01.03.2012
Il est des félicités auxquelles on ne croit plus; elles arrivent, c'est la foudre, elles consument.
Honoré de Balzac, La Comédie Humaine, Étude de moeurs, Scènes de la vie privée
23. Le Colonel Chabert (1832)
Cette nouvelle (une soixantaine de pages) compte parmi les plus célèbres de Balzac, beaucoup rééditée (y compris en jeunesse), souvent adaptée (théâtre, cinéma et télévision), et pour ma part c'est une première lecture. On y rencontre un personnage complètement malmené par la vie, que l'on a cru mort à la bataille. Il ne l'était pourtant pas (ici une explication haute en couleur, ce genre de catalepsie qui a tant effrayé il y a quelques siècles, cet état de mort apparente qui fait se réveiller dans un cercueil sous terre...), mais la gravité de ses blessures l'a rendu méconnaissable. Lorsqu'il tente de retrouver sa vie, plusieurs années se sont écoulées, sa femme est remariée, mère de deux enfants, et personne ne le croit. Réduit à la misère noire, il obtient l'aide d'un avoué, mais recule devant les méandres de la justice et se fait embobiner par sa femme, qui est une saleté de la pire espèce. Épilogue d'autant plus triste et injuste que ce Chabert est un vrai pur, homme d'honneur qui se serait volontiers sacrifié pour le bien-être de celle qu'il avait un jour aimé. Abandonné de tous, il cède les armes et perd l'esprit. On compatit.
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : il vaut mieux avoir du luxe, dans ses sentiments, que sur ses habits., je ne crains, moi, le mépris de personne.
26.09.2011
Je ne vise pas l'amour à l'horizon, je tire l'amour à bout touchant.
J'adore Stéphie. Je la connais un peu, dans la vie, comme on dit, et on s'entend plutôt pas mal. Mais alors quant à nos goûts littéraires, on ne pourrait être plus opposées (avec quelques exceptions, comme il se doit, Zola en étant une). Elle a adoré "L'unique objet de mon désir" de Frédéric Teillard (Editions Galaade, 2011) et son billet m'avait donné envie de le lire : erreur.
Grosse erreur même, tant ce roman m'a énervée. Un couple, la quarantaine descendante, lui écrivain, elle a un amant, les enfants sont grands, c'est la période de Noël. Elle part la passer avec celui qui lui met le coeur à l'envers, tandis que monsieur reste à Paris et est supposé écrire.
"... Je crois que je ne sais faire que des livres qui agissent sur leur lecteur comme la nouvelle d'un suicide, quelque chose qui frappe de paralysie les pensées conquérantes, galopantes, tournoyantes, et rend le mouvement aux autres, les tétraplégiques, les comateuses, les endormies, pour quelques heures au moins, quelques jours. Ce qui n'intéresse pas grand monde."
Moi j'aurais bien aimé, sincèrement, que Gilles me remue un petit quelque chose, mais je l'ai juste trouvé ennuyeux à en périr, avec sa façon de décortiquer le moindre micro embryon de truc qui lui traverse l'esprit, totalement à côté de sa vie. Et long. Je l'ai trouvé très, très longuet quand c'était son tour de s'exprimer. Alix est plus touchante, forcément, quadra totalement ravagée d'amour, mais elle passe elle aussi son temps à s'auto-analyser d'une manière que j'ai trouvée insupportable. Enfin, Nino, l'amant, n'a le droit à la parole qu'en épilogue, pour le très attendu coup de théâtre qui n'a rien de surprenant.
Rien que de très banal, vu sous un angle beaucoup trop intellectualisé pour la lectrice que je suis, avec un ton désenchanté qui a provoqué de l'agacement chez moi, plutôt que de se communiquer.
Stéphie, je le répète, en pense exactement le contraire. A vous de tester.
11.07.2011
D'une certaine hauteur, on ne voyait plus que la présence des gens, et non les gens eux-mêmes.
Un restaurant huppé aux Pays-Bas, deux frères qui dînent ensemble, avec leurs épouses. Paul, le narrateur, renâcle à y aller, il récrimine sur tout ce qui bouge (avec beaucoup d'assertions idiotes sur la restauration, d'ailleurs), et le style est plat, plat, plat, me suis demandée si j'allais aller au bout.
Petit à petit, les contours s'affinent, la situation se précise, les apparences étaient - comme toujours - trompeuses.
