04.06.2009
Le cinquième Evangile - Michel Faber
C'est l'histoire d'un obscur petit universitaire canadien spécialiste de la langue araméenne qui, alors qu'il est dans un musée irakien, voit les déflagrations d'une bombe éventrer un bas-relief : à l'intérieur, il trouve neuf rouleaux de papyrus. Il s'agit d'un truc énorme, un nouvel Evangile rédigé en araméen, plus ancien que ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean, et établi par un témoin direct. Aussitôt traduit, sa parution va entraîner des réactions fortes, et très différentes les unes des autres. La vie de Theo en sera forcément complètement transformée...
"Ce mec est chiant, pensa Theo. Putain, qu'il est chiant." Ce roman est vraiment drôle, alerte et souvent féroce. La grande naïveté de notre universitaire est délicieuse, il traduit en un tour de main ces papyrus sans jamais mesurer la portée du texte, il le fait publier en se doutant bien que ça va intéresser les gens mais sans anticiper l'énormité des retombées médiatiques. Il se met à consulter les commentaires sur Amazon, c'est criant de vérité, il subit les ors et les revers du vedettariat, il enchaîne les déplacements et lectures publiques sans se poser plus de questions que ça.
Dans le doute, le pire arrive toujours et il ne se défilera pas ici : néanmoins, c'est encore par un pied-de-nez que tout s'achève.
C'est toujours trop court quand c'est bon, raaa !
Ed. de l'Olivier, juin 2009, 197 p.
Traduit de l'anglais par Adèle Carasso
Titre original : The Fire Gospel
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : humour, milieu de l'édition, phénomène d'amazon |
05.10.2006
Bécassine à Saint-Germain des Prés

Marie-Odile Beauvais – Discrétion assurée
Melville/Editions Léo Scheer, 2003
« Au jugé, cette note de lecture a été écrite par une femme consciencieuse. Elle n’est pas compliquée. Elle a un ou deux enfants élevés avec un réel souci d’amour et de bon sens. J’imagine qu’elle aide ses amis, fait de la gymnastique une fois par semaine et écrit peut-être pour Madame Figaro. Rien à ajouter. »
Ah c’est difficile d’échapper aux caractérisations à l’emporte-pièce, même pour Marie-Odile Beauvais.
Et pourtant, j’ai lu son témoignage d’une traite, fermement harponnée.
Je vous résume grossièrement : elle écrit un roman, le propose à quelques éditeurs, reçoit un coup de fil, est publiée chez Grasset, youpi tralala, mais ça s’arrête là : enterrées sous la couverture jaune, Les Forêts les plus sombres ne bénéficieront d’aucune mise en place. Pas de rencontres avec les journalistes, pas de salons du livre, aucun article de presse, pas de photographe, pas de carnet d’adresse judicieusement sollicité, rien.
Pourquoi ?
C’est ce qu’elle nous raconte ici :
« Ce livre est donc l’histoire d’un premier roman arrivé par la poste et paru chez Grasset, mais c’est surtout celle d’étranges comportements humains, à commencer par le mien. Et si, à mon corps défendant, j’y commets des indiscrétions, c’est que je ne résiste pas à la tentation de mettre les rieurs de mon côté. »
Pour qui, comme moi, ne connais rien ni personne à ce tout petit monde d’un arrondissement parisien, les quelques noms et coups de pieds donnés ici ou là tombent totalement à plat, et ne freinent en rien l’incrédulité qui nous tenaille à la lecture de ce récit.
Ce que je trouve le plus remarquable, c’est la totale sincérité de l’auteure. Elle décortique très précisément les émotions, les aigreurs, les mesquineries, la peine, les graves blessures à l’égo, le narcissisme qui ont été les siens durant cette année 1996, et sans jamais s’épargner elle-même.
Elle se garde bien d’en tirer une quelconque morale, et ne se pose pas non plus en revendicatrice de ceci ou cela. Elle relate simplement.
