09.03.2010

Intrusion - Elena Sender

sender.jpgC'est la vie parfaite pour Cyrille Blake : à 38 ans, loin de son Nord natal elle est l'épouse d'un brillant chercheur, de 25 ans son aîné, qui va peut-être recevoir le Nobel de médecine sous peu; depuis 5 ans, elle dirige la clinique Dulac, petite structure où l'on traite le vague-à-l'âme de patients légèrement atteints; elle est jolie, évidemment, riche, donc, et sa très compétente nièce est son assistante. Mais voilà qu'un patient se présente, qu'elle a soigné dix ans plus tôt dans l'hôpital psy où elle était interne, et dont elle n'a aucun souvenir. Ce ne serait pas très inquiétant en soi, sauf qu'elle a constaté d'autres pertes de mémoire inexplicables, et qu'en cherchant à en savoir plus, elle s'aperçoit que tout un pan de sa vie a disparu.

Il semblerait qu'elle ait été très proche de ce fameux patient, bien plus dangereux que prévu, et son enquête va tout faire basculer dans sa vie...

Il s'est passé avec cette lecture un phénomène assez mystérieux, je n'arrêtais pas de me moquer bêtement des soubresauts d'une intrigue fantasmagorique (elle était super pote avec Nino, au point qu'il fasse tout pour elle dix ans plus tard, n'a aucune souvenir de lui mais elle n'aurait oublié qu'un mois ? Elle apprend que Julien déboule en Thaïlande et connaît le nom de son hôtel, elle est terrorisée mais se dit bon, je vais déjà dormir, on verra demain ? Elle a frôlé la mort telle une James Bond girl et quand elle peut s'enfuir, elle dit oh mais non, il faut que je sache de quoi il retourne maintenant ? Elle se fait faire un reset du cerveau par celui qui n'a aucune expérience médicale ? J'en passe...) et pourtant je ne pouvais pas lâcher ce roman.

Ça fonctionne, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, on a envie de savoir la suite, on se laisse bercer par les rebondissements, c'est sympathique en diable à défaut d'être littéraire, et ça me plaît !

Notre amie Cyrille nous donne même deux, trois conseils ici ou là, tel que : "Le remède à son abattement passait par une dose d'adrénaline. C'est ce qu'elle disait à certains de ses patients : "Quand l'angoisse monte, quand vous sentez la déprime reprendre le dessus, forcez-vous à faire quelque chose de très excitant et d'inhabituel." L'adrénaline était le meilleur antidote naturel à la dépression, elle saturait momentanément le cerveau, et le stimulait. Elle conseillait de se plonger sous une douche froide ou de faire quelque chose de totalement nouveau, d'adresser la parole à un voisin inconnu... Bref, un acte qui pouvait relancer la machinerie des méninges jusqu'à la prochaine alerte."

 

Ed. XO, 2010, 412 p.

 

Lu également par : Soukee, Pimprenelle, Francesca, Hérisson, Stephie, Laure, Malorie, Cacahuète,...

11.05.2009

L'année brouillard - Michelle Richmond

"Mais cette inutilité, dis-je un soir. Comment on gère ça ?"

richmond.jpg

San Fransisco. Abby a rencontré un gars formidable, elle qui avait (faussement) promis à sa mère sur son lit de mort de construire une famille se dit que peut-être, elle serait capable finalement de franchir le pas. D'autant que Jake a déjà une petite fille, de six ans, Emma. Au fil du temps, c'est d'Emma qu'Abby est tombée le plus amoureuse. Et puis un jour il y a ces quelques secondes où, sur la plage, elle quitte la petite des yeux.  Quelques secondes. Un rien. Un battement de cil. Dans le brouillard. Et elle ne la retrouve plus. C'est alors  une sucession de jours, puis de semaines, puis de mois. Comment se lève-t-on un matin après l'autre quand on est responsable de ça. Qu'est-ce qui a encore un sens, pourquoi se nourrir, comment peut-on encore vivre et surtout, où est Emma.

Abby est persuadée que quelque chose, une piste, est à sa disposition dans sa mémoire. Elle ne peut concevoir que la petite se soit volatilisée. Sans jamais baisser les bras, elle cherche, fouille, enquête, tente, pendant que sa vie se délite. Le jour où Jake s'achète des chaussures elle réalise qu'elle est dans un colère folle et froide, que la vie est en suspens et qu'elle n'autorise personne, et surtout pas elle, à vivre avant qu'Emma soit retrouvée.

Alors que tous cèdent au découragement elle insiste, encore, toujours, Emma n'est pas morte et il faut encore tenter des choses, la chercher...

Un roman qui creuse lentement dans la plaie. Plus on pénètre dans l'esprit d'Abby et plus on se rend compte que le passage du temps ne permettra pas d'issue heureuse, quelle que soit la suite des évènements. Il est peut-être des gens qui se relèvent d'un drame, mais on ne sait pas trop si on doit leur envier une espèce d'inconscience béate ou les haïr de posséder une telle capacité. Abby a son passé, que sa mémoire a modifié selon des procédés qu'elle parvient très bien à nous expliquer. Elle a aussi un présent dans lequel elle se débat, entraînant le lecteur avec elle. C'est un véritable poids sur la poitrine qui nous oppresse tout au long des pages. Et sans doute a-t-elle aussi un futur, auquel elle n'a pas très envie de réfléchir...

Un roman sur la mémoire que je n'oublierai pas de sitôt, pour lequel chaque page compte et dont le rythme lent est absolument nécessaire.

 

Ed. Buchet Chastel, 2009, 506 p.

Traduit de l'américain par Sophie Aslanides

Titre original : The Year of Fog

 

Merci Cathulu !


Lu aussi par Clarabel.