On a donc deux frangins, certes, mais pas n'importe qui. L'un deux est en passe de devenir premier ministre, son épouse vient visiblement de pleurer dans la voiture en venant. Paul et Claire, eux, semblent parfaitement solidaires et sur la même longueur d'ondes. Mais laquelle ?
Il leur faut donc maintenir le jeu des apparences - on dîne sous les yeux d'électeurs -, tout en abordant à un moment ou à un autre un sujet douloureux : leurs fils respectifs ont commis un acte très grave, ils en ont eu connaissance et doivent décider d'une ligne de conduite...
Et alors là le style n'a plus rien de plat (bien qu'il ne soit pas non plus littéraire) : c'est typiquement le genre de roman qu'on termine en apnée, la main sur la bouche pour s'empêcher de crier (ou gémir, tellement c'est insidieux ce qu'on apprend), additionnant 2 + 2 et refusant d'en croire les déductions de notre cerveau.
Le thème central est bien la violence, mais pas tout à fait celle annoncée par la 4° de couv. Il s'agit en fait de la pire qui soit au monde, à mes yeux, et je ne peux absolument rien révéler de plus. Le traitement est politiquement incorrect, et Herman Koch parvient à nuancer sa charge (malgré tout féroce) en proposant quelques explications, à défaut de justifications.
Absolument glaçant et diablement efficace.
Le dîner - Herman Koch
Belfond, 2011, 330 p.
Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : le bureau des tags est fermé, qu'elle a dit fashion, j'obéis, moi
03.03.2011
What the frog ?
Bloodfever, A MacKayla Lane novel (Karen Marie Moning)

Tome 2 des aventures de notre copine en Irlande, Bloodfever tient toutes ses promesses et se dévore sur un rythme trépidant. Il se passe mille choses et on a très très chaud sur la fin, juste après avoir assisté à des scènes de torture pas édulcorées du tout. Comme il n'est pas question de dévoiler quoi que ce soit, arrêtons-nous à trois petites choses intéressantes dans ce tome :
1. L'humour
Mac est une jeune fille bien élevée, elle l'a été, dirons-nous, avant que tout ceci n'arrive, et se croire valorisée par l'emploi de tout un tas de grossiéretés n'aurait jamais effleuré son esprit, contrairement à ce qu'on entend hélas partout de nos jours.
"Dark outside the store, dark inside, beyond my bedroom door: "What the fr-fuck?" I exclaimed, then muttered, 'Sorry, Mom." Raised in the Bible Belt by a mother who'd firmly abvocated the pervasive southern adage that "pretty girls don't have ugly mouths," Alina and I had created our own langage for expletives at a young age. Ass was "petunia", crap was "fudge-buckets", the f-word was "frog". Unfortunately, when you grow up saying those words instead of the actual cusswords, they prove every bit as hard a habit to break as cussing and tend to come out at inopportune moments, undermining your credibility in a big way. "Frog off, or I'll kick your petunia" just doesnt carry a lot of weight with the kind of people I've been encountering lately, nor have my genteel southern manners impressed anyone but me."
2. Les petites vérités
Distillés çà et là, j'ai énormément apprécié les petits passages (tout simples) hors intrigue qui s'attachent à donner la vision de la vie de la petite Mac, bien autre chose qu'une petite écervelée.
"For the next few minutes we indulged int the light banter of a male and female who find each other attractive and enjoy the timeless ritual of flirtation. Not everyone does, and frankly I think it's a lost art form. Flirtation doesn't have to go somewhere; it certainly doesn't need to end up in bed. I like to think of it as a little friendlier than a handshake, o a little less intimate than a kiss. It's a way of saying hi, you look great, have a wonderful day. A tasteful flirtation, played out by people who understand the rules, leaves everyone feeling good and can perk up the bluest mood."
"People tend to grant unkempt seniors a special invisibility, as if by not noticing them they don't have to acknowledge the same creature in themselves clawing closer to the surface with each tick of the clock."
3. Jerricho Barrons
Cet homme est un mystère, une énigme, qu'on attise à coup de braises. Chaque petite révélation ne fait que renforcer son opacité, qui est-il, qu'est-il, que veut-il réellement ? Ce tome ne donne aucune réponse. Il offre par contre une scène very very yummi, hou la la...
Merci Fashion !
Les avis de : Chrestomanci, Karine, Pimpi, Ptitelfe, Rose, Soso, Acsyle, Adalana, Isabelle, Lael, Bladelor, Deliregirl, Sandy, Mlle Pointillés, Clarabel, Radicale, Hydromielle,...
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : me méfie de rowena aussi, moi, personne n'est réellement fiable, c'est flippant