13.09.2011

Le livre était le style, et le style était l'homme. Et l'homme était - avait été - Charles Dickens.

L'Inimitable. Ainsi se désignait lui-même Charles Dickens, qui n'a jamais souffert d'aucune forme de modestie. Car inimitable, il l'était, assurément. Wilkie Collins, qui s'adresse tout au long de ce roman à son lecteur du futur (nous), s'en étouffait de jalousie. Mais c'est un peu plus complexe que ça, évidemment. 

mais,dieu me garde!,j'ai aimé charles dickens.,j'ai aimé son rire soudain et contagieux,ses gamineries et les histoires qu'il racontait.,j'ai aimé le sentiment,-quand on était à ses côtés-,que chaque instant était important.,

Dan Simmons nous entraîne dans ce gros roman touffu et au rythme très changeant dans un maelström d'hommage, de récit biographique, d'extrapolation, de délire sous substances diverses, d'analyse littéraire et de médisance pure (et à travers trois cercles : l'auteur qui écrit comme un deuxième auteur pour parler d'un troisième auteur; et tout se tient).

1865, Dickens a son accident de train. 1870, il meurt. Ce sont ses cinq dernières années qu'il nous est donné de partager, sous l'oeil de moins en moins cohérent de Collins...

J'ai fort peu goûté toute la partie opiumisée, qui s'étend hélas longuement et de façon redondante, mais j'ai apprécié son écho et sa résolution (et il y a tout de même quelques scènes très fortes, dont une qui m'a réellement effrayée). Wilkie Collins, le personnage ce roman, est un narrateur épouvantable, qui radote, qui ratiocine, qui s'emmêle les pinceaux et ne cesse de passer d'une chose à l'autre. Mais il est aussi formidablement drôle dans sa convoitise effrénée, dans ses pitoyables tentatives de rosseries jalouses, dans sa hargne à clamer qu'il existe.

Car il ne cesse en fait de chanter sur tous les tons à quel point il aime ce satané Dickens, et la personnalité hors du commun de l'Inimitable éclate à toutes les pages : lire le récit des lectures publiques sous sa plume est *presque* aussi exaltant que d'y avoir assisté, on ressent de façon intense tout ce qu'il veut nous faire passer, par moments on est même submergés, on en veut aux bêtes lois physiques qui nous empêchent de faire un saut dans le temps et d'avoir la chance, une fois, une seule fois, même dix secondes, de le voir, en vrai, devant nous, le regarder bouger, parler, le toucher, han, Charles Dickens, bon dieu.

Passons pudiquement sur le comportement de Collins-le-personnage vis-à-vis des femmes, il y a des claques qui se sont perdues, il y a eu cumul, tout de même.

Ce qu'il y a peut-être de plus jouissif dans ce Drood étant les clins d'oeil, les avis, les références aux romans de Dickens et de Collins, y compris dans les personnages actuellement mis en scène. Je recommande vivement d'avoir lu La maison d'âpre-vent (pages 842-843, superbes à ce sujet !), L'ami commun, Le mystère d'Edwin Drood, La femme en blanc et Pierre de lune, au moins, avant de lire ce Drood, sous peine de passer à côté de bien des points.

Je recommande également de lire les billets d'Isil, Karine et Pimpi.

Je recommande enfin de s'accrocher, il y a clairement un passage à vide entre les pages 300 et 400, mais ça vaut la peine de survoler un peu et d'atteindre la suite, oooooh oui.

 

Drood - Dan Simmons

Editions Robert Laffont, 2011, 866 p. 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Odile Demange