01.02.2009
Un portrait de Jane Austen - David Cecil
"L'exemple et non le précepte, disait-elle, voilà tout ce qu'un romancier peut se permettre d'exposer."
Ecrit en 1978, et reprenant l'essentiel de ce qu'il avait dit dans sa conférence à Cambridge en 1935, ce portrait de Jane Austen par David Cecil est pour la première fois traduit en français.
Dans son prologue, l'auteur, aristocrate britannique et professeur de littérature anglaise à Oxford, explique qu'il s'agit ici d'une tentative de reconstituer et de décrire la véritable personnalité de Jane Austen, et qu'elle reste empirique (faute de documents suffisants ayant traversé l'épreuve du temps). J'aurais aimé qu'il aille plus loin encore dans les conjectures, l'ensemble restant quand même souvent très factuel, et un peu froid.
Ceci étant dit, tout fan de Jane Austen prendra plaisir à lire ce portrait, parce qu'entendre parler de cette auteure à laquelle on porte une si grande affection à travers les ans réjouit toujours.
Il remet particulièrement bien en perspective l'état d'esprit du XVIII°, bien que Jane Austen ait vécu près de la moitié de sa vie d'adulte après 1800, elle est née et a été élevée en fille du XVIII°. Ainsi par exemple, à cette époque le terme "enthousiasme" était aussi insultant que "bon sens" était élogieux.
Il m'a appris également qu'elle lut et relut Sir Charles Grandison, de Richardson, au point de le connaître quasiment par coeur. Dommage qu'il n'en existe qu'une traduction en vieux français... Elle portait beaucoup d'affection aux écrits du Dr Johnson ("Mon cher Dr Johnson" disait-elle).
Et quelle délicatesse, dans ses lettres... Ainsi pour "râler" parce que son frère avait divulgué le fait qu'elle était l'auteure de Raison et sentiments et Orgueil et préjugés :
"Une nouvelle annoncée de cette manière ! On sait comment elle se répand... Je sais que tout cela n'est motivé que par l'affection et la partialité. Il n'empêche, permettez-moi ici de vous exprimer encore, à Mary et à vous, ma reconnaissance pour l'extrême gentillesse dont vous avez fait preuve en d'autres occasions en vous conformant à mon désir."
Ed. Payot, Janvier 2009, 286 p., 20 €
Traduit de l'anglais par Virginie Buhl
Titre original : A portrait of Jane Austen
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02.10.2008
Emma Campbell Webster – Jane Austen et moi

« Ce livre n’est pas un livre ordinaire, et ne doit pas être parcouru du début à la fin. Il contient plusieurs aventures différentes, et votre chemin dépendra des choix que vous ferez au fur et à mesure. Le succès (ou l’échec !) de votre mission dépendra de vos décisions, alors, réfléchissez bien avant de choisir…. »
Merci Cathulu ! Grâce à ton cadeau, j’ai joué et pu constater quelle cruche je suis...
En effet, j’ai échoué à faire un mariage de raison et d’amour, puisque je termine, malgré un mariage avec Mr Darcy, en Lady Chatterley avec un personnage d’Emma, Robert Martin, et que je me suicide.
Pour embellir le tableau, je me retrouve en outre avec 220 en intelligence, 270 en confiance, - 20 en Fortune, et douze défauts pour deux qualités : quelle piètre héroïne je suis J
Mais mes défauts ont du panache, et j’en viendrais presque à les aimer….
* Mes sœurs et moi avons fait notre entrée dans le monde en même temps (so chocking ! Surtout quand on n’a aucune sœur)
* Rancunière (ça, c’est parfaitement exact !)
* Je n’ai pas eu d’institutrice (rigoureusement vrai. C’était un maître)
* Amour de la marche (ça, c’est du défaut en béton. L’horreur, même, non ?)
* Ni style, ni goût, ni beauté (elle me connait ou quoi Emma Campbell Webster ?)
* Connaissance insuffisante de la broderie (Je suis désolée mais mes éventails sont peints, moi, parfaitement !!)
* Connaissance insuffisante de la danse (Kamel, si tu m’entends…)
* Incroyablement indiscrète (Tout de suite les grands mots ! Rhoo ! Dotée d’une saine curiosité, oui)
* Partialité aveugle (mon fils est le plus beau et ça ne se discute même pas)
* Préjugés obstinés (Non. Revigorants préalables)
* Malheureux penchant pour les jeunes hommes sans ressources (Ils sont so cute, aussi)
* Totalement incapable d’apprécier le charme pittoresque d’un paysage (rédhibitoire, isn’t it ?)
Comme Clarabel, je me suis bien amusée entre ces pages sautillantes et sans prétention. Ca fait du bien de rire, parfois ;) (Fashion, Keisha et Francesca ont joué également !).
Ed. Danger public, 2008, 381 p., 22 €
Traduit de l’Anglais par Sylvie Doizelet
Illustrations de Pénélope Bagieu
Titre original : Lost in Austen : Create Your Own Jane Austen Adventure
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21.04.2008
Passent les Chaises de poste pleines de Garçons, futurs Héros, Législateurs, Imbéciles et scélérats.*

