20.08.2009
Le Voyage d'hiver - Amélie Nothomb
"Nulle part il n'est inscrit : "Ne pas piloter d'avion"."

Si vous êtes comme moi, vous n'avez aucune envie de connaître le sujet du nouvel opus d'Amélie Nothomb, parce que de toute façon c'est de l'ordre du rituel : août = Amélie, et dans le plaisir le plus assumé. Si vous faîtes partie de ceux qui froncent le nez, vous n'avez certes pas le désir non plus d'en savoir plus. Alors c'est simple, je n'en dis rien :)
Rien de l'intrigue, donc, parce que ça fait complètement partie du plaisir de la découvrir au fil des mots. Mais elle est clairement dans la lignée nothombienne, avec le petit zeste farfelu, la malice très présente, et quelques piquounettes ici et là essaimées. Une fois de plus l'épilogue prend l'issue la plus facile, on a l'habitude de l'eau de boudin, mais honnêtement je m'en moque parce que j'ai aimé, en vrac et entre autres :
Les prénoms des héros : Astrolabe et Zoïle; l'explication de l'expression "ça marche"; le IV° siècle qualifié d'"Epoque Héroïque où les amateurs d'une oeuvre littéraire n'hésitaient pas à zigouiller le critique imbuvable"; "Se délecter de la médiocrité d'autrui reste le comble de la médiocrité."; "On n'en veut jamais autant aux gens que quand ils n'y sont pour rien";"tout lecteur devrait recopier les textes qu'il aime : rien de tel pour comprendre en quoi ils sont admirables"...
Une toute petite histoire où ne pas avoir sa photo en couverture ou même en jaquette de son livre est une qualité certaine (couverture sublime signée Harcourt), et où, finalement, on ne parle QUE d'amour....
Ed. Albin Michel, août 2009, 133 p. (très étirées !)
06:00 Publié dans Pas mal | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : fantaisie, malice, fin en eau de boudin, langue délicate, oui, c'est bien de l'amélie nothomb!
26.01.2009
La Reine des lectrices - Alan Bennett

"Y a-t-il un plus grand plaisir que de découvrir un bon auteur ? [...] A fortiori lorsqu'il a écrit une bonne douzaine d'ouvrages !"
Au palais de Buckingham, ils sont quelques-uns à recueillir unanimement l'opprobre contre eux : ce sont les chiens de Sa Majesté Elisabeth II. Ce jour-là, alors qu'elle tente de les récupérer (ils sont à leur habitude partis en trombe en aboyant fort inélégamment), la Reine croise la route du bibliobus. Par correction, parce que c'est inscrit dans ses gènes, elle emprunte un livre au hasard; c'est le début d'une plongée qui dira quelque chose à nombre d'entre nous dans l'univers de la lecture.
La Reine lit, et plus elle lit, plus elle a envie de lire. Ce qui déjà passe pour étrange dans un univers lambda (mais que cache cette fuite éperdue dans la lecture ?) devient un problème concret lorsqu'on est à la tête d'un royaume. D'ailleurs, Sa Majesté se serait-elle soudainement passionnée pour la culture des vers à soie que c'eût été la même chose : la Reine ne peut s'adonner à une passion, c'est injuste pour les autres loisirs.
Mais notre copine n'en a cure, et elle passe par toutes les étapes classiques : elle néglige ses charges (mais Lizzie a une troupe de domestiques, le concret du quotidien est assuré !), porte - so shocking - la même tenue plusieurs fois à quinze jours d'intervalle, bâcle les cérémonies, en clair bassine tout le monde (ah le coup de fil du conseiller particulier du premier ministre !) avec les livres et cela ne peut durer.
Que va faire l'Angleterre ?...
Ce court roman est un immense pied-de-nez et un bonheur de lecture. Léger, fin, subversif en douceur, coquin et malicieux, il ne cesse de fournir des extraits précieux et je l'ai lu en boucle avant de me décider à lever le pied. Oui, oui, je ne voulais pas quitter ces pages qui me semblent révéler d'autres sens à chaque relecture, qui est un condensé de vitamines et dans lequel je me reconnais, pour tout dire, énormément ;o)
Ed. Denoël, 2009, 174 p., 12 €
Traduit de l'anglais par Pierre Ménard
Titre original : The Uncommon Reader
Merci très enthousiaste à Cathulu qui clique comme une folle pour me faire de beaux cadeaux. Emeraude s'attendait à autre chose, Yspadadden a bien rigolé, Amanda et Clarabel ont aimé, Lou l'a lu en VO.
"Elle en tira la conclusion qu'il valait mieux rencontrer les auteurs dans les pages de leurs livres, puisqu'ils vivaient sans doute autant dans l'imagination de leurs lecteurs que leurs personnages. La plupart n'avaient d'ailleurs pas l'air de trouver qu'on leur faisait une faveur particulière en lisant leurs ouvrages, estimant au contraire que c'étaient eux qui en faisaient une au public, en les écrivant."
05:35 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, lecture, royauté, livres, lectrice, malice

