08.04.2009
Duma Key - Stephen King
"Je ne tiens pas à penser tellement à l'art, voyez-vous. Je n'ai pas envie d'en faire la critique. Ni d'assister à des symposiums, d'écouter des conférences ou d'en discuter dans les soirées mondaines - même si parfois mes obligations professionnelles m'y contraignent. Ce que je veux, c'est m'agripper le coeur à en tomber par terre quand j'en vois."

"Duma Key" a été écrit entre février 2006 et juin 2007 : j'ai vraiment eu un coup au coeur en tombant dessus en librairie. J'étais persuadée que Stephen King avait raccroché, que l'écriture et lui c'était terminé. Est-ce que c'est son meilleur roman ? Non. (Pour moi, ça restera la série "La Tour Sombre" à jamais). Est-ce que c'est bien ? Je veux mon neveu.
A partir du moment où j'ai posé les yeux dessus, jusqu'au dernier mot de la postface ("Et vous mon vieil ami, Lecteur fidèle; toujours vous.") (moi je serai toujours toujours toujours là, comme lectrice fidèle) j'ai vécu des heures enfiévrées et enchantées. Ravies. Emportées.
Notre héros s'appelle Edgar Freemantle. Il a la cinquantaine, vient de subir un effroyable accident qui l'a amputé du bras droit, et l'a laissé aphasique, très perturbé et immensément en colère devant la douleur et la diminution. Pour parfaire le tableau sa femme le plaque, et le voici en train de mettre au point sa sortie définitive. Mais son psy lui propose un deal , attendre au moins une année (pour ne pas que ses proches payent la culpabilité au prix fort), et la passer en changeant radicalement de vie. D'endroit, dans un premier temps (au soleil et au calme), et en reprenant une activité qui lui fasse plaisir. Il se souvient qu'il crayonnait, par le passé. Ce sera donc le dessin. Sans conviction. Alors comme financièrement il est plutôt très confortable, il se dégotte une petite île tranquille en Floride.
Mais dans l'univers de Stephen King, la tranquilité est un concept inconnu. Il va être question d'une entité malfaisante, pour esquisser un début d'ambiance (je me refuse absolument à divulguer quoi que ce soit, le premier qui m'aurait donné ne serait qu'UN évènement à venir je crois que j'aurais pu le frapper). Il est également question d'art et de création, bien sûr.
On retrouve tout ce qu'on aime chez Stephen King, à savoir :
* Les clins d'oeil à ses autres romans (personnages, gimmicks, ambiance...)
* L'émotion (moi de la page 328 à la 355, c'est bien simple, je pleurais tout le temps)
* L'humour (ça n'arrête pas)
* La peur (de bonnes petites scènes de pure horreur, et les petites phrases annonciatrices du pire, du genre c'était la dernière fois que je la voyais, etc.)
* Le surnaturel
* Un trio de personnages qui se serrent les coudes et découvrent l'amitié, trois estropiés de la vie bien mal en point qui deviennent supra attachants.
* Une grande part de lui-même, dans les suites de l'accident d'Edgar (qu'on rapproche forcément de ce qu'il a vécu) et puis des petits tacles comme ça au passage, quand il parle des critiques, ou quand Edgar répond à une interview en tentant d'expliquer, maladroitement, que s'il est aussi productif, c'est... juste qu'il se donne à fond, qu'il n'essaye absolument pas d'établir le moindre record (et Dieu sait qu'on a reproché à SK sa propre productivité...)
Bref, si vous n'avez jamais lu Stephen King, c'est un bon roman pour faire connaissance. Si vous l'aimez et avez été déçu par les derniers romans, c'est aussi un bon roman pour retrouver le conteur qui nous tient en haleine sur plus de 600 pages, en nous faisant doucement flipper et en nous tendant la main vers son imaginaire torturé.
Ed. Albin Michel, 2009, 644 p.
Traduction (USA) de William Olivier Desmond
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