02.12.2009

Kadogos - Christian Roux

"On aime les scandales qui éclaboussent, pas ceux qui noient..."roux.jpg

Une tueuse à gages qui ne fait plus que des euthanasies (dans un genre "Léon", un peu), un capitaine de police nouvellement tuteur d'un enfant profondément traumatisé, une troupe d'enfants africains fraîchement arrachés au sanglant Rwanda se partagent les chapitres de ce roman haletant. En préambule, l'auteur nous propose deux façons de lire ce roman : soit en suivant la numérotation des chapitres, ce qui obligerait à moult changements de pages, mais offrirait une narration linéaire (en plus c'est un peu compliqué, les chapitres se partageant entre numéros, titres, et journal intime); soit, comme il le recommande, en se laissant promener au fil des pages l'une après l'autre, pour un suspens plus actif.

Adepte de la deuxième solution, je confirme avoir été rivée à cette histoire d'une noirceur pénétrante. C'est un peu l'horreur à tous les étages, rien qui ne va pour personne, des flics ripoux, des ordures pendant la seconde guerre mondiale qui ont fait fortune, des skinheads qui choppent des pauvres filles dans la rue, des enfants tout droit sortis de l'excellent roman d'Emmanuel Dongala (cité en remerciements : "indépassable Johnny chien méchant", je suis bien d'accord), et une histoire d'amour qui ne finira pas très bien. Un poil trop chargé, peut-être, encore que c'est connu, la réalité dépasserait bien souvent la fiction.

Extrêmement pessimiste et violent, donc, mais pourtant fort bon, sous la maîtrise d'une plume équilibriste, qui dose avec justesse ses effets et ses cruautés.

Pour souffrir et grimacer.

 

Ed. Payot/Rivages (Noir), 2009, 317 p. (poche)

 

Lu également par : Cathulu (merci pour l'envoi !), Paul Maugendre, Jean-Marc Laherrère,

 

06.05.2009

Les Villas rouges - Anne Secret

secret.jpgKyra a plaqué sa vie : elle était prof de lettres, dans un bon lycée du XV°, mais ce n'était pas pour elle. En rupture totale avec la société, elle a rencontré Udo, coup de foudre. A ses côtés, très vite, elle a plongé dans la clandestinité, jusqu'à se rendre complice active d'un truc énorme : l'évasion d'un terroriste allemand. Débute alors la cavale, la planque. Assez rapidement, ça dégénère, et Kyra se retrouve vraiment seule. Comme elle peut, elle va tenter de survivre sans se faire prendre, et éventuellement de retrouver Udo...

Roman hyper noir aux accents de la pluie normande, Les Villas rouges immobilise le lecteur et lui déverse son histoire. Malgré soi, on tourne les pages les unes après les autres, comprenant de mieux en mieux au fur et à mesure, repoussant l'atmosphère pesante et le désespoir de son issue. Une écriture sobre et suggestive, des phrases acérées, des protagonistes perdants d'avance.

Pour amateurs.

 

Ed. Seuil, collection Roman Noir, 190 p.

 

Merci Cathulu !

Une interview de l'auteure sur Bibliosurf, l'avis d'Alain.

29.04.2009

Je viens de tuer ma femme - Emmanuel Pons

Il vient de tuer sa femme qui l'emmerdait depuis onze ans. Là tout de suite, ce qui le préoccupe, ce sont les faire-parts. Il doit absolument les pons.jpgécrire avant d'aller à la gendarmerie. Alors il va aller au village voisin à pieds (le paysage lui a toujours énormément plu, c'est beau la Normandie, c'est vrai) et acheter des timbres (faut être logique dans la vie, une chose après l'autre). Mais en cheminant lui vient l'idée de se confier à quelqu'un. Somme toute il est content, et plutôt fier de lui. Il cherche alors qui "mériterait" de recueillir ses confidences en exclusivité, pour se faire ensuite mousser dans les médias. Les personnes qu'il va choisir vont se révéler déstabilisantes....

"Il n'existe aucun remède contre la passionnée gentille" nous dit-il en confidence alors qu'il s'exaspère devant les gentils voisins si altruistes avec tout le monde. Cette phrase m'a fait rire, placée dans un autre contexte elle est criante de vérité.

