17.03.2011

Générosité - Richard Powers

"Et regardez le monde à voix haute, avec des mots."

 

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Elle est une petite kabyle de 23 ans qui fait des études à Chicago, après avoir fui l'Algérie, vécu en France et au Quebec. Parce qu'elle attire l'attention de Russell Stone, son prof de création documentaire, elle devient, chaque chose en entraînant une autre, un sujet de curiosité inouïe : Thassa est trop heureuse pour être honnête. Le bonheur serait-il génétique ? Développement aussi inattendu que passionnant, sur 472 pages...

Générosité - Un perfectionnement est un excellent roman, qui dresse quelques picots pour nous empêcher de l'engloutir sans possibilité de le digérer. J'ai mis 150 pages avant qu'il m'accepte enfin en son coeur, pour ne plus pouvoir le lâcher par la suite, hérissant de cornes de plus en plus erratiques chaque page, ou presque. C'est que le narrateur n'entend pas nous faciliter la tâche, nous proposant ses tâtonnements en direct, ses essais, sa vision de l'écriture et de la fiction au fur et à mesure. Tout ceci est très cérébral, et on cherche un peu à quoi s'attacher, avant que les choses ne s'accélèrent et qu'on n'ait plus aucun recul, entièrement soumis à la géniale intrigue et à ce sentiment vertigineux, TOUT peut arriver, attention, roman qui ne suit aucun rail.

C'est d'autant plus fortiche qu'on ressent malgré tout énormement les choses, couinement attendri quand Russell se rend compte qu'il est amoureux parce qu'elle ronfle, ricanement sonore quand son frère parle du Canada, effroi glaçant quand on chope une perspective découlant du premier texte de Thassa sur la vieille dame qui montait un escalier, j'en passe, tout ceci pour dire qu'on est loin de l'intellectualisation à outrance, que ça bouge, ça vit, ça pulse, comme une fiction classique le ferait, et ce malgré un choix narratif très particulier, une distance constante vis-à-vis des personnages, qui sont pourtant solidement incarnés (et le petit Gaby, n'est-il pas adorable ?). Beaucoup de modernité, aussi, le net, les blogs, Oprah...

"On se souvient d'un compliment environ trois jours et demi, mais on rumine une critique pendant des mois. Un évènement désagréable nous semble 60% plus long qu'un évènement agréable de même durée. Les images menaçantes retiennent plus vite notre attention et nous devons faire davantage d'efforts pour en détourner les yeux. Il faut environ cinq évènements positifs pour compenser un évènement négatif d'importance égale. Si vous blessez un ami, vous devrez lui faire cinq gentillesses pour réparer l'offense."

Rigoureusement exact, et scientifiquement validé : les pessimistes sont plus aptes à survivre. Pourtant, nous n'aspirons tous qu'à être plus heureux. Tout en stigmatisant ceux qui affirment l'être, justement. Ce serait si chouette que ça, s'il ne s'agissait que d'altérer un génome ?

 

472 pages pour se faire une opinion, au Cherche-midi, collection Lot49, 2011.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Pellegrin

 

L'excellent billet de Keisha.