29.03.2011

This, finally, was love

tsiokas.jpgJe ne sais absolument pas comment parler de ce roman, comment établir de mignons petits paragraphes qui reprendraient l'intrigue en trois lignes puis diraient le bien délirant que j'en pense, aérés, succincts, de façon à ne pas fatiguer l'éventuel lecteur, qui tenteraient de tirer la moëlle de ces 483 pages denses et tellement, tellement riches. Je n'ai même pas envie d'essayer, à vrai dire, parce que ça ne correspondrait pas au bouillonnement formidable que procure cette lecture, à la profusion d'éclats de vérité absolue, à cette tristesse infinie qui m'a saisie en bien des endroits. Je pense que la plume de Christos Tsiolkas est extraordinaire, à plus d'un titre, et que The Slap est un roman magistral, de la trempe des avant/après, de ceux qui marquent un parcours de lectrice. En décrivant une Australie contemporaine, multi-raciale, multi-culturelle et à deux vitesses (au moins), Christos Tsiolkas place un peu de nous dans chacun de ses personnages, et son miroir n'est pas flatteur. Il est aussi difficile de les aimer que de les rejeter, tant il les nuance avec talent, tant il nous permet de les appréhender dans toutes leurs facettes, les dotant d'une profondeur totale, et toujours avec une justesse psychologique ahurissante. Ça claque (c'est facile, oui, pardon) fort et souvent, dès le départ, et ça ne se relâche jamais, tendu en permanence sur un fil d'acier que l'on suit, hors d'haleine, en priant le ciel pour que ça continue, encore et encore. C'est plein de scènes que je n'oublierai jamais, la lettre du père de Connie, le vide angoissant de Rosie, la visite de Manolis à son ami mourant, le déballonage d'Hector et la panique que ça créé en Aisha, le sexe entre elle et Art, le crachat d'Hugo... C'est plein de fureur, que l'on peut prendre - à tort - pour quelque chose qui tiendrait du cru, de la vulgarité ou du trash, mais qui se révèle être, au fur et à mesure, un appui stylistique, et qui s'efface, d'ailleurs, devant la réalité de certains comportements, qui ne sont que l'expression de leur fuite en avant. N'est-ce pas, au fond, l'essence de ce que nous sommes, des lâches ? Qui avons besoin de recourir à la drogue (moins répandue en France, pour ce que j'en sais), à l'alcool, au sexe, à la domination, à l'assise psychologique sur plus faible que nous, au regroupement en clan/tribu/groupe d'amis/collègues/famille, au rejet de l'Autre sous prétexte de sa différence, de sa couleur ou de son porte-monnaie. Bref, un roman pas joli, pas charmant et pas si facile d'accès que ça, mais d'une puissance et d'une maîtrise absolument géniales. Amazing.

 

The Slap - Christos Tsiolkas

Tuskar Rock Press (London), 2010 

Allen & Unwin Publishers (Australia), 2008

Belfond (Traduction française de Jean-Luc Piningre), 2011 (La Gifle)

 

Le billet de : Fashion.