Pourtant je n’ai aucune envie de lire ses Forêts – et par ailleurs on recommande ici aux amateurs de littérature « prolotte » (rarement lu plus laid que ce mot) de passer outre : dont acte – mais j’ai été épatée par le verbe de Marie-Odile Beauvais. C’est très, très bien écrit, en plus d’être passionnant.
197 p.
15:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : milieu de l'édition, récit |
28.08.2006
Ecrire n'est rien, il a essayé. Mais vivre ?
Jean-Marie Laclavetine – Première ligne
Gallimard, 1999
Au sujet de ce roman, on peut lire tout, et son contraire. Chutney adore, Eva déteste, Flo aime plutôt bien, et je me situe pas loin à ses côtés. (Prix Goncourt des lycéens 1999)
Cyril Cordouan dirige avec passion les éditions Fulmen. Il n’en peut plus de lire des manuscrits tous plus mauvais les uns que les autres. Le geste désespéré d’un auteur refusé lui fait un jour se sentir investi d’une mission : créer les AA (Auteurs Anonymes), pour désintoxiquer tout un peuple de malheureux qui ne pourront jamais se réaliser dans l’écriture. Mais tel est pris qui croyait prendre, bla bla.
L’idée de départ est amusante, le style agréable, et l’intrigue se tient. Pour autant, elle est assez bateau, et ne retient pas l’attention du lecteur.
Par contre, le monde de l’édition volontairement croqué dans ses failles, est assez jubilatoire à découvrir, et ce d’autant que je n’y ai pas vu la grande méchanceté que certains ont dénoncée. Beaucoup d’humour au contraire, et ce qui transparait le plus, c’est l’amour des livres.
Ce personnage de Cyril Cordouan, est un passionné complexe. Son meilleur ami est un patron de bistrot tendance facho : « Felipe, en tant qu’ancien catcheur (il officiait jadis sous le sobriquet de Tue-Mouches), a une conception simple des rapports humains : tu lui en colles deux, et tu l’attaches au radiateur. Sa blague favorite : « Qu’est-ce qu’on dit à une femme qui a deux yeux au beurre noir ? – On ne lui dit rien, on a déjà essayé de lui expliquer deux fois. »
Il vitupère, il explose à la lecture de certains manuscrits, mais :
« Une lettre de Benjamin Pivert : « Je n’ai pas reçu de droits d’auteur cette année. Dois-je penser que vous n’avez pas réussi à vendre un seul de mes livres ? Connaissant votre talent pour le petit commerce, j’ai peine à le croire… » On se décarcasse, et voilà. Sont persuadés que je m’en mets plein les poches. Tu as du mal à le croire, Benjamin Pivert, et pourtant. Quatre titres au catalogue, tirage trois mille chacun, ventes cumulées quatre cent trente-deux exemplaires, je dis bien quatre cent trente-deux, encore vérifié la semaine dernière. Onze mille exemplaires au pilon… Je n’ose même pas t’envoyer tes relevés de compte, tellement je crains pour ta santé… Et je continuerai à te publier, Benjamin Pivert, je continuerai à te verser de temps à autre des sommes qui ne correspondent à rien en te laissant croire que tu as vendu des livres, je continuerai pour la simple raison que tu es l’honneur de la corporation, que tu es ma raison d’être éditeur, que tu fais la différence entre la littérature et un abat-jour de salon, contrairement à tant de tes confrères, je continuerai, oui, à te publier et à te pilonner, jusqu’à ce qu’un critique enfin te remarque, jusqu’à ce qu’un cercle de lecteurs se forme et s’élargisse, et tu continueras à me soupçonner de mal te servir par paresse ou bêtise, de carotter misérablement sur ton compte d’auteur, tu continueras à vitupérer l’époque dans ton studio sans confort de Montélimar-centre, et tu auras bien raison, car elle ne te mérite pas. »
Et puis aussi tous les titres déguisés, très rigolos ! (la 2 CV verte, Sujet : moi, etc.)
Conclusion : Continuons-donc à former des cercles de lecteurs, de plus en plus larges !
Une interview de l'auteur ici
241 p.
15:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : milieu de l'édition, écriture |