J'ai cru que je n'allais jamais pouvoir m'arrêter de bondir partout le jour où j'ai ouvert le colis envoyé par Papillon : elle me prêtait son exemplaire "du" Tomalin, celui que tout le monde évoque dès qu'on parle de Jane Austen !
J'ai passé la semaine en sa compagnie, et je vais maintenant pinailler petitement, mais il faut bien que soit entendu le fait que c'est forcément bon, obligatoirement réjouissant, évidemment "que du bonheur"**, puisque c'est sur, autour de, basé et centré sur le plus extraordinaire des auteurs du monde de l'univers : Jane Austen.
Claire Tomalin est une biographe, une vraie, de métier je veux dire, et finalement c'est ce que je n'ai pas aimé dans son livre. Alors fallait pas le lire, j'entends, qu'est-ce que tu nous soûles ! Oui mais non. C'est plus qu'appréciable de pouvoir se fier entièrement à chaque mot écrit, d'être absolument certain de ce que qui a été, de tel ou tel moment précis, telle anecdote, telle citation. On se fait une petite idée de la personnalité de Jane Austen, on la remet en perspective, à travers cette phrase de Mauriac : La première pensée du biographe, qui veut avancer dans la connaissance d'un homme, est de chercher d'abord du côté de ses ascendants. L'individu le plus singulier n'est que le moment d'une race.
Et c'est là quand même que Claire Tomalin, en ne faisant pourtant que son métier de la plus professionnelle façon qui soit, m'a souvent perdue en chemin. Malgré l'arbre généalogique, ça ne m'a pas passionnée l'énumération de propos de ses frères, soeurs, nièces et consorts, ni leur propre vie, à vrai dire. Tout comme lorsque je visite un musée, j'ai besoin qu'on humanise le truc pour moi, qu'on me propose du vivant, du bruissant, du souriant ou du tragique autour de l'historique, qu'on introduise du sentiment dans la culture, sinon on me perd, je ne suis pas une froide érudite, c'est comme ça !
Par contre, les passages sur les oeuvres, les personnages, sont magnifiques, c'est très émouvant aussi d'assister à la reconstitution des derniers jours de Jane Austen, de l'imaginer finalement simple et timide, de penser à Cassandra qui respecte ses souhaits en brûlant, découpant des tonnes de ses lettres, pour laisser une image la plus lisse possible, la plus conforme en tous les cas à ce qu'elle pensait être le désir de sa soeur.
C'est dommage aussi, bien sûr, car c'est ce qui manque, la dimension triviale et humaine et faillible de cette auteure de génie.
Mais on s'en fout après tout, on l'aime et on la lira pour des générations et des siècles encore. C'est tout ce qui compte.
Ed. Autrement, coll. Littératures, 2000, 389 p.22,95 €
Trad. (GB) par Christiane Bernard et Jacqueline Gouirand-Rousselon
Titre original : Jane Austen, a life (1997)
* p. 290, dans ses notes, à Chawton, JA s'amusait elle aussi à regarder la circulation.
** Expression destinée uniquement à embêter Clarabel.
En ont également parlé : Lilly, Et puis qui ? Je ne trouve personne d'autre...
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02.04.2008
The Jane Austen Book Club (2007) - Robin Swicord
J'avais aimé le roman, j'ai mille fois préféré le film, qui nous permet d'entrer directement au coeur des personnages, de les apprivoiser petit à petit et de mourir d'envie d'intégrer leur club de lecture !
Au risque de décevoir Emjy, je vous renvoie directement à son propre billet sur le film dont je pourrais reprendre chaque mot tant elle décrit à la perfection tout ce que je pense ! Et d'une manière complète, structurée et brillante. Je ne vois pas l'utilité de redire ce qui sera de toute façon la même chose : c'est une réjouissante comédie littéraire romantique.