Le truc c'est que notre narrateur mouline sérieusement du bulbe, et qu'il se heurte à des interlocuteurs eux-mêmes très étonnants. L'ensemble mêle une noirceur prononcée à du pur comique, et le résultat est franchement sympathique.

Un court roman qu'on lit d'une traite, amusés et enchaînés aux spirales de l'intrigue.

 

Ed. Arléa, 2006 & 2009, 168 p.

 

Merci Amanda !

 

L'avis de Laure.

 

"Je suis propre. Ça me donne la fausse impression d'avoir les idées en place. Je ne suis pas dupe. J'avais pris une douche le jour où je me suis marié."


(Rien à voir, private joke, pardon, mais parfois, c'est amusant ;o))

 

18.01.2009

Le Dresseur - Serge Rezvani

rezvani.jpgC'est une jolie maison isolée, dans la campagne. Deux parisiennes s'y sont retirées, en couple, l'une soignant l'autre atteinte d'une maladie invalidante et progressive. L'isolement devient vite étouffant, elles ont peur, et ce ne sont pas les rares visites du garde-champêtre ou des gendarmes qui peuvent les rassurer, d'autant que le coin a mauvaise réputation, il grouillerait de revenants. L'on décide de prendre un chien, de la race des tueurs, pour les protéger.

Mais cela passe forcément par un dressage, et c'est ainsi qu'Arnulfe entre dans leurs vies. Arnulfe est un bon dresseur, de ceux qui projettent immédiatement une force brutale et animale, un mec bourré de phéromones, qui pue et inquiète tout en rassurant en même temps; Sa seule présence fait peur, tout en ayant envie de s'en remettre à son autorité animale.

Mais Arnulfe est givré, et conquérant. Les pauvres femmes n'ont aucune chance...

Un roman dont on n'envisage pas une seconde d'abandonner la lecture, tant se crée immédiatement un suspens d'une noirceur pénétrante qui incite à connaître le dénouement. Néanmoins (et pardon à l'auteur des merveilleux "Tourbillon" et "J'ai la mémoire qui flanche" !) les dialogues sont souvent assez nunuches et l'ensemble plutôt bancal.

Ed. Le Cherche Midi, Janvier 2009, 298 p. 18 €

 

 

26.12.2008

Champs d'ombres - Cornelia Read

Madeline a épousé Dean, et le couple est heureux. Elle est journaliste en charge des menus articles sur des sujets futiles, et s'ennuie à mourir read.jpgdans le bled de Syracuse d'où est originaire toute la famille de son mari, d'autant plus que ce dernier s'absente de longues périodes au Canada pour le boulot. Du côté de sa propre famille, c'est plutôt distendu, et étrange. Grande lignée de Wasps de Long Island, les Dare sont farfelus et fauchés. Ainsi son grand-père paternel, par exemple, prédisait que toute bataille de boules de neige tournerait à la catastrophe en concluant "et il faudra t'emmener à l'hôpital et l'anesthésie ne marchera pas". Ou encore la formule d'adieu traditionnelle de sa mère est "Parle aux inconnus !". Avec des gènes pareils, vous avez intérêt à surveiller de près tout ce qui fait vibrer vos antennes, dit-elle, et effectivement, son intuition va être mise à rude épreuve.

Son beau-père lui donne un jour des plaques d'idendité militaires retrouvées en labourant un champ, à l'endroit où 19 ans plus tôt ont été découverts les corps de deux jeunes filles assassinées. Ce double meurtre n'a pas été élucidé, et les plaques appartiennent à son cousin, Lapthorne, le seul qui ait jamais eu ses faveurs dans sa drôle de famille. En cherchant à en savoir plus, Madeline se fourre dans un guêpier inextricable...

Une narration farfelue et des moments incongrus rendent ce roman noir attachant. On se fait ballader en pensant renifler la réponse d'un côté, tout concorde et pourtant non, roulés dans la farine. Original et différent, à tenter !

 

Ed. Actes Sud, Actes Noirs, 2007, 507 p., 23,80 €

Traduit de l'américain par Laurent Bury

Titre original : A field of Darkness

 

L'avis de Polar noir.

