24.03.2010
Charles Dickens - Peter Ackroyd (4)
Chapitre 14, le génie à l'oeuvre :
"Car on ne doit jamais oublier les petits détails de l'art verbal de Dickens. On a parfois considéré que, s'il écrivait tant, c'est qu'il écrivait trop vite et même négligemment.(*) Rien n'est plus loin de la vérité. Pour parler comme Oscar Wilde, Dickens était un grand seigneur du langage, quoique généralement méconnu; il avait une oreille de poète pour la cadence et l'euphonie, en même temps qu'un oeil de peintre pour la finesse de l'effet visuel. Dans la première version de Martin Chuzzlewitt, par exemple, il écrit à propos de Pecksniff : "De son activité dans le domaine architectural il n'existait d'autre témoignage qu'un plan encadré accroché au-dessus de la cheminée du petit salon avec une légende..." Dickens retourna ensuite sa feuille et recommença : "De ses activités d'architecte on ne savait rien de très précis, si ce n'est qu'il n'avait jamais fait de plans ni rien construit; mais il était généralement admis que ses connaissances dans cette science étaient presque effrayantes par leur profondeur." Des modifications de ce genre montrent les vibrations de l'imagination créatrice, humour, rapidité de la révision, et effet final. Les changements opérés dans le roman peuvent être affaire de choix artistique ou d'instinct."
"Un des tics de langage préférés et réitérés de Dickens, par exemple, est constitué par ce qu'on pourrait appeler l'insistance fallacieuse. Ce n'est pas toi qui vas avoir des ennuis, non, ce n'est pas toi. Ce n'est pas toi, tu es trop malin. Trop malin, voilà ce que tu es. Ces expressions sont tellement inscrites dans la manière de Dickens qu'il est difficile de croire que sa propre conversation n'ait pas été marquée par le même tour."
Un super passage également sur ce qu'on entend souvent, que Dickens aurait "inventé" Noël ("comme l'ont affirmé les plus sentimentaux de ses biographes", dit Ackroyd), et qui n'est bien évidemment pas vrai. Cependant il a profondément transformé la façon de fêter Noël chez les anglais. "Sa véritable contribution à la définition de Noël résida dans son talent pour le clair-obscur." Et comment et pourquoi nous est longuement détaillé, et c'est passionnant. Mais tout est passionnant dans ce livre !
(*) C'est tout de même exaspérant cette propension à toujours taxer les excessifs de qualité moindre. La modération m'emmerde de plus en plus. Ce n'est pas parce qu'on écrit ou lit plus que les autres qu'on le fait mal, il n'y a rien de méritoire à écrire ou lire lentement si ce n'est pas dans notre nature.
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : charles dickens, comment écrivait-il, raa cette bio est passionnante, la meilleure de toutes!