12.11.2010

Le droit de la soif - Frank Huyler

"J'ai passé de nombreuses années en quête de quelque chose que je ne pouvais même pas nommer, pour des raisons que je ne comprenais pas.

 

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J'avais aimé Au suivant et j'attendais la traduction de Right of Thirst avec impatience, je n'ai pas été déçue. 

Charles est un cardiologue américain, âgé maintenant. Sa femme vient de mourir, il se rend compte que travailler n'a momentanément plus de sens pour lui, il s'est éloigné de son seul enfant, Eric, devenu un adulte qui cherche à percer dans le métier d'acteur. Par désoeuvrement, il assiste à une conférence, un soir. Un orateur convaincant y parle de missions humanitaires, dans un pays ravagé par un tremblement de terre. Charles part. Sur place, les choses ne se déroulent pas comme prévu, même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il en attendait ni les raisons profondes de sa présence...

Le droit de la soif, c'est l'obligation ancestrale d'offrir à boire aux voyageurs, pour les peuples du désert. On prend beaucoup le thé, dans ces belles pages au rythme lent et apaisant. On y creuse ce qui fait un homme, avec des accents de Richard Russo ou Stewart O'Nan. Il y a une lente progression, de l'intrigue et de la compréhension du personnage par lui-même. Il y a beaucoup d'intensité, des scènes fortes (l'amputation est d'une précision que l'on ressent physiquement), une grande douceur aussi, une captation totale du lecteur, et ce, dès les premières pages.

C'est d'introspection qu'il s'agit, au beau milieu d'un dépaysement total, avec des périls et des enjeux politiques aux contours flous. On assiste à beaucoup de choses révoltantes, les réalités d'un pays en guerre ne sont pas édulcorées. C'est pourtant la lettre qu'écrit Charles à son fils qui m'a le plus secouée (très belle), même si j'ai ressenti très fortement cette atmosphère explosive où on sent que tout pourrait déraper en une fraction de seconde, où le danger a une odeur et où on retient son souffle...

J'ai été très émue par l'épilogue, enfin, très pudique, très ouvert, qui a sonné très juste à mes yeux toujours prêts à s'embuer.

J'ai été heureuse de faire la connaissance de Charles, qui est un beau personnage d'homme en quête d'une forme de rédemption, non exempt de maladresses.

 

Ed. Actes Sud, 2010, 543 p.

Traduction de Christine Leboeuf

 

14.03.2006

L'élégance personnifiée

Gabrielle Roy - Bonheur d'occasion
Boréal, 1976

 

Ce livre est assez désespéré. C'est une approche de la grande pauvreté dans un quartier de Montréal, en 1941
On suit le destin de plusieurs personnages très différents, chacun cherchant son bonheur de diverses manières, aucun n'est parfait, aucun n'est pourri, tous sont humains mais tous se fourvoient.

Florentine débute le livre, c'est la fille de  Rose-Anna et Azarius, elle « fait » serveuse et son salaire passe entier à faire vivre sa famille. Elle s'éprend de Jean, qui répond plus ou moins à son amour mais s'en défend. Lui, il veut s'élever dans la société, il a sa revanche à prendre sur une jeunesse où il a été nié, bien que matériellement hors de soucis. Son ami Emmanuel lui est un être pur. Il a côtoyé ce milieu d'enfants d'ouvriers à l'école primaire, puis s'en est éloigné, ses parents étant plus aisés. Mais il n'a aucun préjugé, et devenu soldat, il ressent le besoin de les revoir à nouveau. D'ailleurs ils ne sont que 2 enfants dans la famille, mais chez lui le climat est triste, lourd. Rose-Anna n'en peut plus. Grossesse sur grossesse, elle porte sa famille à bout de bras et s'use pour assurer un minimum de quotidien à chacun. Et ce n'est pas suffisant. La famille a faim, est fatiguée, est négligée. Elle en oublie l'affection et même, elle se perd dans tous ces problèmes.
Et il se passe beaucoup de choses pour tous ! Leurs histoires sont liées.

Oui, c'est vraiment un livre dur.
Les femmes y portent un peu à bout de bras le côté raisonnable, sans elle tout sombrerait dans le chaos... mais en même temps elles sont engluées dans le côté pratique, et la théorie, la pensée, les grandes idées sont développées du côté masculin. Rose-Anna par exemple tout au long du livre ne fait que saisir instinctivement et subrepticement les vérités profondes, sans mener de réflexion. Alors qu’ Azarius est un champion d'éloquence, il en impressionne même Emmanuel. Il comprend beaucoup de choses, mais est incapable de sortir de la théorie, d’agir.

C'est un incontournable en littérature québécoise, mais il y manque, pour moi, une toute petite lueur d’espoir.

C’est le tout premier roman écrit par Gabrielle Roy, son influence au moment où elle le rédige est française, et s’il a marqué pour toujours les esprits, il n’est pas vraiment représentatif de la plume toute en délicatesse et d’une sincérité inégalée de son œuvre postérieure.

J’adore Gabrielle Roy. Je vous en reparlerai.

413 p.