 

03.11.2008

Seul le silence - R.J. Ellory

"L'espoir est une commodité terriblement surfaite"

ellory.jpg

Nous sommes en Géorgie, en 1939, Joseph Calvin Vaughan a 12 ans,  il voit une plume blanche voleter jusque dans sa maison. Cet objet délicat et innocent se charge alors d'une funeste signification, l'annonce de la mort. A chaque fois qu'elle viendra - si durement - frapper son entourage, il en verra une.

Bien sûr, il y a une histoire dans ce roman. L'évoquer serait pourtant maladroit, tant elle n'a finalement que peu d'importance. R.J. Ellory pourrait nous raconter n'importe quoi, on le lirait jusqu'au bout de toutes les nuits jusqu'à avoir passé le point final.

Dès les premiers mots, il y a une qualité d'atmosphère, une oppression subtile et une mise en place de l'action si lente et si délayée qu'on en oublie complètement la 4° de couv qui nous annonçait (en gros) un thriller. Mais on est véritablement rivé à chaque mot, chaque instant est si intensément ressenti qu'on s'installe aux côtés de Joseph, on dissèque avec lui chaque évènement, on se réjouit, on tremble, mais le plus souvent, on compatit, pire, on est bouleversés.

Il y a du Stephen King dans cette écriture-là, celui qui faisait trembler les coeurs d'enfants avec des affichettes toutes simples sur des poteaux de bois, du Truman Capote qui décrypte minutieusement le fait-divers, il y a du sang, de l'horreur, des émotions fortes, des grandes aussi, des belles, des gamins sortis du lot par leur institutrice épatante, un écrivain qui étale ses tripes pour survivre, de la folie, des amitiés, des bébés qui ne naissent pas, New-York, des petits bleds paumés et des culs-terreux que la peur pousse à la bêtise....

Il y a ... tellement de choses, une telle injustice et tout un univers qui s'enflamme au contact de nos yeux éperdus, que oui, vraiment, lire cette histoire est une expérience qui laisse un souvenir impérissable. (The Guardian).

C'est une plongée en enfer avec un brave petit gars qui n'emmerdait personne, que la nature avait plutôt gâté au départ en lui octroyant un don, celui d'écrire. Son père meurt, sa petite ville devient le théâtre de meurtres indicibles, des petites filles violées puis démembrées. La peur s'installe, la peur de son voisin, car le monstre est parmi eux, forcément. La vie passe, la vie frappe, et devenu adulte, Joseph est poursuivi par l'horreur. Les meurtres de petites filles continuent, un peu partout dans l'état, mais lui est intimement (dans sa vie privée) rattrapé par les plumes blanches, et il ne comprend pas, le rapport, pourquoi, comment, qui.

On sait pourtant qu'il a fini par trouver "une" réponse, puisqu'il nous raconte tout ça rétrospectivement...

Indispensable et merveilleusement douloureux.

 

Ed. Sonatine, 2008, 498 p., 22 €

Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau

Titre original : A Quiet Belief in Angels

 

 

01.10.2008

Nicolas Cauchy

Nicolas Cauchy et la blogosphère c'est déjà toute une histoire. Ou plutôt des. Je choisis de n'en tenir aucun compte et de me concentrer sur les romans uniquement (donc pas d'autres avis en lien, mais il y en a des tonnes sur le net ^^), par la grâce de Laure qui les a fait apparaître un beau matin (en fait il pleuvait) dans ma boite aux lettres. Elle est comme ça, Laure, on discute superficiellement des divergences entre les sites d'occasions et elle appuie ses propos par une démonstration concrète. Si jamais te vient l'envie de discuter vaguement de bijoux ou de maisons, hein, Laure, n'hésite pas !! ;o)

 

cauchy 1.gifLa véritable histoire de mon père

"Vous êtes un vrai con, doté d'un coeur d'artichaut"

Pour le premier adjectif, je vois bien. La seconde assertion, en revanche, reste largement à démontrer !

Dès les premiers mots, la situation est plantée : notre héros a la cinquantaine triste (en fait il a de l'humour paraît-il, mais ce n'est pas un marrant, nous dit-il lui-même) et vient de tuer sa petite fille. Il y a une fête chez lui, des invités partout, il fait acte de présence avant de s'enfuir avec le corps dans une Porsche volée à ses invités. Se déroule alors le récit de ce qu'il s'est passé, avant que l'on ne revienne à la scène d'entrée de livre, suivie d'un bref épilogue.