Je me propose plutôt de vous dire en vrac, comme ça, de jeter quelques petites choses que je pourrais ajouter si j'en discutais de vive voix avec vous.
Les bonus par exemple sont une source de grand plaisir, avec - et c'est la première fois que je trouve ça - de longues minutes illustrées et commentées sur la vie de Jane Austen. Robin Swicord, dont c'est le tout premier film pour le cinéma (quelle réussite) (elle ressemble un peu à Agnès Jaoui, physiquement, non ?) y déclare ne pas être une spécialiste de Jane Austen; elle peut pourtant apporter sa propre vision de chacun de ses romans, et maitriser les détails de sa biographie d'une manière tout à fait confondante.
J'ai aimé qu'elle se détache souvent du roman, pour faire de Bernadette par exemple l'initiatrice du club, (et l'observatrice correspond à la narration), qu'elle rajeunisse Jocelyn et Grigg et modifie ça et là quelques détails. D'ailleurs, j'ai voulu relire le roman dans la foulée et ça ne fonctionnait pas, je ne retrouvais pas tout à fait les personnages que je venais de quitter à l'écran.
Mais ceux qui ne le connaissent pas, justement, doivent se demander de quoi il
s'agit, au juste; ça se passe de nos jours, en Californie, et cinq femmes plus un homme se réunissent chaque mois pour discuter d'un roman de Jane Austen. L'idée vient de Bernadette, touchée un soir par la détresse d'une jeune prof de français, Prudie, elle lance cette idée, chacun s'appropriant un roman précis. Jocelyn fera entrer dans le club le jeune Grigg, néophyte total en Jane Austen, mais largement ouvert, à la base attiré par la beauté (somptueuse !) de cette plus si jeune femme. Sylvia vient de se faire plaquer par son mari, après plus de trente ans de mariage, et Jocelyn tentait par cette invitation de jouer les Emma. Mais Grigg n'a rien d'un Mister Knigthley, il serait plutôt la Lizzie de l'histoire (encore que...).
D'ailleurs, en parlant de reconnaître les personnages de Jane Austen dans ceux de ce Book Club, les bonus vous y aideront si besoin était, et à la différence du roman, il n'est nullement nécessaire d'avoir lu les six romans majeurs pour apprécier de naviguer dans ce monde. C'est une histoire tout entière, moderne, émouvante, drôle, vibrionnante qui se déroule sous nos yeux.
Par contre, apparemment la sortie française n'est pas encore datée à ce jour, et le DVD ne propose que des sous-titres en anglais : attention l'américain ça débite très vite, et à mon image si votre anglais n'est pas fluent vous userez souvent de la touche pause ou retour !
Il y a certaines scènes cocasses qui fondamentalement n'apportent rien au film (je pense à la répétition de Trey, ou la pub pour Starbuck avec Grigg, ça passe très bien mais...) alors que d'autres qui m'ont fait hurler de rire ont été supprimées (heureusement on les voit en bonus) : celle où Allegra baratine Corinne avec Persuasion, comme si elle l'avait vécu, en guise de vengeance !) par exemple.
Ce que j'avais apprécié dans le roman est aussi ce qui fait la force du film, à mon sens, on "vit" Jane Austen. On ressent beaucoup d'empathie pour les situations actuelles, variées et diverses (Sylvia et Daniel sont très émouvants, et leur histoire très juste et symptomatique de notre mode de vie), et il y a une palette vraiment large du monde moderne; mais surtout on réalise tout ce que peut apporter la confrontation d'avis différents (et vraiment chacun a une vision très personnelle et adaptée à son propre cas de JA), même quand elle se déroule entre des gens que rien ne rapproche dans la vie. C'est une ouverture au monde, c'est effectivement ce que peut concrètement changer la lecture dans une vie. Et ça...

