19.12.2011

Tu crois l'aimer, reprit-il, mais tu aimes un fantôme construit avec des phrases

Balzac, La Comédie Humaine, Étude de moeurs, Scènes de la vie privée

14. Une fille d'Eve (1838)

 

Enfin un vrai roman (pas très long, une centaine de pages) à se mettre sous la dent dans cette exploration de la Comédie Humaine dans l'ordre établi par La Pléiade. Un roman d'amour qui plus est, dont j'ai fixé nombre de phrases, dans les pages duquel j'ai réellement vibré. L'introduction est riche, Balzac lui-même y avait joint une longue préface, il y aurait beaucoup à retenir quant aux personnages qu'il introduit ici et que nous retrouverons plus tard, quant au message qu'il a souhaité faire passer ou quant aux parallèles avec sa vie privée; mais tout ceci s'efface devant le texte seul, qui a su m'émouvoir et trouver résonnance dans notre XXI° siècle où si peu a changé, finalement.

Une comtesse, sans histoires, après une enfance très sage, une éducation des plus étriquées. Un mariage heureux ("L'histoire des bons ménages est comme celle des peuples heureux, elle s'écrit en deux lignes et n'a rien de littéraire.") Et soudain l'Ecrivain. Un homme qui touche notre Marie, dont elle s'éprend follement (phénomène minutieusement décrit). Un engouement bientôt partagé (Raoul se prend au jeu, ses motifs initiaux sont moins louables). De son côté, une aspiration à s'élever, sans renoncer à rien de sa vie antérieure et par ailleurs (une actrice). De l'autre, un amour très sincère et  prêt à tout donner sans rien recevoir (Marie est entière, et vraie). A peine un seul et unique baiser échangé, tout en abstraction. Et puis la chute, évidemment, les yeux qui se dessillent, douloureusement. Marie s'était égarée. Ça arrive.

"Quand aux affaires personnelles de cet écrivain, elles étaient dans un tel désordre qu'un jour, aux Champs-Elysées, la comtesse Marie vit son ancien adorateur à pied, dans le plus triste équipage, donnant le bras à Florine. Un homme indifférent est déjà passablement laid aux yeux d'une femme; mais quand elle ne l'aime plus, il paraît horrible, surtout lorsqu'il ressemble à Nathan. Mme de Vandenesse eut un mouvement de honte en songeant qu'elle s'était intéressée à Raoul."