il donne sa vision du mal que peut faire la gloire et la célébrité (et surtout du fait d'en tomber amoureux), comment il a été appelé à devenir écrivain ("The idea of a novel should stir your blood, and you should rise to it like a lion lifting up at the smell of impala. It should be instinctual, incurable, unranswerable, and a calling, not a choice.", quand il raconte son séjour à Paris (that perverse and ornery creature, the Parisian), sa rencontre avec Michael Jackson, Steven Spielberg, quand il en fait trop, de façon trop accentuée, et qu'il en remet une couche, encore et encore, je l'aime.
De toute mon âme de lectrice qui n'oubliera jamais le choc qu'a été Le Prince des marées à 14 ans, j'aime cet auteur infiniment, j'aime son humour, sa grandiloquence, sa blessure intime jamais refermée, le grand lecteur insatiable qu'il est. Je ne suis pas sûre que sans cette affection préalable, ce livre plaise, par contre.
"- You claim to be writing your first novel. Norm said it in a voice that let me know he didn't believe me.
- I have, I said, having written the first pages to the book that would become The Great Santini.
- Does it tell me everything I need to know about leading a good life ? He asked. And I mean everything.
- No.
- Then throw it away. It's not worth writing.
- I'm twenty-six years old, Norman. I don't know everything in the world yet.
- That is good, he said, softening. At least you know that much. Keep writing. If you're lucky you'll have one or two important things to say before you die.
- Here is one of them, I said. Fuck you, Norman."
Pat Conroy, My Reading Life, Nan A. Talese / Doubleday, 2010, 333 p.