09.01.2012

Elle m'avait prise en flagrant délit de moi-même, ce que je trouve toujours vexant, et plus encore de l'avouer.

"Disons que c'est un mélange de vrai et de faux, de faux dans le vrai, et de vrai dans le faux."

la différence,entre un bon exercice de style,et un vrai texte,c'est la nécessité,et le désir.,

Premier roman, une bande d'amis, Montmartre, des apéros-rituels, une fille qui écrit un roman sur tout ça, à la façon d'un grand fourre-tout, une partie qui serait le roman et l'autre qui serait la vie parlant du roman, en croisant un peu encore, en inversant, en élevant le truc et en retombant dans la fiction pour distraire, bref, un petit mélange fort sympathique bien que pas très original, au fond, et qui voudrait traiter en gros de ce qu'évoque Philippe Roth lorsqu'il déclare : "Quand un écrivain naît dans une famille, alors la famille est foutue.".

"Alphonse vivait avec moi parce qu'une dame auprès de laquelle je tenais à me faire bien voir me l'avait demandé", c'est lourd, hein, comme tournure ? Il y en a plusieurs comme ça, des phrases un peu bancales, des bouts de machin qui s'intercalent et m'ont fait me demander qui avait relu tout ça (quelques coquilles aussi), mais en fait je m'en moque total parce que j'ai vraiment aimé.

J'ai aimé Rose, en premier lieu, narratrice de quarante ans, traductrice qui s'éprend des auteurs qu'elle traduit, qui fait un usage immodéré des "issimes" (je les ai comptés (et même listés*, je les ai aimés, tous) : 30 en 419 pages). J'ai aimé sa bande de potes, le quotidien dans lequel ils se débattent plus qu'ils n'évoluent, qu'elle invente une histoire d'amour-amitié-cul avec l'un d'entre eux, les interviews de certains, ce qu'il s'y dit de l'amitié, la réflexion engendrée par le vrai/faux roman à son sujet, les auteurs qu'elle m'a donné envie de lire ou de découvrir (Youozas Baltouchis (La Saga de Youza), Jay McInerney (Moi tout craché), Zeruya Shalev ("Son écriture ressemble à une longue arabesque dérouléee à l'infini, une phrase faite de méandres et de boucles, une phrase comme une sorte d'orgasme, le désir s'étire encore et encore vers le plaisir, il y a des pauses, il faut reprendre son souffle, et puis un mot en appelle un autre qui appelle une caresse, un baiser, tous les doigts en urgence, autre pause et ça repart jusqu'à l'ultime assouvissement. Tu sais quoi ? Ça baise à couilles rabattues, là-dedans. Ça fait le love en veux-tu en voilà. Totale classe."), j'ai aimé les dialogues ("- Quand tu as le physique de Newman, c'est facile d'être un type bien. - Je pense exactement le contraire. Plus tu es beau, moins tu as le sentiment d'avoir besoin d'être autre chose. Les types beaux et bien, c'est rare. - Pas tant que ça, regarde François Hollande, par exemple. - Mais il n'est pas beau ! - Si, mais ça ne voit pas, c'est la différence."), j'ai aimé que tout ceci ne soit pas mièvre, que les personnages aient un peu de bouteille, de vécu, sans avoir encore basculé plus avant, j'ai aimé sentir que ça remuait bien, tout ça, qu'il y avait de la vie et des coups tordus et des coups durs et des choses qu'on ne comprend pas bien, même quand c'est nous qui les faisons, bref, j'ai aimé parce que j'y ai cru, et qu'un truc qui n'est pas exactement du charme mais qui tourne autour de ça (une vivacité, une sincérité, une envie de jouer, tout en s'offrant) éclate à chaque page.

Vivement le deuxième roman.

* les issimes de Rose : moindrissime, emmerdantissime (2 fois), nullissime (4 fois), moyennissime, exactissime, grandissime, milliemissime, incroyablissime, débordissime, planté-issime, vérissime, marrissime, démentissime (2 fois), incapablissime, riennissime, milliers-issime, fée-issime, infini-issime, moindrissime (2 fois), sacré-issime, bouleversantissime, brillantissime, sublimissime, douceurissime.

 

Les petits succès sont un désastre - Sonia David

Robert Laffont 2012, 419 pages.