28.08.2010
Acteur - Emmanuelle Delafraye
Côté famille, ce n'est pas la joie : le grand frère est parti s'installer avec sa copine, du coup la mère déprime, et la tante déboule avec ses enfants parce que son couple va mal. Notre adolescent de héros se sent mal dans cette maison. En éclaircie, il a été contacté pour un essai, mais c'est à double tranchant. D'un côté, être acteur est vraiment son rêve, de l'autre, s'il n'est pas pris, ça amplifierait son sentiment d'inutilité. Alors il répète, beaucoup, tout le temps, cherche à exprimer à sa manière la violence, seule indication qu'il ait eu quant au rôle à jouer...
Un chouette roman jeunesse qui nous donne à voir des cours de théâtre, une vision du métier d'acteur, et les différentes façons de se mettre en condition pour un rôle. On reste en permanence dans une ambiance adolescente, avec la petite copine qui fait battre le coeur et les copains qui filent un coup de main. J'ai beaucoup aimé le passage de l'audition et l'épilogue, qui fleure bon la vraie famille.
Ed. Rageot Collection Métis, 118 p.
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse
26.07.2010
De l’autre côté de l’île – Allegra Goodman
Un futur apocalyptique, après un déluge. Une « mère nourricière » qui a repris les choses en main, et qui cherche à tout contrôler, tout diriger, y compris la nature, en plaçant les îles (il n’y a plus de continents) sous une cloche.
Honor a dix ans, et ses parents sont un poil rebelles. Elle éprouve un vif désir de se conformer absolument, et pendant un temps, va s’y efforcer…
Prenant et effrayant, ce roman de pure SF est finalement trop gentil pour son bien. Pas bien grave, en même temps, on s’y plonge avec plaisir ; le monde tel qu’il est décrit est bien fignolé, Mlle Bénédiction le qualifierait « d’excellent, car précis ». On sent malgré tout en permanence qu’il est destiné à la jeunesse.
Ed. Thierry Magnier – 2009, 373 p.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
Titre original : The other side of the island
L'avis de SBM.
06:03 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf
21.07.2010
Vango – Timothée de Fombelle
« - Je suis claustrophobe.
- Enchanté, moi je suis paranoïaque. »
Dans les îles Eoliennes, un soir de 1918, on retrouve inanimée sur les rochers une mystérieuse dame, qui mélange plusieurs langues et veille comme une louve sur un petit bambin de quelques années, Vango. A ses côtés, il apprendra à cuisiner comme un dieu, deviendra ami avec les mouettes et escaladera n’importe quoi comme qui rigole. Enfance heureuse, en ce sens, pour notre jeune ami, mais enfance très solitaire également.
A 10 ans, il découvre, par un concours de circonstances, une communauté de moines sur une île voisine, et pendant quelques années il partage son temps entre ces deux îles, jusqu’à ce qu’il déclare vouloir devenir moine. Le responsable l’envoie alors découvrir la vie pendant un an, en le confiant à un ami à bord d’un zeppelin.
Et nous voici en 1934, Vango est traqué, on tente de l’assassiner…
Roman d’aventure par excellence, ce premier tome consacré à Vango brille par son écriture sautillante et ses nombreuses péripéties. On ne s’ennuie jamais, on frissonne, on tremble, on s’amuse, le tout est bien relevé et passe tout seul. Pourtant, il lui manque ce petit quelque chose qui le ferait sortir de l’ordinaire, Vango est sympathique mais pas tout à fait attachant, les personnages féminins manquent de chair, paraissent trop idéales pour être vraies, bref, une certaine neutralité m’a empêchée de réellement partager l’enthousiasme des unes et des autres. Pas sûre de lire la suite…
Ed. Gallimard Jeunesse, 2010, 317 p.
Coup de coeur pour Lecture & Cie, entre autres.
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, aventure
08.06.2010
Hunger Games II L'embrasement - Suzanne Collins
Ce n'est pas humain un tel épilogue ! On pouvait à peu près survivre après le tome 1 en attendant de lire la suite, mais patienter jusqu'à la parution du troisième tome (2011) tient du supplice.

Un tome qui se termine par une bombe, aux mille implications, en une phrase : procédé vieux comme le monde, qui s'inscrit dans la lignée de l'ensemble; la réussite d'Hunger Games ne tient pas à une quelconque originalité mais bien à la capacité extraordinaire de son auteur de faire disparaître le monde extérieur pour le lecteur.
