23.03.2011
Les Rougon-Macquart 20/20
"Je n'ai qu'une faim et qu'une soif, être aimée, être aimée en dehors de tout, par-dessus tout, comme tu m'aimes."
Retour à Plassans pour le tome final des RM, Le Docteur Pascal. Pascal Rougon ne l'a jamais quitté, se consacrant à l'exercice de son métier (docteur, donc) et à la recherche. Sa mère lui ayant de tout temps seriné qu'il "était en dehors de la famille", il l'a étudiée toute sa vie, se sentant effectivement tout à fait étranger, épargné par les tares et comportements déviants. Pascal est un homme doux, bon, gai, serein. Il nous prend par la main pour nous raconter ces Rougon et ces Macquart et leurs évènements terribles, et c'est déjà très émouvant d'effectuer ainsi cette rétrospective.
Ensuite il y a Clotilde, sa nièce, la fille de son frère. Il l'a élevée, il s'en découvre épris. Elle a 25 ans, il en a 59, qu'importe, ces deux-là s'aiment, s'en aperçoivent et s'autorisent à le vivre. Avant de céder à la pression sociale et familiale, et de connaître la perte. Mais un enfant a été conçu, qui termine tout le cycle. Que sera-t-il, qui sera-t-il, nul ne le sait, il est la vie qui toujours gagne...
C'est curieux comme l'accueil critique de l'époque s'est attaqué aux grandes notions exposées dans ce tome final des RM, sans laisser sa chance à l'émotion. Le Docteur Pascal est un roman extrêmement touchant, au point, selon ma lecture tout au moins, d'emporter tout le reste. Oui, on croit à l'amour de Clotilde pour Pascal, oui, on s'enflamme nous aussi pendant leurs conversations philosophiques sous les étoiles, oui il y a une grande tristesse à l'idée que ce sont les dernières pages de ce cycle incroyable, et oui, c'est bien de terminer par une naissance.
J'ai un peu de mal à comprendre, en revanche, que personne (dans l'étude critique de La Pléiade) ne dise quoi que ce soit quant à l'inceste flagrant et manifeste, et surtout couronné d'un enfant, représentant le nouveau rameau RM : pas exactement l'idéal comme auspices, et en soi pas super clean non plus.
Zola aimait Jeanne Rozerot, cet amour est palpable partout dans ce roman. Je n'ose dire qu'en Martine j'ai vu Alexandrine, pourtant cette dévotion étroite qui saigne en permanence, et cette reconnaissante affection en retour m'y ont fait terriblement penser. Alors évidemment il y a quelque chose d'un peu faiblard dans cette façon de raccrocher aux branches tout ce fatras sur l'hérédité, cet optimisme fataliste défendu avec une certaine candeur et quelque maladresse, mais il y a aussi une formidable sincérité qui s'en dégage. Il y a de la douceur et de la nostalgie, il y a un espoir insensé que tout soit encore possible, il y a, je trouve (vraiment !) un élan, une vitalité qui m'ont saisie et ne m'ont plus jamais lâchée.
Je suis très heureuse d'avoir lu ce cycle en entier, sur 6 mois, dans l'édition de La Pléiade. Je remercie infiniment Stéphie qui m'en a donné l'envie, un soir de septembre, sur Facebook. Si Zola vous intimide, je vous conseille vivement d'en parler avec elle :))
Merci également au trio des fabuleuses, qui m'a offert le premier tome (je ne pouvais plus reculer ! I dit it !).
Tous les billets :
2. La Curée
6. Son Excellence Eugène Rougon
7. L'Assommoir
9. Nana
10. Pot-Bouille
12. La Joie de Vivre
13. Germinal
14. L'Oeuvre
15. La Terre
16. Le Rêve
17. La Bête Humaine
18. L'Argent
19. La Débâcle
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : emile zola, je suis super triste, en fait, d'avoir fini, heureusement j'ai leo, hiiiiiiiiiiiiii, leo la suite, pour me remettre