10.01.2009

Des vents contraires - Olivier Adam

Le concret nous cimente, le quotidien nous lie, l'espace nous colle les uns aux autres, et on s'aime d'un amour étrange, inconditionnel, d'une tendresse injustifiable et profonde, qui ne prend pourtant sa source qu'aux lisières.

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Ils étaient une famille unie, avec ses hauts et ses bas, mais ils s'aimaient tous les quatre très fort, et ça se sentait et se ressentait à chaque moment de leur quotidien. Un matin, Sarah est partie bosser à l'hôpital comme d'habitude, les enfants sont partis à l'école, Paul est resté à la maison, comme chaque jour. Mais Sarah n'est jamais rentrée.

Alors Paul a décidé de quitter la banlieue parisienne pour rentrer à Saint-Malo, se disant que peut-être, le trio qu'ils étaient devenus y trouverait un apaisement, une forme de consolation, un moyen de continuer à respirer, un jour après l'autre, simplement...

Je n'en dirai pas plus, tant il est bon d'apprendre au fil des pages les détails qui nous ont d'abord été exposés sous un angle précis : qui est Paul, qui était Sarah, comment peut-on expliquer sa disparition subite, quel âge ont les enfants, comment peut-on supporter page après page (et jour après jour pour nos personnages) un tel poids, une telle douleur, où est l'air, au secours.

Mais l'air est peut-être justement dans cette tristesse infinie et languide, dans des passages comme :

"Autour du croissant de sable se dressaient de vastes demeures aux volets clos, elles n'ouvriraient qu'à l'été et abriteraient des tribus entières. Les enfants ont fini leurs glaces et on est descendus sur la plage. Sans les cabines rouge et blanc, sans la paillote et ses odeurs de gaufres, de frites et de paninis, sans le club Mickey et ses barrières de bois clair, ses toboggans ses trampolines, elle paraissait nue mais ça lui allait bien. On attendrait l'été pour tout retrouver, manger des saucisses tard le soir sur les transats, tandis qu'à la brune des enfants recoiffés et vêtus de pyjamas descendraient des villas pour dévorer des sacs de bonbons multicolores, s'exercer au cochon pendu, canarder de penalties la cage de bois laissée vacante par les balançoires démontées et rangées pour la nuit, ou bavarder assis en tailleur sous la cabane du coin des tout-petits. On s'est installés en retrait d'une ligne d'algues sèches, le sable était presque tiède, s'y allonger et plonger les doigts c'était retrouver la texture de saisons anciennes et heureuses, on s'est endormis tous les trois bercés par le clapotis."

A un moment un personnage indique à Paul qu'il a lu un de ses livres, et dit : "Franchement, j'ai trouvé ça pas mal. Un peu geignard, mais pas mal." Moi aussi, et même pas geignard. Juste flirtant avec le "Bord de mer" de Véronique Olmi, à cette différence près que chez Olivier Adam les petites choses se savourent, le quotidien a encore un sens, l'amitié et la solidarité n'ont pas besoin de mots pour être ressenties profondément. On pêche la crevette et le crabe, on verse du sel sur les deux petits trous caractéristiques dans le sable pour tirer d'un ploup gluant les couteaux, on fait sauter les coquilles Saint-Jacques et on envoie bouler bien comme il faut les vieilles maîtresses acariâtres qui maltraitent les petits élèves. Bien sûr, on n'est pas toujours non plus assez attentifs et on boit vachement trop.

Mais parce qu'on n'est pas tout seul, on peut encore se lever demain.

 

Ed. de l'Olivier, Janvier 2009, 255 p. 20 €

 

L'avis de Clarabel.