30.12.2009

L'ivresse des falaises - Philippe Huet

huet.jpg"Le président Lebourgeois habitait un petit pavillon perché sur les hauteurs. Rien de bien folichon, sauf que de l'intérieur, par la grâce de deux ouvertures vitrées, c'était un plongeon sur la mer. Carole adorait. Elle n'était là que depuis six mois, venait de Troyes, et elle repensa au cortège de condoléances qui avait accompagné son départ : "Ma pauvre petite, Le Havre ! Tu vas voir ! Du béton, encore du béton, toujours du béton !" Son père en avait remis une grosse louche : il y avait traîné ses guêtres dans sa jeunesse, et avait détesté. A l'entendre, c'était "cafard-ville" avec un zeste de Staline et une pincée d'Ubu pour l'architecture. Et ça alors ? Le soleil rougeoyait, jetait des gerbes de feu dans la baie de Seine, et de gros navires glissaient lentement sur un miroir d'eaux scintillantes. "Ca, des navires ? se marraient également les plus anciens au commissariat, si tu avais connu les paquebots..." Carole s'en foutait, elle les trouvait beaux ces bateaux."

Dans mes bras, Carole. J'ai apprécié ces nouvelles qui déclinent souvent une enquête policière, elles ont un ton tout simple mais efficace, elles prennent le lecteur dans leur ambiance immédiatement. Les protagonistes sont des gens lambda, les femmes toujours des petites brunettes, et le climat passe du crachin déprimant à la chaleur écrasante d'un jour d'été. On fait même un petit tour à Trouville lorsque la plage n'était pas mixte, et qu'il fallait une cabine roulante pour prendre un bain de mer.

Un recueil de treize nouvelles 100 % normandes.

 

Ed. Payot & Rivages, 2009, 345 p.

 

Lu également par Jean-Marc Laherrère, Paul Maugendre, Jeanjean,

20.04.2007

Quock- kuk-kuk-kuk . Après, kweok.*

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Jean-Paul LamyLe banc aux goélands et autres nouvelles normandes

Cheminements, 2007**

La tentation est grande de recopier intégralement la préface de Gilles Perrault, tant elle évoque tout ce qui peut être dit à propos de ce recueil de nouvelles. Une phrase la résumerait pourtant : « On prédit sans grands risques au lecteur de Jean-Paul Lamy un vrai bonheur de lecture. »
De goéland, en fait, il n’est pas question, ou si peu. J’ai vu le mot une fois en tout et pour tout dans une nouvelle, et tout à fait incidemment. De la Normandie, par contre, il nous entretient, celle où l’on s’égaille et s’égare dans la riante et verdoyante campagne, celle de la côte avec ses palaces locaux (et ses clients aux valises remplies de petits pots de confiture, qui perdent pourtant des fortunes chaque soir au casino, il n’y a pas de petit profit)
Alors forcément, quand on y vit, même depuis peu et en transit, on s’y intéresse beaucoup.

C’est d’abord l’humour qui me reste en tête, cette réjouissante Mme Humboldt, par exemple, professeur de géographie qui pratique l’honnêteté intellectuelle à toute heure du jour et de la nuit, et qui, ne voulant pas déverser dans les jeunes cervelles de ses élèves un savoir abstrait, leur propose une recherche du méridien de Greenwich qui passe tout près d’ici. S’ils cherchent bien, peut-être pourront-ils un jour devenir comme elle, géographe. Sinon, hé bien tant pis pour eux, ils ne pourront espérer être « que » géologues, géophysiciens, voire géomètres. Et s’ils se désintéressent totalement de la question, ils ne seront jamais rien de mieux que GO tout court dans un quelconque Club Med. Han, dur.
Ou ce mystérieux M. Buhot, qui a donné son nom à l’avenue de la Brèche-Buhot. De nombreuses personnes l’ont bien connu, si, si.
Ou encore, mais versé dans l’ironie du sort, la ballade de Marc, dans « Pente ».
Et puis l’émotion n’est pas en reste, avec la touchante histoire du vieil Antoine, qui cherchait des bouteilles à la mer, avant d’envoyer les siennes.
Ou ces français condamnés à la désinformation via la séance de cinéma, dans leur camp de prisonniers, en Allemagne pendant la guerre.

Mais il y a vingt nouvelles, je ne vais pas dire un mot de chacune. Par contre, je remercie Jean-Paul Lamy, non pas parce qu’il a été le premier normand à m’inviter très gentiment chez lui pour aider mon acclimatation, en tout cas pas seulement, mais bel et bien parce que son recueil m’a fait passer plusieurs heures très harmonieuses entre ses lignes.
Oui, la Normandie est belle, et la parcourir avec quelqu’un qui l’aime et la connait bien, quand il sait aussi aisément la mettre en mots, c’est une profonde satisfaction.

275 p.

*Le cri du goéland à travers les âges, une encyclopédie de Magali Duru, chez tous les bons disquaires.

** J'ai pris la photo sur le site des éditions Cheminements, c'est amusant que le titre soit erroné, "des", au lieu de "aux", comme sur le livre physique...

07.11.2006

Un roman dans le roman

Pascal Garnier La Solution Esquimau

Fleuve Noir, 1996
Zulma, 2006

Normandie, il pleut. Ca n’empêche pas le narrateur de faire de courtes ballades sur la plage. Il aime bien son petit trou, ses habitudes solitaires. Il mange chez ses voisins, reçoit en cachette la fille adolescente de sa maitresse, recueille son ami Christophe. Dans le roman, un autre roman. L’histoire de Louis, adepte de la Solution Esquimau (les vieux, la banquise, voyez ?). Petit flottement lorsque Christophe s’y met « en vrai ». Mais finalement, pas de concordance entre la vie et les histoires, deux choses distinctes qui se nourrissent pourtant l’une de l’autre.

Je n’ai pas vu l’humour noir annoncé dans l’ambiance générale. J’ai constaté de petits clins d’œil (Et si je te faisais une soupe ?), ai dégusté une succession de petits riens qui ne s’assemblent finalement pas vraiment ensemble, passé un joli moment, peut-être un tout petit peu beige, entre les lignes de quelqu’un qui s’y entend pour construire un pont entre son lecteur et lui.

J’aime bien les ponts, moi.

156 p.

L’avis de Clarabel