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26.03.2008
Becoming Jane - Julian Jarrold (2007)

Clins d'oeil, donc, respectueux hommages, malice bienveillante de scénariste, mais jamais éléments biographiques certifiés, et ça me convient parfaitement.
Oui, ce film est un bonheur, un bonbon, une sucrerie pour jours pluvieux qui réussit, à mon sens, parfaitement son pari : offrir aux amoureux de Jane Austen une incursion dans son univers, sans adapter un de ses romans. Du neuf, en quelque sorte, une prolongation d'état de grâce, du bonus bien fait et joliment enveloppé; c'est là tout ce que j'aime !Tout commence par un petit matin calme : Jane, autour de la vingtaine, est en train de mettre la dernière patte au texte qu'elle écrit pour célébrer les fiançailles de sa soeur Cassandra. Au rythme de ses recherches, pour faire couler les mots, les appeler dans sa tête, elle laisse ses doigts rythmer le piano; d'hésitant et tout doux lorsqu'une formule se crée, en martellement sonore et joyeux lorsqu'elle en est venue à bout : chez les Austen, le réveil est parfois tonitruant, à quelque étage qu'il se passe, et le spectateur immédiatement dans l'ambiance. C'est une famille unie, quelques libertés mettront à mal les puristes qui espéraient de la tenue et de la préséance en toutes circonstances !

Puis ce sont les quelques mois qui verront éclore l'amour entre Jane et Tom que nous suivons, selon le schéma classique, tout commence mal, puis ça se gâte, jusqu'à ce qu'ils ouvrent les yeux. Hélas, ce n'est pas gâcher le suspens que de dire que ça se terminera très mal, nous savons tous que Jane Austen ne s'est jamais mariée.
Mais entre-temps quelle valse des sentiments ! On succombe, on tremble, on se révolte et on s'incline, c'est qu'on a aussi de la grandeur d'âme, dans nos chaumières.
Le casting est réjouissant, crédible de bout en bout, et Anne Hathaway campe une Jane Austen plausible. Mais celui qui tire vraiment son épingle du jeu, qui est fait de grâce et d'incandescence, c'est James McAvoy en Tom Lefroy : je n'ai vu que lui, séduite et demandant plus. Quelle joie à l'idée de le retrouver prochainement dans Atonement !
Cette scène où Jane danse avec Mr Wisley, cherchant Tom des yeux depuis le début du bal, résignée, éteinte, ce pas de deux qui le fait apparaître devant ses yeux, ce regard, rieur, mutin, entendu qu'ils échangent, my god, parmi les plus... les plus.... han la la !
Et puis cet épilogue, ce geste, discret, ce prénom donné...C'est beau, c'est tout ! Ca donne envie de connaître la vraie version, de plonger encore plus profond dans tous ces livres qui racontent notre Jane, de maitriser plus et mieux l'anglais pour ne plus dépendre des traductions tellement aléatoires (dans le sens que pas grand chose de cette littérature autour de Jane n'est traduit en français !)