On lit Katniss comme si on était elle, et dans ce second tome l'émotion ne se fait pas attendre : page 67 je chouinais déjà, la mort de Rue est restée imprimée en rouge dans mon esprit. Ou encore page 103, quelle formidable réaction de Gale, quel art consommé de la narration et de l'épaisseur des personnages, quand Gale réagit à la proposition de Katniss c'est soulevant comme un Darcy en chemise mouillée, tiens.
Bien entendu je ne veux rien révéler de ce qui se passe dans "L'embrasement", parce que je trouve ingénieuse sa construction en 3 parties, avec l'inattendu (et horrible) central, parce qu'on se dit (en tout cas je me le suis dit) que ça ne va pas tenir en une seule petite troisième partie, qu'on va y échapper. Même pas. Bien évidemment il s'agit encore et toujours de lutter contre la tyrannie, de refuser les règles du jeu d'un meneur absurde et d'une cruauté infinie. Mais Katniss n'est plus seule, à présent...
Raaaa vivement 2011.
Ed. Pocket Jeunesse, 2010, 399 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Guillaume Fournier
Lu également par : Emmyne, qui répertorie d'autres liens.
06:11 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (28) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, sf, monde hostile, se battre, overprenant
27.05.2010
Le ciel est partout - Jandy Nelson
Comment fait-on face à un deuil ? Il n'y a pas de réponse unique, il n'y a aucune situation identique aux autres, y compris et peut-être surtout pour une même perte.
Pour Lennie, adolescente, la disparition de sa soeur est tragique. Il lui faut pourtant continuer à vivre...
Sujet grave s'il en est, l'univers de la mort a de tous temps donné lieu à de formidables pulsions de vie. C'est terriblement humain, c'est salvateur, c'est sans doute la seule façon de s'en sortir, et dans ce premier roman Jandy Nelson sait à merveille faire ressentir au lecteur le goût de la vie.
C'est un roman rempli d'humour (entre mille choses, la voiture de la copine nommée "Ennui", que Lennie se croit poney de compagnie, la fantaisie de l'oncle et de la grand-mère...) qui exprime avec une grande justesse la période adolescente : les tics de langage, l'exaltation, les délires, l'exagération, le côté immensément égoïste aussitôt claqué par une bien trop grande sensibilité... La traduction est très réussie, tant on croirait entendre les ados qu'on peut côtoyer soi-même.
Lennie, dans un amalgame brumeux, doit encaisser la vie sans Bailey, gérer son chagrin, celui de ses proches, accepter la déficience de sa mère en cessant de l'idéaliser, se mettre au clair avec son talent de musicienne, et tomber amoureuse. Ca ferait beaucoup pour n'importe qui, et on est prêt à beaucoup lui pardonner. En tout cas, je le suis. Et j'ai beaucoup aimé sa propension à écrire des petits poèmes et morceaux de vie semés au vent.
Conseillé sans réserves !
Ed. Gallimard Jeunesse, collection Scripto, 2010, 330 p.
Traduit de l'américain par Nathalie Peronny
Titre original : The Sky is everywhere
D'autres avis que j'aime bien : Amanda (merci !), Lily, Fashion.
07:23 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, premier roman, perte, tomber amoureuse, s'affirmer
20.04.2010
Tes seins tombent - Susie Morgenstern
"Il faut quand même de temps en temps... grandmerder."

Elle est géniale, Susie Morgenstern. Elle emmène sa petite-fille adolescente en vacances chez des amis, en Corse, et nous raconte. Leurs rapports ("Non, pas ça !" avec un index rageur la désignant, disait Yona, toute petite, voyait débouler sa grand-mère qui s'obstinait à ne lui parler qu'en anglais) sont de l'ordre du tacite, Yona n'est pas facile; elle passe son temps à "communiquer" avec la terre entière par SMS mais ne dit mot à qui l'entoure, déteste la tomate et a peur des guêpes. Mais elle est aussi curieuse, franche, polie, et sa grand-mère l'aime de tout son coeur. C'est aussi l'occasion de pénétrer un peu l'intimité d'une grande dame de la littérature Jeunesse, et de se régaler d'un bout à l'autre de ces 84 pages à la typographie spécialement étudiée pour faciliter une lecture à voix haute : je ne me suis pas privée.
