22.04.2011

Notre orgueil avachi et notre éthique molle, nos coeurs à tout jamais confits dans le formol.

Le plus grand roman californien est écrit en vers (et pourquoi pas ?) : Golden Gate est un enchantement. Gore Vidal

 

la prudence inhérente,à ceux qui sont dotés,d'un charme souverain,ne fait que l'entraver


Pourquoi pas, en effet. Charles Johnston avait traduit Pouchkine (Eugène Onéguine) en anglais, Vikram Seth en a reçu la lumineuse inspiration, Claro oeuvre pour le français, et en alexandrins décline les octosyllabes. Et ça fonctionne !

San Francisco, les années 80, quelques amis, des chassés-croisés amoureux, leurs familles, leurs chats, leurs enfants, leurs combats, un iguane, la mort qui frappe, les coeurs qui ne se comprennent pas toujours : on mélange, on avance rapide, on revient, c'est plein de malice, c'est tendre, et ça nous prend tellement bien qu'on oublie les sonnets : on est dans une histoire, et on veut la connaître. 

 

Et je gage que John est dans tous ses états

De te savoir embringuée dans cette fiesta.

Cela m'étonnerait fort que cette excursion

Ait reçu sa bénédiction."  "Tu fais erreur.

Il se trouve que John s'est montré d'une humeur

Plus que compréhensive eu égard à l'action

Entreprise aujourd'hui. "Je t'en prie, casse-toi !

A-t-il dit. Et n'oublie pas ton connard de chat !"

***

8.7  

Phil s'exprime avec fougue et ses yeux sont brillants.

Ed pense à la première fois qu'ils se sont vus.

Le temps a déformé les rails si rassurants

Qu'il avait cru voir s'étendre à perte de vue.

Il s'agit d'autre chose, à chaque retrouvaille,

Pas seulement son coeur qui tout d'un coup tressaille,

Pas seulement l'afflux de sang à son visage

Ou cette sensation d'échapper au naufrage

Quand il sent se poser sur lui les yeux de Phil,

Mais quelque chose d'infini et de serein

Et qui telle une marée l'emporte très loin.

C'est le sel de l'amour humain qu'un coeur docile

A répandu à la surface de son être -

Et qui va l'apaiser, ou le ronger, peut-être.

 

Il y a une magie, dans ces pages, on sourit souvent, vraiment, autant du propos que de la forme, parfois :

L'iguane les regarde : obtus et flegmatique,

Long d'un mètre cinquante, il est sans aucun doute

L'alter ego parfait d'un maître lunatique

(Tout comme la Morteau complète la choucroute).

 

Très étonnant, réussi, séduisant : bravo.

 

Golden Gate - Vikram Seth (1986)

Ed. Grasset 2009, 338 p.

Traduit de l'anglais (Inde) par Claro

 

Merci Caro(crochet)line(crochet) !

 

  Claro parle de ce roman, mais aussi de la traduction au sens plus large, et c'est passionnant (la vidéo existe aussi en version longue, 40 mn).

 

Le très beau billet de Joël, ceux de Thierry Guinhut, Nanet, Les petits riens, ...