09.06.2010

L'Antarctique - Claire Keegan

Il m'a fallu passer les deux premières nouvelles (dans un recueil de 15) pour enfin entrer dans l'univers de Claire Keegan. C'est avec une grande tranquillité qu'elle brosse des portraits doucereux, des familles qui ne sont jamais heureuses, des quotidiens où quelque chose a dérapé, dérape ou se prépare à déraper. En Irlande ou en Angleterre, on se ment beaucoup à soi-même ou on compose avec ce qu'on a, et les personnages qui se gravent dans notre esprit ne sont pas toujours attendus, comme cette baby-sitter qui veille sur des enfants dont les parents vivent un drame. Des drames, ce recueil en est constellé, mais les place toujours en arrière-plan, aperçus du coin de l'oeil de ceux qui cherchent à les surmonter. Subtilement dérangeant.

En bonus on peut incidemment apprendre quelques petites choses pratique, comme :keegan.gif

"Elle écoute les grenouilles coasser et, sans qu'elle sache bien pourquoi, se souvient du tic-tac de la clôture électrique chez elle. Son père lui a appris à ne jamais la toucher avec la paume, toujours avec le dos de la main : de cette manière, le réflexe la ferait s'écarter au lieu de s'agripper si le courant circulait."

Ma nouvelle préférée : "Brûlures", où une famille tente de retourner s'installer avec une nouvelle femme-belle-mère dans la maison où les enfants étaient maltraités par leur vraie mère, sur le conseil d'un psy.

"- Bon sang.

Il boit de l'eau à petites gorgées dans une tasse en plastique. Sur son ventre, certains poils sont devenus blancs.

- Peut-être qu'il faudrait rénover les lieux, les transformer, changer les choses de place suggère Robin. On pourrait inviter des amis des enfants. Ce n'est pas comme si on était à l'étroit.

- Peut-être. Il s'essuie le front. Peut-être qu'on devrait asperger le sol d'eau bénite, appeler le pasteur. Peut-être qu'on devrait balancer une allumette et décamper. Rentrer chez nous, faire un examen cérébral."

 

Sabine Wespieser Editeur, 2010, 251 p.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Jacqueline Odin

 

Merci Cathulu !

 

03.06.2010

50 histoires fraîches - Régine Detambel

detambel.jpg50 histoires, numérotées, alignées les unes après les autres. Du bref, du limpide, du tordu, du plus long, du compliqué, du retors, du cadeau, du nectar, en cinquante textes on a un choix extrêmement étendu. J'ai aimé et j'ai détesté tout à la fois, et ce exactement pour les mêmes raisons. Cathulu, qui m'a prêté ce livre qu'elle a chéri d'amour, y avait joint un petit mot sur un bristol vert; je l'ai déchiré en petits morceaux au fur et à mesure que quelque chose m'envoyait un coup de poing en pleine face, me souriait, m'interrogeait, me renvoyait à dix mille choses privées, me laissait pantelante d'admiration ou songeuse, me perdait dans ses méandres prétentieux et torturés - et j'ai placé mes confettis verts aux pages où éventuellement je pourrais copier un passage, à titre d'exemple. Au final j'ai obtenu un hérisson, et à la relecture, impossible de trancher, d'en choisir certains plutôt que d'autres.

Alors tant pis ! Pas de citation. Et pas plus d'introspection. La plume de Régine Detambel est vivante, et suscite des réactions chez le lecteur. A chacun de composer avec ou sans elle.

Ed. Gallimard, 2010, 226 p.

23.03.2010

Angelus - Tim Winton

"La lâcheté, c'est un mode de vie. Ce n'est pas naturel, ça s'apprend."

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Pour parler correctement de ces dix-sept nouvelles il faudrait avoir le talent de Tim Winton pour dire dix mille choses en trois mots choisis, épurer jusqu'à l'essentiel et marquer profondément par des images d'une évidence totale.

Nous embarquons pour l'Australie, pour l'Ouest australien plus précisément. Angelus est un bled du bord de mer. On n'y vit pas heureux. On suit quelques personnes à différents moments de leur vie, on passe à quelqu'un d'autre, qui a un regard sur les précédents, on a quelques instants précis détaillés à l'extrême puis ce qu'en a fait la vie en quelques décennies résumées, on avance.