Alors pourquoi un père qui vient tout juste de nouer une relation avec un petit bout de chou en arrive-t-il à ce geste fatal ? Il croit nous l'expliquer, mais en fait il démontre en permanence à quel point il déraille. 

Il y a quelque chose de "Deux jours à tuer" de François d' Epenoux dans cette histoire, sans la construction "à suspens". Il y a dans l'écriture une nervosité sèche et calme qui est parfaitement adéquate à cette sombre histoire, il y a une fausse normalité qui laisse affleurer comme un regard un peu fixe assorti à un sourire froid. Et c'est ça qui est venu me chercher immédiatement, et qui m'a fait lire le tout d'une traite.

Diablement intéressant pour un premier roman.

 

Ed. Robert Laffont, 2006, 171 p. 16 €

 

 

De manière à connaître le jour et l'heurecauchy 2.gif

Deux dates, le 21 puis le 27 Juin. Et une brève incursion dans un avenir très lointain en épilogue.

C'est toute l'histoire d'une famille condensée en deux dates, l'anniversaire du patriarche, Jean, 54 ans, le 21. Dans leur belle maison en région parisienne c'est une journée de fête, enfants et petits-enfants sont tous réunis, on boit le Champagne. Mais Jean est tremblant de peur, il a la trouille, il attend une enveloppe. C'est Gabriel, son ami de trente ans qui la lui apportera personnellement.

Une semaine plus tard, nouvelle réunion de toute la famille, mais cette fois ce sont les obsèques de Jean.

Tour à tour chaque membre de la famille nous brosse son propre portrait au vitriol, et petit à petit les pièces s'assemblent. C'est quoi cette enveloppe ? Que vient faire la scène à la plage du prologue ? Pourquoi profitent-ils toutes et tous si mal de ce que la vie leur a apporté ?

Un roman vraiment prenant et qui se tient sur le fil du rasoir : pas complètement noir et en même temps profondément triste, jouant volontiers de la fausse piste, impeccable dans son observation de la nature humaine.

A quand le troisième roman ?

Ed. Robert Laffont, 2007, 286 p., 18 €

 

Un grand merci à Laure, donc. Encore et toujours !

 

12.08.2008

Flashs et trous noirs

tapply.jpgWilliam G. Tapply - Dérive sanglante


Le tome où l'on fait connaissance avec Stoney Calhoun, homme mystérieux s'il en est. Il a passé de longs mois à l'hôpital, n'a plus aucun souvenir de qui il était. On lui a dit qu'il n'avait aucune famille, que physiquement tout était redevenu fonctionnel. Il aurait été foudroyé en montagne, et son compagnon lui aurait sauvé la vie en pratiquant sur place massage cardiaque & co. Mais de ce sauveur, aucune trace. Une forte somme d'argent arrive par magie chaque mois sur son compte bancaire, et un homme en costume gris passe régulièrement voir l'avancement du retour de sa mémoire... Calhoun s'installe dans le Maine, bosse dans une petite boutique de pêche et fait le guide. Cette vie apaisante semble pas mal lui convenir, s'il n'y avait pas ces rêves étranges et ces visions. L'assassinat de son nouveau meilleur ami va faire ressortir d'anciens réflexes et capacités dont il n'avait nulle idée...

Un roman qui se dévore et dans lequel on entend chanter les oiseaux, glouglouter les truites et soupirer les chiens. Au final il nous démontre encore la laideur de la nature humaine, mais on est fermement harponné et on brûle d'en savoir plus sur ce personnage intrigant. Une fois commencé, impossible de le lâcher, comme de ne pas commander la suite, Casco Bay, sortie au mois de Juin. Un peu comme chez Indridason, mais en (beaucoup) moins froid...