Liste de questions dans la tête de Susie Morgenstern :
"Est-ce que tu penses que les jeunes devraient être protégés du malheur ? Qu'est-ce que tu vas retenir de ta jeunesse ? Est-ce qu'il vaut mieux avoir des rêves et des projets irréalisables que pas de rêves du tout ? Qu'est-ce que tu veux qu'on dise de toi à ton enterrement ? Qu'est-ce que tu aimerais faire dans dix ans ? Quelle est ta plus grande déception, ton échec majeur ? Est-ce que tu préfères une vie passionnée et brillante, mais torturée, ou une vie sans imagination mais simple ? Qu'est-ce que tu ferais si tu n'avais pas d'inhibitions, si tu pouvais t'éclater ? Qu'est-ce que tu aimes le plus dans la vie ? Le moins ? Quel genre de choses sont trop personnelles pour discuter avec d'autres ? Qu'est-ce que tu juges le plus important dans une relation d'amitié ? Est-ce qu'il y a des choses trop graves pour en plaisanter ? Si tu pouvais changer quelque chose dans la façon dont tu as été élevée, ce serait quoi ? Si ta famille ou tes amis pouvaient te dire exactement ce qu'ils pensent de toi, est-ce que tu aimerais l'entendre ? Et le sexe, est-ce qu'il fait consciemment partie de ta vie ? A quoi aspires-tu le plus dans la vie : les accomplissements, la sécurité, l'amour, le pouvoir, la passion, le savoir ou autre chose ? De quoi rêves-tu ? Dans ta vie, de quoi es-tu la plus reconnaissante ? Est-ce que tu détestes quelqu'un ? Pourquoi ? Si tu pouvais te réveiller demain en ayant acquis un talent ou une qualité, ce serait quoi ?"
Si vous avez envie de répondre à tout ça, be my guest :)
Ed. Actes Sud Junior, collection d'une seule voix, 2010, 84 p.
Merci Cathulu !
06:02 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, relations grand-mère-petite-fille, la vie qui passe
29.03.2010
Crimes et jeans slim - Luc Blanvillain
La famille d'Adélaïde Manchec, notre héroïne, n'est pas banale; avec son petit frère, Rodrigue, ils ont instauré un jour de dispute hebdomadaire, échangent en une langue des signes discrète qu'ils ont inventée, et échappent à la dictature de la mode vestimentaire. Pour Rod, à son âge, c'est assez facile - d'ailleurs il est obsédé par un éléphant (c'est une longue histoire). Adé, elle, ne peut échapper à la panoplie de pétasse, si elle ne veut pas subir l'ostracisme des filles de sa classe, elle a déjà trop vu de victimes. Alors elle a mis au point un stratagème passant par de constants changements chez sa grand-mère, sévèrement atteinte d'Alzheimer. Elle fait semblant d'être une pouffe, quoi, mais cela ne correspond absolument pas à sa nature profonde.
Pourtant, cela ne lui sera (pour commencer) d'aucune utilité face au serial-killer qui a décidé de "nettoyer" le collège. Les unes après les autres, on retrouve les jeunes filles étendues raides une balle entre les deux yeux.
L'occasion pour Adé de se rapprocher de Thibault, jusqu'à lors cantonné dans la catégorie des "casses-dalles", pour mener ensemble l'enquête...
Val a lu ce roman et l'a tellement aimé qu'elle me l'a envoyé, souhaitant le faire découvrir, et je l'en remercie ! Armande l'avait beaucoup aimé également.
Je l'ai trouvé fort drôle et très alerte. Sous une très réussie trame policière (on sait que le coupable est forcément l'un des personnages que l'on connaît, mais l'auteur se plaît à brouiller les pistes !) s'imposent des thèmes comme le conformisme, les gloussements adolescents (enfin ce que moi j'appelle ainsi), l'amour naissant et la filiation, la littérature... L'ambiance d'un collège est très palpable, le duo policier très marrant, on tourne les pages sans pouvoir s'arrêter.
Mémorable passage sur les catégories que les filles ont décrétées pour classer les garçons : sexy-geeks, beaux-gosses-yaourts, clafoutis-attitude, geek-winners, pue-de-la-gueule, aliens, glam-cailleras, topinambours, casse-dalles, golden-roots... Chaque explication est un monument à elle toute seule !