On est dans la précarité, celle qui n'est pas que matérielle, on manque de confort, tout grince, et des petits éclats de vérité brute viennent nous cueillir en permanence. C'est le genre de recueil qui, alors qu'on l'a posé pour faire autre chose, fait surgir n'importe quand dans notre cerveau des scènes qu'on y a lues, le petit frangin dans son tunnel sous la dune, l'expression du père quand il se retourne et le voit, Rae et ce qu'elle éprouve sans mots, sans pensées même pour se formuler à elle-même ses sentiments, comment tout ça merde tranquillement au quotidien alors que chacun fait tout ce qu'il peut. Ce sont des êtres paumés, solitaires, avec de graves failles et défaillances.

C'est mélancolique, c'est rugueux, ça m'a chopée complètement, c'est terriblement bon. Je vais tout lire de Tim Winton !

 

Ed. Payot & Rivages, 2006 & 2009, 397 p.

Traduit de l'anglais (Australie) par Nadine Gassie

 

20.03.2010

Nuits de noce - Astrid Eliard

"gentille et douce, elle donnait envie qu'on la caresse entre les yeux, comme les ânes"eliard.gif

C'est simple, on a six nouvelles, la première et la dernière sont très bonnes, deux sont honnêtes, deux sont ratées. 148 pages, ça se lit en très peu de temps, et en terminant je me suis demandé pourquoi on éditait ce genre de chose, en l'état ?

Quoi qu'il en soit, on décline ici les nuits de noce, pas les réussies youp la boum amour toujours, celles où l'on perd la boule parce qu'une grosse araignée s'installe sur une bouche endormie (très angoissante, la première nouvelle, frissons garantis !), celles où madame est frigide, celles où l'on marche pendant des heures à la recherche du bon endroit pour une première nuit ensemble (j'ai aimé les petits signes annonciateurs d'un destin funeste), celles où un vieux beau délire avec le viagra (bof), celles où la mariée vit dans un fantasme cinématographique (lourd), et enfin ma préférée, celle du village où règne la consanguinité.

Dans "Mon Lapin", on rit du début à la fin, c'est enlevé, absurde, rythmé, très réussi à mon goût. Ça forme un joli pendant à l'angoisse de "Un petit paradis", et c'est bien de terminer avec le sourire, non ?

 

Ed. Mercure de France, 2010, 148 p.

 

Christophe Mory dit "Chapeau, l'artiste !".

26.02.2010

Les amours de Lola - Amanda Eyre Ward

Connaissez-vous le Chicken Shit Bingo ? Si un soir vous passez par le Ginny's Little Longhorn d'Austin (Texas), vous pourrez peut-être eyre.jpgy "jouer" : sur un grand damier d'un mètre sur deux, divisé en cent carrés numérotés, on lâche un poulet vivant. Le gagnant est le joueur qui a le numéro correspondant au carré sur lequel il y a le plus de crottes de poulet. Funs, les ricains :/

Mais ça n'a rien à voir avec les douze nouvelles de ce recueil. Six indépendantes, et six qui déclinent l'histoire de Lola, à travers quelques moments forts de son existence, chronologiquement.

La vie de petites gens, vous, moi, devant quelqu'un qui se masturbe dans une bibliothèque, effrayée par la vie d'expatriés en Arabie Saoudite, s'inventant une vie idéale pour le coiffeur qui vous ment lui aussi comme un arracheur de dents, en veuve du 11 septembre, avec une petite fille de bientôt un an qui ne sourit pas, ne tient pas assise ni ne cherche à marcher, et croisant un neurologue à un barbecue... Chaque nouvelle est une petite histoire à part entière, on ressent un grand découragement, des filles qui voudraient bien, vraiment, vous savez, y arriver, juste avoir l'énergie de base, mais ça dérape, ça déborde du costume; rien de tapageur ni de tonitruant, juste la vie qui lamine les coeurs pourtant vaillants.

C'est simple, percutant, on ne quitte pas ces pages une fois ouvertes. C'est attachant et on en voudrait encore, encore !

