22.05.2011

Une farce de Sam Winter Moon

"Une fois, il chassait aux abords de la réserve, dit Meloux. Un canard est tombé du ciel à ses pieds. Au moment où il le ramassait, un chasseur blanc est apparu et a dit que le canard lui appartenait puisque c'était lui qui l'avait abattu. Sam Winter Moon lui a fait remarquer que le canard se trouvait sur les terres de la réserve, et que donc le chasseur n'y avait aucun droit. Le chasseur, lui, affirmait que le canard lui appartenait parce qu'il n'était pas dans les terres de la réserve au moment où il lui avait tiré dessus.

Sam Winter Moon a regardé l'homme furieux et le fusil qu'il tenait à la main, et a suggéré un compromis. "On va faire un concours", lui a-t-il dit. "Chacun va donner un coup de pied aux couilles de l'autre, et celui qui tient encore debout après aura gagné le canard."

Le chasseur blanc, un homme très grand et menaçant, a accepté de relever le défi. Sam a dit qu'il ouvrirait les hostilités. Le chasseur blanc a rassemblé ses forces, et Sam Winter Moon lui a donné un bon coup de pied. L'homme est devenu tout blanc, puis tout rouge, puis tout bleu. Il titubait de douleur en se tenant les parties. Au bout de quelques minutes, il s'est redressé et a dit à Sam Winter Moon : "A mon tour, maintenant." Mais Sam Winter Moon lui a répondu : 

"Tu as gagné", lui a tendu le canard, et s'en est allé."

 

Extrait de Aurora, Minnesota de W. Kent Krueger au Cherche-Midi, traduction de Philippe Aronson, billet à venir