A partir de 13 ans et sans limite d'âge, d'ailleurs la grand-mère de l'auteur, 93 ans, l'a bien aimé, nous dit-il chez Pascale Clark :)
Quespire Editeurs, 2010, 239 p.
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, enquête, conformisme, adolescence, humour, amour de la littérature
09.01.2010
Ne jamais tomber amoureuse - Melissa Marr
Prenez une jeune fille tout à fait banale : sa mère est morte en lui donnant naissance, elle ignore tout de son père, et sa grand-mère l'a élevée en lui répétant que la Vue dont elles toutes deux détentrices est dangereuse. D'où une vie en retrait, en faisant en permanence semblant de ne pas voir les Fés (masculins).
Bingo, c'est elle que le Roi de l'Eté, le plus*que*beau Keenan, choisit pour être sa prochaine Reine. Mais Aislinn est déjà amoureuse d'un mortel. En plus, elle a trop peur du monde des Fés.
Débute alors un jeu, du chat et de la souris, mais aussi pour la survie de l'humanité, carrément, car que deviendrait un monde sans été, hum ?
378 pages d'atermoiements divers et variés, de baisers langoureux et de peaux qui scintillent, pour une intrigue tressée de nombreux fils que j'ai survolés de plus en plus distraitement.
Premier volume d'une tétralogie vendue comme un best-seller aux Etats-Unis, que je laisse bien volontiers aux amateurs du genre.
Ed. Albin Michel, collection Wiz, traduit de l'américain par Blandine Longre
06:00 Publié dans Pas mon truc | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, chiant et déjà vu
07.01.2010
Le baby-sitter - Jean-Philippe Blondel
C'est un jeune homme de dix-neuf ans qui est dans la dèche. Sa bourse assure juste le minimum, il se refuse à solliciter maman (papa ne fait plus partie de sa vie depuis quelques années, bien qu'il existe toujours), et cherche donc des petits boulots pour renflouer les caisses. Cours particuliers, ce serait bien, et tant qu'à faire, du baby-sitting, bien qu'un grand dadais de plus d'1,90 m ça ne cadre pas tellement avec l'idée qu'on s'en fait (qu'il s'en fait, parce qu'en fait, quelle différence ?:)). Contrairement à ce qu'il pensait, ça marche très bien, et rapidement ses soirées sont toutes prises par des enfants à garder. Toutes, sauf une (comme chez Astérix, tiens), qu'il garde pour Marion, nouvelle élue de son coeur.
Baby-sitter, c'est entrer dans l'intimité des gens. Alex ne sait pas à quel point...
Un roman qu'aimeront celles et ceux qui apprécient Anna Gavalda ou Katherine Pancol. C'est léger, doux, tendre. On apprécie la dernière partie où la narration est directement faite par quelques personnages, étoffant ce qu'Alex avait pu en percevoir jusqu'à lors. Pour autant ce n'est pas rose bonbon non plus, quelques drames viennent perturber les bons sentiments.
Je l'ai lu jusqu'au bout avec facilité, mais je ne peux pas dire que j'aie vraiment ressenti quelque chose. Ça n'a pas pris pour moi, ça arrive.
Ed. Buchet Chastel, 7 janvier 2010, 298 p.
06:01 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rencontre, jeunesse, grandir, vieillir, amitiés, enfants
08.12.2009
Malo de Lange, fils de voleur - Marie-Aude Murail
"J'avais beaucoup progressé sur le plan moral, comme disait le loup aux sept petits biquets pour leur faire ouvrir la porte."
Malo entreprend ici de nous narrer ses mémoires, du haut de ses seize ans. Nous sommes au 19°, il est orphelin, croit-il, et va naviguer d'aventure en péripétie jusqu'à découvrir sa véritable identité...
Un très, très bel hommage à la fois à Dickens (Malo de Lange, c'est Sam Weller en plus jeunot, ses tantes sont Betsey Trotwood, les titres de chapitre, un mix d'Oliver Twist et David Copperfield, et encore, j'ai sûrement raté les allusions aux romans que je n'ai pas encore lus, forcément !) et au roman d'aventure. On parle l'arguche de Vidocq, on trace la route comme Rémi, on chante comme Gavroche et j'en passe.
C'est délicieux, on vibre, on rit, on s'inquiète, on a 9 ans et on en veut encore !
Ed. Neuf de l'école des loisirs, 2009, 272 p.
Lu et approuvé également par : Cathulu (merci !), Clarabel, Lucien, Trillian...
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