En attendant, et vous l'aurez compris je crois, je recommande de se ruer sur Becoming Jane !
A entendre et lire sur Canal Academie, Marie-Laure Massey
Les avis de : Fashion, Isil (déçue), Emjy et Clarabel
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19.03.2008
Pride and Prejudice - Joe Wright (2006)

Presque autant décrié qu'adulé (j'ai même trouvé une dissertation à son sujet sur le net !), ce film pour moi a une place toute particulière : c'est en effet lui qui m'a ouvert le monde magique, enchanteur et merveilleux de Jane Austen.
Amazing, isn't it ? A l'âge canonique de trente-neuf ans, je reçois un jour un mail de mon ami Yvon me conseillant pour ma soirée télé un reportage; me renseignant sur celui-ci, je jette en même temps un oeil sur le reste des programmes, et décide de patienter devant ce film : je n'en ai pas décollé. J'ai ri, pleuré, en ai pris plein les mirettes et me suis retrouvée le coeur broyé.Moi qui jurait bailler d'ennui à la seule évocation du mot "victorien", pour qui "britannique" sonnait comme "ringard", j'ai mis le pied dans un piège irréversible (pour mon plus grand bonheur !).

J'ai retrouvé intact mon émerveillement premier aux visionnages suivants, pleuré à gros sanglots aux deux moments des déclarations (d'abord Jane et Mister Bingley, puis évidemment le moment où Lizzie embrasse la main de Darcy, ha la la...), et me suis pâmée à loisir devant l'excellence, la perfection, l'ambiance générale suprêmement brillante, selon mes critères.
Je suis, pour la première fois, enthousiasmée par l'ensemble du casting : pas une incarnation qui ne soit sublimée, pas un seul personnage qui présente quelque défaut que ce soit, tous nous embarquent et réussissent à apporter leur propre petite touche (d'ailleurs, je les ai tous trouvés beaux).
Matthew MacFadyen, à mes yeux, d'ailleurs, éclipse la prestation pourtant mythique de Colin Firth dans la version BBC (que je recommande aussi chaleureusement). Il parvient à montrer les fêlures de Darcy, ce côté "il ne m'est pas facile de discuter de choses et d'autres avec des gens que je ne connais pas", avec lui je ressens qu'il puisse lui en coûter.

Et puis la merveilleuse Brenda Blethyn, qui m'enchante dans les films anglais un peu sociaux, et qui se montre ici tellement écervelée et inconvenante, tout en étant pourtant complètement maternelle.
Aussi le génial Donald Sutherland, qui me bouleverse en épilogue lorsque, les yeux plein de larmes, il dit "but you do really love him !" sidéré, heureux, pouffant, ému jusqu'aux tréfonds de son âme... et nous le communiquant, bien évidemment.

C'est un film plein de vie, d'images colorées et rutilantes, avec des choix scéniques et scénaristiques assumés (Joe Wright assure des commentaires audio qui expliquent tout un tas de choses, je ne suis pourtant pas allée au bout car je l'ai trouvé en quelque sorte assez déprimant à l'oral, ce qui n'est pas le cas de sa mise en scène. C'était d'ailleurs sa toute première réalisation pour le cinéma). Il y a énormément d'humour, ça pépie, ça pétille, ça sautille et ça bruisse. Pour autant, on ne s'éloigne pas tellement du roman original, la trame principale est en tout cas respectée.
Le DVD contient de nombreux bonus de plusieurs sortes, par exemple la localisation et la visite des extraordinaires demeures choisies pour incarner les différentes habitations, des interviews de plusieurs des acteurs, des explications de la Jane Austen Society, une galerie-musée des us et habitudes du 18°, etc.
Un achat pratiquement indispensable !
J'ai lu sur Allo Ciné qu'Emma Thompson avait collaboré au scénario en réécrivant certaines scènes. Pour ce travail, elle ne fut pas payée et n'est pas créditée au générique.
Deux avis parmi des milliers de milliards d'autres : Holly G, et Blog Different (qui n'a pas aimé du tout du tout)

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13.03.2008
Sense and Sensibility, 2008 (BBC) - John Alexander
On peut acheter les yeux fermés une adaptation de la BBC, certains de la qualité intrinsèque, du soin apporté, assurés de voir de belles images, de splendides décors, bref, de passer un bon moment.
Ce DVD ne faillit pas à la règle, avec même en bonus des commentaires audio (j'ai fait l'impasse), des photos et une interview d'Andrew Davies (auteur du script) et de la productrice.

