07.09.2008

Pascale Quiviger - La maison des temps rompus

Fais attention aux gens qui ont l'air de ne pas avoir de vie

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Pascale Quiviger - La maison des temps rompus




ENORME coup de coeur pour ce roman !

Il est de ceux qui terminent hérissés de cornes entre mes mains, je voudrais recopier des tonnes d'extraits pour vous montrer à quel point il est protéiforme, intrigant, touchant, poétique et génial, tout simplement génial !

Le début du roman est trompeur, la narratrice le dit elle-même, elle commence par la fin, et les toutes premières pages sont obscures et peuvent laisser craindre pour la suite. Et puis un élément inquiétant vient river l'intérêt, et commencent alors les histoires dans l'histoire, de digression en digression on avance pourtant à la vitesse de l'éclair, et l'épilogue bloque la respiration, touché-coulé.

Il est préférable, je crois, d'ignorer dans quoi vous entrez, d'accueillir ce texte magnifique en le découvrant par vous-même. Le contexte, cependant, est une histoire de femmes, de sentiments entre les femmes, d'imagination et de maternité.

Une femme achète une maison en bord de mer, pour y murer (ou soigner ?) sa solitude. Chaque nuit, elle est réveillée à 3 h piles, terrifiée, par le fantôme d'une petite fille. Son nom et son histoire nous seront révélés à l'extrême fin du roman. Jusque là, on se promène dans plusieurs générations, des mères avec leur fille, des familles inventées et baroques, des maisons qui n'existent pas et une puissance d'écriture qui submerge absolument tout sur son passage.

La lettre d'adieu de Gisèle, par exemple, est bouleversante du premier au dernier mot, et d'une justesse terrifiante. On la lit, la relit et la grave pour toujours dans sa tête.

Des phrases, aussi, m'enchantent :

"Parmi les gens qui nous entourent, il y a des personnes dotées d'une fluidité particulière. Les événènements de leur vie n'ont souvent rien à voir avec leur capacité de bonheur."

"Je veux vous parler du destin des jumeaux de Juliet tel qu'a su le comprendre l'amiral Maurice Drake Anderson, un homme de valeur dont le métier consiste à patrouiller, patriote, les relents d'algues de l'Empire britannique. Dans un recoin caché de son être, en vérité, il sert une autre souveraine, une reine exigeante et cruelle, au charme inégalé : la mer. Cette fidélité aux insondables profondeurs fait de lui un témoin idéal du destin de Jonas et Johann, que d'autres, dans les mêmes circonstances, n'auraient pas su déchiffrer."

"C'est la vie, répétait souvent Aurore : pieds nus à perdre haleine le long des causes perdues."


Ed. Panama, Août 2008, 192 p., 18,50

 

Les avis de : Joëlle, Clarabel, Cathulu,  mais Laure a abandonné à la 50° page !!