Ed. Gallmeister, collection Noire, 2007, 268 p., 22,90 €
Trad. (USA) par Camille Fort-Cantoni
Titre original : Bitch Creek

Elles ont aimé aussi  : Amanda, Marie, Laure, Patricia

25.05.2008

N'abordez jamais un écrivain qui fait ses courses

Donald Westlake - Le contrat

D'un côté, un romancier à succès qui traverse une panne : il est train de divorcer à grand fracas et ça lui pourrit la vie. Il n'a rien en chantier, or il est déjà très en retard pour livrer un nouveau roman à son éditeur. De l'autre, un romancier qui ne vend plus, malgré la publication sous pseudonyme (secret). Les deux sont de bons auteurs, ils se sont connus plus jeunes. Tombant par hasard l'un sur l'autre, ils vont se mettre d'accord sur un contrat profitant à chacune des parties. Mais quels sont les termes exacts du contrat ?!...

C'est tout ce que je choisis de dire à propos de ce roman. Comme bien souvent, si par bonheur, à mon exemple, vous n'avez pas encore lu ce petit diamant brut de noirceur ne lisez absolument rien d'autre à son sujet : précipitez-vous en librairie, prenez votre après-midi et ne bougez plus du fauteuil : ça ne souffre aucune interruption !

Vous verrez comment un lecteur peut avoir le souffle coupé par un changement de rythme miraculeux (p. 95, 7° ligne, je ne m'en remets pas !), constaterez, admiratifs (et bouillonnants d'envie de les lire) que Westlake insère ses autres titres, ou morceaux d'intrigue, au récit, que l'édition est devenue une jungle avant tout commerciale, et ne pourrez lâcher le tout avant le dernier mot, redouté mais malgré tout surprenant (plus dans sa narration qu'intrinsèquement, je vous l'accorde).

En fait, on nous fait sans cesse espérer une amélioration, un retour à la normale, c'est tangible, tout autant que la lente spirale vers le fond. L'un s'empare de l'autre, en quelque sorte, et au moment où l'antipathie change de camp, pan.

Très fort.

Merci encore, Amanda !


Ed. Payot & Rivages, 2000 et 2003 pour l'édition poche, 316 p., 8,40 €
Trad. (USA) par Daniel Lemoine
Titre original : The Hook

12.03.2008

"Qu'est-ce que je dirais ? Vous n'avez qu'à lire le bouquin, connards ! Tout est dedans. Tu crois que ça marcherait, putain ?"*

Karin Alvtegen - Ténébreusesalvtegen.gif


Voici les apparences : un écrivain moribond mais universellement connu : il a reçu le Prix Nobel pour l'ensemble de son oeuvre, Axel Ragnerfeld. Un fils, Jan-Erik,  qui perpétue sa renommée en assurant de nombreuses conférences et lectures autour de l'oeuvre de son père. Un jeune homme paumé et perturbé, Kristoffer, qui tente d'écrire sa seconde pièce de théâtre. Quelques personnages féminins, aussi, tout aussi préoccupés (dévorés ? hantés ? torturés ? compliqués, en tous les cas) : les mères, épouses, fille, maitresse. Mélanger, secouer, servez : on plonge dans l'horreur totale.

Ca commence gentiment, par une employée municipale chargée de régler les successions; Marianne Flokesson est une brave personne, elle a à coeur de faire correctement son travail et met un point d'honneur à chercher au maximum à retracer la vie de Gerda Persson. 92 ans, une longue vie d'employée de maison chez les Ragnerfeldt. Elle fait de Kristoffer son unique héritier (de pas grand-chose en réalité). Mais pourquoi ? Quel rapport peut-il bien avoir avec elle ?...

A partir de là, on entre très progressivement dans une noirceur de plus en plus opaque et étouffante au fil des pages. Il y est question de réputation, des choix que l'on est amenés à faire au fil d'une vie, de folie, de renoncements, d'actes signifiants et de manquement, surtout. D'énormes, d'immondes, de terribles manquements, qui giflent les grandes idées et intentions, qui rabaissent l'intellectualisation à un rang presque minable, quand la perspective, fût-elle louable, fait oublier ceux qui sont là, autour, concrets et vivants.

Au premier tiers je me suis demandée si ça valait la peine de continuer, je voyais l'intrigue déroulée d'avance et il n'y avait guère de suspens possible. Je le termine en fait les joues en feu, c'est d'une puissance psychologique assez inouïe. Remuant, déstabilisant, bousculant. Un très bon roman !

Ed. Plon, Mars 2008, 315 p., 20 €

Trad. (Suédois) par Magdalena Jarvin
Titre original : Skugga

*"En plus, je suis moche."

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