Pour autant, ces trois épisodes d'une heure chacun parviennent-ils à nous faire oublier la version d'Emma Thompson / Ang Lee ? Pour ma part la réponse est négative.
Les plus :
* Certains points, inexistants dans la version 95, sont ici développés : la scène du duel, le passage de Willoughby au chevet de Marianne, les âges d'Elinor et Marianne sont respectés, le cottage ressemble plus à celui du roman (et l'endroit est vraiment magnifique !)...
* La durée de l'adaptation permet d'insérer plus de détails, le fil rouge des coquillages tintant le long de leurs ficelles dans le vent apporte une note poétique et en même temps désolée, on se rapproche plus de l'ambiance historique exacte, sans le côté léché un peu trop miroitant du film (que personnellement j'apprécie pourtant plus).

* J'ai lu que la critique britannique considérait assez unanimement que cette version était "libidineuse", je suis étonnée; Hormis la scène d'ouverture, volontairement voluptueuse, permettant d'introduire toute l'histoire de l'antagonisme Brandon / Willoughby, ça reste à mon avis super chaste de bout en bout !
Les moins :

* Je trouve dommage les trop nombreuses similitudes avec le film (et même avec celui de Joe Wright, parfois) : Le rôle de Margaret étoffé pour aider la narration et faire le contre-point humoristique, la même interprétation d'Elinor en ce qui concerne la scène de demande d'Edward, la précipitation des dames Dashwood avant la première visite du colonel, la façon de traiter la scène comique de départ, où Mrs Dashwood convainc son époux de ne rien donner à ses demi-soeurs (entre autres)... J'attendais une version plus personnelle d'Andrew Davies, qu'il se détache des autres, c'est raté en ce sens.
* On fait même dire à Margaret ce que développait Emma Thompson dans ses commentaires audio, pratiquement au mot près (Les femmes passent leur temps à attendre, etc.) !
* L'acteur interprétant Edward Ferrars (Dan Stewens) ressemble trop à Hugh Grant, et physiquement, et dans son interprétation, même s'il en fait moins dans le genre coincé.

* L'actrice interprétant Marianne (Charity Wakefield) ne m'a pas parue assez exaltée.
* Les scènes se succèdent sans exactement s'enchaîner, il manque un je ne sais quoi de liant, d'allant.
* L'humour est par trop absent, l'ironie manquante.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, ça reste un très bon moment dans l'univers de Jane Austen, et mon petit test personnel (qui vaut ce qu'il vaut, étant du genre hyper bon public) : j'ai pleuré plus que ma part, dans le troisième épisode, et n'ai absolument pas vu les trois heures passer.
Je conseille donc cet achat, un de plus !
(Attention, toujours en Vo sous-titres anglais uniquement)
La bande-annonce sur You Tube

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05.03.2008
Persuasion (ITV 2007) - Adrian Shergold

C'est Simon Burke qui a signé le scénario, et paradoxalement il a sans doute voulu trop respecter le roman. Paradoxalement, car la scène principale, le moment le plus intense de tous les romans de Jane Austen, l'instant où tout lecteur est en apnée, devinant sans être sûr, espérant et redoutant tout à la fois de voir ses supputations vérifiées, bref, la lettre, est carrément passée sous silence.