 

Ed. Buchet Castel, 2010, 178 p.

Traduit de l'américain par Anne-Marie Carrière

 

Lu également par : Amanda (merci encore pour le prêt !),

05.02.2010

La Diagonale du Traître - Hervé Hamon

Douze nouvelles qui déclinent le thème de la trahison, mais tout en nuances et subtilités. Il s'agit ici de trahisons non formulées, qui vont chercher jusqu'à l'essence même des êtres. On passe d'un univers à un autre, du plus futile (Nouvelle Star) au plus dramatique (Un Judas pareil) en faisant escale en philosophie (L'infidèle) ou en politique (Sans famille).

 

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J'ai aimé chacune de ces douze nouvelles, c'est très rare dans un recueil. J'ai pioché ça et là beaucoup de passages qui m'ont vraiment plu, des phrases qui sont comme des portes qui s'ouvrent sur quelque chose de bien plus grand que les quelques pages consacrées à chaque histoire. J'ai aimé également la diversité des univers, l'éditeur qui est sûr d'avoir obtenu le Goncourt, l'auteur pour la télé qui morfle comme un fou avec son scénario, l'homme plaqué salement par sa femme, le touriste en Inde... On voyage beaucoup, et c'est une petite joie à chaque fois de découvrir dans quel monde on atterrit.

L'infidèle, justement, raconte l'histoire d'un jeune homme qui, peu de temps après avoir intégré la plus prestigieuse classe de khâgne, à Henri IV, s'en échappe, sans pouvoir se faire comprendre de ses parents. Tout en finesse, il nous donne à entendre son raisonnement. "Cette douleur est muette. Je m'aperçois que l'accès à la culture, aux études, à "l'ascenceur social" est toujours une forme de trahison. Si respectueux soit-on de son milieu d'origine, des gens eux-mêmes, de leurs rêves, de leur modèle de vie, on s'évade, on s'enfuit, on perd le langage commun, on transgresse. On devient autre, engagé sur des rails qu'on a choisis et pas choisis à la fois. Se cultiver, ma parole, il me semble bien que c'est trahir. Surtout si l'on n'a pas l'intention de s'enfoncer dans les ornières de la routine, des petits calculs, de la réussite prédigérée. Si l'on entend s'écarter, parce que la culture, justement, c'est la possibilité de s'écarter." Mais même une fois la décision prise, ce n'est pas simple...

Dans Dégage, c'est cet homme, correct, qui bosse et fait tout ce qu'il peut, vraiment le bon bougre, on le sent bien, qui se fait salement plaquer. Il encaisse, il continue, les années passent, il a perdu beaucoup dans cette histoire, le contact avec les enfants de l'autre, qu'il a élévés pourtant, notamment, et quand il sort un peu la tête du gouffre, on ne le lui permet pas... Beaucoup de bassesse, dans la trahison, en général ? Indubitablement, nous racontent ces nouvelles.

"J'avoue qu'en matière de Bordeaux, ma culture est plus que lacunaire. Il m'a toujours paru que ce monde-là n'était pas mon monde, qu'à l'approche des domaines et des châteaux, mon réflexe impensé s'apparente à celui de la Bruyère : je me sens peuple. Les "vrais" connaisseurs de Bordeaux persistent à cultiver le style des critiques d'opéra : leur intention ne paraît nullement d'atteindre le profane ou le débutant, mais de le disqualifier."

Tiens, je connais un autre domaine où c'est exactement pareil... :)

 

Ed. Dialogues.fr, février 2010, 172 p.

A noter qu'en fin d'ouvrage est indiqué un code permettant de télécharger l'intégralité du recueil, pour les Iphones ou autres readers numériques.


Hervé Hamon parle de ce recueil (merci Yvon)

 

22.01.2010

Fugues - Lauren Groff

J'avais été séduite par Les monstres de Templeton, je le suis beaucoup moins par les neuf histoires étranges que développe dans ce groff.gifrecueil Lauren Groff.

