03.09.2009
La clé de l'abîme - José Carlos Somoza
Nous sommes dans un futur vraiment très lointain, après qu'une "fin du monde" a eu lieu, les hommes ont passé des centaines d'années dans
une base de survie avant de pouvoir ressortir à l'air libre, et tout a changé. Il paraît qu'en des temps reculés les femmes donnaient la vie, c'est dur à croire en nos temps de conception entièrement manipulée. Les êtres humains "biologiques" sont extrêmement rares, et plutôt mal côtés. Tellement étranges, avec leur odeur et leurs poils. Bref, tout le monde lit la Bible. Celle-ci s'intitule "Sainte Bible de l'Amour et de l'Art", c'est Le livre, celui qui décrit la réalité. Elle comporte Quatorze Chapitres, quatorze fables ou paraboles qui constituent la somme de l'univers. Il existe des croyants de chacun des Chapitres, ou de plusieurs à la fois. Très peu d'entre eux sont des croyants profonds d'un seul et, parmi eux, moins encore arrivent à l'être de plus d'un seul Chapitre. Mais un croyant profond peut tout faire, peut concrètement appliquer dans sa réalité ce en quoi il croit.
Daniel Kean, petit subalterne de conception employé sur Le Grand Train, n'est pas croyant. Pourtant, il va assister à de bien étranges choses et se retrouver intimement mêlé à une grande quête. Le Graal, ici, serait une clé pour détruire Dieu...
José Carlos Somoza, en note postface, explique qu'il a tenté de relever le défi d'écrire un roman fondé sur l'oeuvre de HP Lovecraft sans mentionner une seule fois (enfin, une seule) son nom ni celui d'aucun de ses dieux et épouvantables créatures, et qu'il puisse être lu et apprécié par ceux qui n'ont jamais approché Lovecraft. Défi relevé haut la main, j'ai adhéré à fond sans rien connaître de Lovecraft.
Un univers très prenant et bien construit donc, un thriller SF avec des pointes de plusieurs autres genres, des personnages qu'on visualise très bien et qu'on a envie de suivre. Par deux fois, ce petit piège qui m'agace au plus haut point mais qui fonctionne très bien, de faire dire à quelqu'un oh la la, y a un truc qui cloche là, un détail sur lequel je ne peux pas mettre le doigt mais que j'ai relevé en passant... Alors moi je suis o-bli-gée de relire tout ce qui précède pour faire ma Sherlock Holmes, et bien sûr je ne mets pas le doigt sur ce qui déraille, mais quand on l'apprend, je fais mon commissaire Bourrel (Bon sang mais c'est bien sûr !) et j'enrage.
Très chouette épilogue en plus, un joli et étrange voyage en terre inconnue, un roman pénétrant.
Ed. Actes Sud, septembre 2009, 378 p.
Traduit de l'espagnol par Marianne Millon
Titre original : La Llave del Abismo
(Couverture splendide, non ?)
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (41) | Tags : sf, lovecraft, le pouvoir est dans la foi, mais la foi en n'importe quoi, suffit de croire, en fait