Oui, c'est incroyable, je sais, c'est incompréhensible que quelqu'un ait pu penser qu'une course poursuite échevelée dans les rues de Bath, avec un côté ridicule appuyé (je t'empêche de passer parce que j'ai un truc super important à te dire, je ne suis pas là mais je te laisse un mot, tu repars en sens inverse mais te fais intercepter à nouveau, et Oh, surprise, je suis là), suivie par une caméra à l'épaule qui donne mal au coeur et des images tremblotantes, puisse avoir un quelconque avantage sur une scène d'anthologie. La preuve par le mouvement ? Mais si c'est là ce qu'on désire, du mouvement, il ne faut pas lire Jane Austen, c'est tout !
Alors oui, Sally Hawkins est une Anne Elliot tout à fait convaincante; personnellement, je la trouve plutôt laide, mais c'est parfait pour ce rôle. Ses regards francs caméras apportent un plus indéniable, on se sent pris à partie, elle est très expressive et on est à fond derrière elle. Rupert Penry-Jones fait le maximum avec le peu de temps qui lui est imparti, il remplit les caractéristiques du Captaine Wentworth avec une bonne volonté évidente, mais lui est trop beau. Il fait jeune premier, en aucun cas marin au visage battu par les embruns approchant la trentaine. Le reste du casting est cohérent, j'ai bien aimé Tobias Menzies en Mister Elliot, super doucereux mais dégageant un truc pas net, un poil ténébreux.
Le parti-pris de caméra à l'épaule ne m'a pas gênée outre mesure, mais il s'inscrit, à mon sens, dans une politique globale un peu cheap. Pourquoi Anne est-elle si mal habillée comparée aux autres ? Je veux bien considérer que ce n'était pas une préoccupation pour elle, ses vêtements (et comme je comprends ça ;o)), mais les matières mêmes, tout ce qu'elle porte accentue une impression de Cendrillon, totalement utilisée et négligée par les autres.

Dans le roman, il y a de nombreuses scènes de discussions très importantes, du badinage, de la conversation déliée dans lesquelles apparaissent soudain des éléments très importants, qui n'existent aucunement dans ce film.
En fait, on retrouve fidèlement dans cette adaptation la plus grande partie du roman, le déroulement factuel de son intrigue, mais il manque pourtant l'essentiel : le pétillement, la grâce. C'est plat, ça ne soulève ni même n'emporte pas, ça ressemble à un résumé détaché, quand j'aurais voulu me plonger dans l'essence même de ce qui me plait chez Jane Austen : non, il n'est nullement nécessaire de se procurer ce film.

Crédits photos : Littéranet
Quelques images sur un clip
(J'ai vu aussi la version BBC 1995, mais ne suis pas plus convaincue par elle ! La fameuse scène de la lettre y figure, mais je ne vois rien s'ajouter au roman. Un compte-rendu assez fidèle, manquant d'éclat à mon goût.)
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15.02.2008
Mansfield Park (1999) - Patricia Rozema

Début Août 2007, je voyais ce film pour la première fois et mon appréciation était parasitée par différentes choses; C'était la première fois que je me lançais sans le support de sous-titres en français (et je dois dire que mettre les sous-titres anglais aide réellement, il ne faut pas hésiter !), je n'y avais pas fait attention lors de mon achat et c'était donc une (mauvaise) surprise. Et puis, si j'avais lu les six romans "majeurs" de Jane Austen, je n'avais pas encore vraiment pénétré plus avant dans son monde.

Depuis, les choses ont évoluées, et ma "groupitude" n'a cessé de croître (Laure me dit que ce n'est pas dangereux, hormis pour mon porte-monnaie, mais bon...)
J'ai donc fait, entre autres, l'acquisition des oeuvres romanesques complètes (seul le tome 1 existe à ce jour... mais que fait Gallimard !) dans La Pléiade, et j'ai pu réellement approfondir mes connaissances (ça fera l'objet d'un autre billet, un jour) et notamment découvrir deux de ses oeuvres de jeunesse, "Amour et amitié" et "Histoire de l'Angleterre".
C'est donc avec un oeil tout à fait différent que j'ai repassé 112 minutes à Mansfield Park.
Et je suis maintenant enthousiaste !

C'est une adaptation très libre du roman, écrite et réalisée par la canadienne Patricia Rozema. L'héroïne, Fanny Price, a beaucoup plus de caractère que celle du roman. Elle incarne même presque une forme de féminisme avant l'heure, tenant tête de plus en plus bravement : à Sir Thomas pour le mariage qu'il souhaite lui imposer, à Aunt Norris (j'adore la scène où elle lui rétorque "et vous, tante Norris, combien de temps pensez-vous rester ?", puis enfin à la belle Mary Crawford dans l'extraordinaire confrontation finale.
Il y a énormément de modernité dans cette adaptation, dans les relations entre les gens, dans l'essence même de la personnalité des Crawford, dans le traitement de certaines scènes du roman (chocs très visuels de la découverte du cahier des dessins de Tom, ou surprise au lit de Maria et Crawford... Inconcevable, chez Jane Austen ! Tout au plus suggéré de très loin).