On retrouve Templeton dans la première nouvelle, et on a l'impression de retrouver de vieux amis, à travers l'histoire de Lollie. 17 ans, grosse, elle vit avec sa petite soeur hyperactive et sa mère, est championne de natation. A travers toute la présentation de son univers on s'attend à quelque chose, à souffrir, à être surpris, je ne sais pas, quelque chose se met en place, et on a une vraie espérance, une attente. Qui est plutôt déçue, en fait, parce qu'il est assez difficile de comprendre pourquoi la découverte d'un bordel mettrait tellement une ville en émoi. Et puis parce qu'on laisse tomber Lollie, surtout.

C'est sans doute ce qu'a voulu Lauren Groff, désarçonner son lecteur, le mettre sur une piste et puis barrer à droite toute, le balader. Et insérer pas mal d'étrangetés, qui laissent une impression de gêne aux entournures, qui ne  coulent pas véritablement, selon mon ressenti. "Fugue", en l'espèce, qui donne son titre (mais au pluriel) au recueil, est l'archétype de tout ce que je n'aime pas dans une histoire, le côté fouillis, je mélange plein de trucs qui vont se rejoindre, vous allez voir, mais je ne vais au bout de rien, bon, j'ai lu distraitement.

Par contre j'ai beaucoup aimé "Le partage des eaux", la seule histoire à mon sens qui tienne ses promesses, qui possède sa propre grâce un peu floue et qui partage sa petite musique avec le lecteur. "Cette histoire n'a ni fin ni limite" : c'est bien dommage que toutes ne lui ressemblent pas.


Ed. Plon, janvier 2010, 264 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : Delicate Edible Birds

 

 

30.12.2009

L'ivresse des falaises - Philippe Huet

huet.jpg"Le président Lebourgeois habitait un petit pavillon perché sur les hauteurs. Rien de bien folichon, sauf que de l'intérieur, par la grâce de deux ouvertures vitrées, c'était un plongeon sur la mer. Carole adorait. Elle n'était là que depuis six mois, venait de Troyes, et elle repensa au cortège de condoléances qui avait accompagné son départ : "Ma pauvre petite, Le Havre ! Tu vas voir ! Du béton, encore du béton, toujours du béton !" Son père en avait remis une grosse louche : il y avait traîné ses guêtres dans sa jeunesse, et avait détesté. A l'entendre, c'était "cafard-ville" avec un zeste de Staline et une pincée d'Ubu pour l'architecture. Et ça alors ? Le soleil rougeoyait, jetait des gerbes de feu dans la baie de Seine, et de gros navires glissaient lentement sur un miroir d'eaux scintillantes. "Ca, des navires ? se marraient également les plus anciens au commissariat, si tu avais connu les paquebots..." Carole s'en foutait, elle les trouvait beaux ces bateaux."

Dans mes bras, Carole. J'ai apprécié ces nouvelles qui déclinent souvent une enquête policière, elles ont un ton tout simple mais efficace, elles prennent le lecteur dans leur ambiance immédiatement. Les protagonistes sont des gens lambda, les femmes toujours des petites brunettes, et le climat passe du crachin déprimant à la chaleur écrasante d'un jour d'été. On fait même un petit tour à Trouville lorsque la plage n'était pas mixte, et qu'il fallait une cabine roulante pour prendre un bain de mer.

Un recueil de treize nouvelles 100 % normandes.

 

Ed. Payot & Rivages, 2009, 345 p.

 

Lu également par Jean-Marc Laherrère, Paul Maugendre, Jeanjean,

07.12.2009

Richard Lange - Dead Boys

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Si cet extrait vous a plu, vous adorerez ce recueil de 12 nouvelles : il est complètement dans ce ton. Los Angeles, des petites gens, des petites vies, des fêlures, des qui flirtent désespérement avec la lisière, de la folie ou de la connerie, ça poisse, ça poisse mais c'est plein d'élégance.

"Comment les gens normaux font-ils pour vivre avec toutes les erreurs qu'ils ont commises ?"

"Perdu de vue", par exemple, raconte l'histoire de deux demi-frères qui ne se connaissaient pas. Spencer est installé avec Judy, ils s'entendent bien, apparemment. Ils sont d'accord, à priori, pour ne pas se laisser infecter par l'esprit de Noël. Karl vient de sortir de prison, de toute évidence c'est le gros loser qui a pas mal glandé. Pourtant son arrivée change la donne dans l'équilibre de Spencer, et les choses dérapent insidieusement... On sait bien que les apparences... C'est très fort de nous montrer comme ça, à travers des petites scènes qui semblent innocentes, la réalité derrière les façades, les dangers des jugements hâtifs.

