09.04.2006
A lire sans modération
Monique PROULX
John FOLEY / Opale 2002
Les Aurores Montréales
Boreal compact, 1998
Recueil de 27 nouvelles, les Aurores Montréales parle de Montréal à travers la multiplicité de ses habitants. L'écriture est brillante, bluffante, les dénouements souvent innatendus, le ton général impressionnant. Je savais que j'allais aimer Monique Proulx à travers toutes les critiques que j'ai pu en lire, je ne m'attendais pas pour autant à prendre cette claque au visage. C'est excellent !
Ma nouvelle préférée c'est Rouge et blanc, qui est une lettre qu'une jeune femme inuit adresse dans l'absolu à la déesse Aattaentsic, au sortir d'une tentative de suicide. 3 pages et demies, qui disent tellement de choses de plus que les mots. Par exemple :
"Je veux nous voir comme ils nous voient. Je veux mettre leurs yeux froids dans mes yeux pour regarder ce que nous sommes devenus, sans ciller et sans m'effondrer. [ ...] Je veux voir avec leurs yeux comment ils arrivent à nous condamner au lieu de nous plaindre."
Peut-être aussi Fucking bourgeois. Parce qu'elle est remplie d'élégance et de raffinement, et injuste dans son final. Toutes ces descriptions gastronomiques m'ont donné l'eau à la bouche, c'est puissamment évocateur.
Sans oublier Madame Bovary, qui est très forte, très caustique, et démontre une fois de plus les dangers de l'imagination.
Bref, toutes ces nouvelles sont passionnantes, actuelles, fines, et Monique Proulx vient d'entrer dans mon panthéon. A lire !!
239 p
Le cœur est un muscle involontaire 
Boreal Compact, 2002
Montréal, dans les années 2000, Florence aime Zéno. Jeunes associés, ils créent des sites web pour des artistes soucieux d’étendre leur popularité. On ne peut imaginer personnalités plus dissemblables. Zéno est charmeur, beau-parleur, fou de son chien et lecteur vorace. Florence est froide, indifférente à tout ce qu’aime son patron et ex-amant. Elle "ne tolère pas l’arrogance pesante des livres. Dans un livre de 300 pages, il y a toujours 250 pages de trop". Les chiens ça pue, et les gens ça gêne. Pourtant, ces deux-là sont inséparables et se comprennent en deux coups de smileys.
Pierre Laliberté « est cet écrivain mythique dont personne n’a jamais aperçu le visage, qui vit reclus comme un lépreux alors que les honneurs se ternissent et s’érodent à l’attendre. »
Zéno l’adule comme des milliers d’autres.
Par un concours de circonstances, c’est Florence qui va se charger de le chercher, et une curieuse relation va s’établir : à sa façon unique, il va lui montrer le chemin de la vraie vie.
Construit un peu comme un polar, ce superbe roman est un enchantement de bout en bout. L’écriture de Monique Proulx est irréprochable, pas un mot de trop, des phrases qu’on voudrait relever par brassées, une action rythmée et du sens, un important message derrière tout ça. Il m’aurait juste fallu avoir déjà lu Réjean Ducharme pour appréhender correctement le personnage de Laliberté, retrouver son univers, ce sera l’occasion d’une relecture gourmande une fois ceci réparé.
« Ca semble peu, mais c’est énorme. A vrai dire, on n’a besoin de rien d’autre. Pour affronter n’importe quoi, on a besoin de rien d’autre que de cette illusion, de temps en temps, que notre vie importe à quelqu’un qui ne nous connait pas. »
« Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger ? travailler ? pleurer ?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres. »
« Je ne bois pas, je ne vois rien, je ne suis pas son genre de femme à peloter ou à séduire, bref, que reste-t-il à espérer de la situation ? Je parle pour lui, bien sûr. Moi, j’attends tout, puisque je n’ai rien à offrir. »
399 p.
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