Mais pourtant, l'esprit de Jane est bien là, la trame du roman est respectée, et on en vient à beaucoup apprécier - et même respecter - cette Fanny Price, au détriment de celle de papier qui est souvent beaucoup trop incolore et passive.
Et c'est bien là le secret, la touche mutine de la réalisatrice, que d'avoir intimement mélanger Miss Price et Miss Austen elle-même !
Les histoires qu'elle écrit à sa soeur Suzy dès son arrivée à Mansfield Park et jusqu'à la fin de son adolescence, sont les propres oeuvres de jeunesse de Jane Austen, ou l'épilogue nous montre l'heureux couple devisant du futur titre (imbuvable :-D) qu'Edmund propose pour la première édition des écrits de Fanny.

Ah l'épilogue justement : quelle merveille que ces plans arrêtés, personnages suspendus, attentifs, espérant ou redoutant, alors que la voix off nous égrene, toute mutine (après nous avoir donné des nouvelles de chacun) "Bien sûr, les choses auraient pu se passer différemment... But they did not"...
Enfin, les acteurs, somptueux, justes jusque dans leur moindre battement de cil... Superbe casting ! Pour pinailler je trouve juste que Victoria Hamilton (Maria Bertram), si elle est parfaite pour le côté frondeur, a du mal à faire passer sa soi-disant beauté beaucoup plus prononcée que sa soeur. Mais sans doute est-ce une question d'appréciation personnelle ?
Fanny Price a trouvé en Frances O'Connor en tous les cas une merveilleuse interprète (avec même le détail de la vilaine peau toute boutonneuse après son séjour forcé chez ses parents...) !

A noter que je n'ai pas pleuré, à aucun visionnage (si rare !), mais pour l'excellente originalité je recommande avec conviction cette adaptation.
Crédit : Review d'Andy Richards
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13.02.2008
Emma l'entremetteuse (1996) Douglas McGrath
Pendant plus de la moitié du film, (qui dure près de 2 h), j'ai fait un rejet en bloc : non, cette version ne me satisfaisait absolument pas; Gwyneth Paltrow me semblait minauder et être particulièrement incolore, le casting m'étonnait profondément (Polly Walker en Jane Fairfax, par exemple, jurait à mes yeux, ou même Toni Collette en Harriet Smith), non, vraiment, ce n'était en rien le monde de Jane Austen. Tout sonnait faux, me mettait même mal à l'aise et je ressentais de la vulgarité se dégageant de tout ceci.

Alors j'ai fait un truc tout bête : je suis passé en VO (que j'avais snobée parce qu'il n'y a pas de sous-titres français proposés, alors solution de facilité : la VF).
Ca a déjà changé considérablement les choses.

Et puis est arrivée la scène de pique-nique, où Emma, prise dans l'ambiance, se permet une perfidie vraiment méchante envers Mrs Bates (excellente Phyllida Law). Là, soudain, j'étais dans le film. Quand Mr Knigthley (merveilleux Jeremy Northam) la rabroue, lui faisant honte en lui démontrant l'indignité de sa conduite, comme elle je pleurais...
La suite a été vécue en apnée, j'ai tout ressenti jusqu'aux tréfonds de mon admiration pour Jane Austen.
Je ne suis cependant pas convaincue non plus par l'épilogue (et tous ces bisous ! Non ! Pas de bisous chez Jane Austen ! ).
Mais tout ceci ne m'a pas donné envie de relire Emma, je considère donc que l'effet est raté, et je me mets en quête d'une autre adaptation de ce roman qui saura mieux me convenir.

15:00 Publié dans DVD : Adaptations et séries | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : jane austen |


