02.04.2010

Second roman - Markus Orths

"Un an plus tard, j'étais déjà, comment dit-on ? Heureux ?"orths.jpg

"Martin Grue, anglais, allemand" : ainsi se présente le narrateur en première page. Il prend un nouveau départ dans un lycée, après avoir subi pis que pendre dans sa courte carrière. Un nouvel incident le pousse à quitter définitivement le milieu scolaire, et une annonce à la gare lui apporte la révélation : il va écrire.

"L'écriture fonctionnait toute la journée. Quand je ne dormais pas. Mais comme je dormais longtemps, la rédaction de la satire réaliste Histoires d'école s'étira sur quelques semaines, pour être précis sur cinquante-deux semaines, douze mois en tout, pour ne pas dire un an. A la fin, cela faisait cent pages. Donc 0,274 page par jour. Quand même."

Bingo : publication, ventes honorables, tournée de lectures à travers les pays germaniques. Enivré par ce pourtant très relatif succès, Martin se lance dans l'écriture d'une satire sur ce qu'il vient de vivre, le milieu littéraire : Ecris, machine ! Son agent est catégorique, c'est de la merde, pas question de le publier. Alors Martin se lance dans différentes tentatives d'écrire son "second roman", réputé étape délicate par excellence pour un auteur (d'autant que techniquement ce serait donc le troisième, et que le premier était un récit)...

Markus Orths a un humour bien à lui, qui a fait mouche avec moi. Il lance des petites choses innocentes qu'il ne cesse de reprendre au fil de sa narration (comique de situation, de répétition) et excelle dans les dialogues absurdes. On a une sorte de Candide qui poursuit une logique rafraîchissante, on l'accompagne volontiers. Il échappe à la causticité souvent inhérente à ce type de sujet, c'est bon enfant, et drôle, drôle, drôle !

 

Ed. Liana Levi, 2010, 158 p.

Traduit de l'allemand par Nicole Casanova

Titre original : Hirngespinste

15.12.2007

Vous l'avez repeint ?

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Philippe Katerine - Doublez votre mémoire (journal graphique)

Je connais peu  Philippe Katerine (d'ailleurs je croyais qu'Helena Noguerra était avec M. En amours d'artistes, j'ai des lacunes). Même si certains titres sont dans la mémoire collective ("Je suis dans la merde et je vous emmerde"), c'est surtout son dernier album, "Robots après tout" qui l'a propulsé dans la lumière. Après l'avoir écouté tant et plus, je suis passée à Imbécile, que m'avait offert Laure, et j'ai encore plus aimé. Et puis j'avoue, je l'ai complètement oublié !

J'hésitais à acheter son "book", comme il l'appelle lui-même, parce que vingt euros pour un cahier d'écolier rempli entre deux autres trucs, souvent la nuit, un peu de texte, du dessin (son premier hobby), du collage (son deuxième), et pas mal de délires, ça me paraissait être réservé à ses vrais fans.
Et puis une discussion avec Marie m'a donné envie de me lancer quand même, et croyez-vous que je sois déçue ? Pas du tout, pas du tout....

Parce qu'en fait c'est beaucoup plus dense qu'on pourrait le croire au premier abord, que c'est rempli d'humanité, de fantaisie, pratiquement pas de scatologie comme je le craignais, à peine plus de fantasmes,  que c'est tendre, joli, poétique, très drôle, bizarre, émouvant, sincère, j'ai bien l'impression.
D'abord, il y a des fils rouges, des thèmes récurrents, et de vrais textes à lire, dans lesquels on retrouve complètement "la voix" de Philippe Katerine. (Je crois d'ailleurs que je suis dingue de cette voix flutée, aux fins de phrase toujours légèrement interrogatives). Ensuite, on se dit qu'il est beaucoup moins excentrique que son personnage télé, plus tourmenté aussi, assurément. Il nous donne carrément envie de faire partie de son truc, de sa bande de potes (sans soirée no complex, merci !).
Et enfin, vraiment qu'est-ce qu'il est drôle ! Beaucoup de ces pages perdraient à être offertes ici, parce que le graphisme tient une grande place dans les effets provoqués (mon titre par exemple), parce que l'effet répétition joue également, mais si vous insistez (si, j'en vois une qui insiste au fond), allez, une petite page :

"J'étais au lycée, j'avais piscine le lendemain matin et décidément je ne voulais pas y aller. Aussi, ai-je demandé à ma mère de m'écrire un mot d'excuse comme quoi j'étais un peu malade. Le lendemain, à 7h30, j'ai retrouvé ce mot sur la table de la cuisine.
Lundi 8.12.1984
Monsieur,
Philippe ne pourra pas aller à la piscine parce qu'il a de grosses narines."

A la page juste derrière, l'épisode des canapés, qui se termine par ces mots : "Mon Dieu, Faites que je ne sois pas malade mental. OU C'EST QUOI ?!!"

Je ne sais pas, mais c'est tout bon, faut rien changer.


Ed. Denoël, Novembre 2007,  20 €

Holly, je me souviens que tu nous avais proposé, il y a déjà quelques temps, des vidéos de sa période "avant", si tu savais comme j'aimerais que tu lui consacres un de ces billets merveilleux et si raffinés dont tu as le secret....

Sylire a vu son spectacle