"Le vieux à côté de moi porte une veste en polyester bleu dont les poignets lui tombent sur les doigts. Il sent la levure et la naphtaline. Pendant un moment, il contemple l'écran bouche bée en taquinant son râtelier de la langue. Puis il se lève et se tourne vers moi.

"Fous le camp, voyou, dt-il d'une voix rauque.

- Pardon ?

- La fête est finie.

- assieds-toi, le taré, s'écrie un des autres types.

- Ouais, connard" renchérit un autre.

Le menton du vieillard tremble; ses yeux brillent de larmes. Il retourne à sa place sur le canapé et s'assoit la tête entre les mains. J'échangerais les dix premiers venus que je connais contre un seul comme lui. Sa désolation a la beauté d'un miroir brisé."

Je voudrais pouvoir mettre le doigt sur ce qui fait que ça me touche autant, une pointe du Djian des débuts, du Carver pour cette façon de présenter la simplicité des existences laborieuses, sans construction, du pris sur le vif (je veux dire pas du "fabriqué" : pas d'introduction, scènes, chute); de la douleur, aussi, parce que c'est vrai que ces nouvelles font mal, mais délicieusement.

"C'était généralement un coup de fil de sa mère qui faisait péter un cable à Bobby. Elle était gentille avec lui, elle le soutenait complètement, mais dans sa voix il n'entendait que de la pitié et de la déception. Vu de chez moi, il s'était fait avoir dans les grandes largeurs : quel intérêt d'être cinglé si c'est pour ressentir encore de la honte ?"

Je trouve qu'il y a une économie de mots d'une générosité folle, des situations entières pleines de détails qui émergent de phrases pas crâneuses, une humilité non feinte au service d'une grande humanité. Une plume vivante.

Archi séduite.

 

Ed. Albin Michel collection Terres d'Amérique, 2009, 290 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Cécile Deniard

 

04.12.2009

On a de la chance de vivre aujourd'hui - Kate Atkinson

atkinson.jpg"C'est qu'il ne s'agissait pas seulement de lire un bouquin, il fallait en parler après ! Double emmerdement, quoi."

C'est Tina qui parle ainsi, dans "La Guerre contre les femmes", alors qu'elle a accepté, à l'usure, de faire partie d'un club de lecture. Lire, c'est pas trop son truc. Elle aime cuisiner, coudre et jardiner. Épouse (pas comblée) et mère (encore moins), elle trottine sur des mules à talons hauts avec un décolleté plongeant, porte de grosses boucles d'oreilles qui ressemblent à des lustres sous ses cheveux blonds empilés sur la tête comme des boules de glace sur un cornet. Alors que les dames du club de lecture, c'est la classe. Une nouvelle loi va changer la donne...

Je ne saurais pas mettre en mots le charme puissant de ce qu'écrit Kate Atkison. Une fantaisie, un côté frappadingue qui excelle à dérouter, à planter un décor pour nous faire apercevoir tout autre chose derrière, mais pas que ça. Les huit nouvelles de ce recueil sont trop courtes, évidemment, et trop peu nombreuses. Elles se lisent trop vite. Pourtant elles réussissent toutes à étonner, à nous envoyer au coeur de leurs mots. On pressent le dénouement, parfois, mais dans ce cas on apprécie l'ambiance liminaire, ou on ne comprend qu'à la toute fin ce qui unissait les deux récits parallèles (pour la dernière nouvelle), en tous les cas on plonge dedans.

Inimitable Kate Atkinson.

 

Ed. de Fallois, 2009, 150 p. Traduit de l'anglais par Isabelle Caron

 

Lu également par :

Cathulu (Merci pour le prêt !) Un recueil qui va évidemment trouver sa place sur l'étagère des indispensables !

Rethymna A la librairie, mon coeur n'a fait qu'un bond : un nouveau livre de Kate Atkinson ! Il me le fallait.

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