06.12.2010

Si seulement j’avais pu échanger quelques points de QI contre un peu de béatitude ignorante

« Je suis à une soirée Pilby : une soirée pour une personne. J’adore les soirées Pilby. Je suis la seule invitée, et je suis toujours parfaitement à ma place."

 

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Carrie Pilby a dix-neuf ans, a sauté allègrement trois classes, est déjà diplômée de Harvard, et est seule à en crever. Née anglaise, elle vit aux États-unis depuis toujours (New-York), a perdu sa mère d’un cancer alors qu’elle avait deux ans (aucun souvenir), et n’a pour toute famille que son père, souvent à l’étranger pour de longues périodes.  Carrie n’a pas d’amis, pas de boulot, pas de but dans la vie. Ce qu’elle aime c’est dormir, son lit, son appartement-refuge, apprendre (et le soda à la cerise). Elle a des valeurs morales et ne conçoit pas vraiment de transiger pour s’adapter aux autres. Pour autant, elle réalise qu’elle ne peut pas vivre seule.  « On ne peut pas avoir de conversation intelligente avec des gens doués de bon sens » : le bon sens n’est en effet pas ce qui la caractérise. Intelligente, elle l’est sans aucun doute, mais elle le paye au prix fort en immaturité affective. Elle ne sait tout simplement pas établir de rapports avec les autres. Une fois par semaine, elle voit un psy (payé par son père, un ami de la famille), qui va tenter de percer sa carapace...

J’ai découvert cette petite pépite chez Juliette (qui en parle vraiment très bien, comme d’habitude), et c’est un vrai chouette roman, à la fois léger et profond, qui possède cette qualité si rare et si appréciée de choper le lecteur pour ne plus le lâcher. L’héroïne est déconcertante (dans le bon sens du terme) et le décalage entre sa maturité intellectuelle et son extrême candeur relationnelle est bien rendu. Une petite lenteur qui stagne aux trois-quart du roman, on se demande si tout ça va aboutir à quelque chose un jour, on regrette l’éternel cliché de la nuit du nouvel-an (et un peu le happy end aussi), mais bon, on veut bien, quand même, parce que c’est bien fait.

On s’amuse, on s’attendrit, on met en garde, et au final on est drôlement enchanté d’avoir rencontré Miss Carrie Constance Pilby (c’est un petit truc qu’elle nous apprend, entre mille autres : si vous en pincez vraiment pour quelqu’un, vous connaissez son deuxième prénom. Ouf, j’ai vérifié, chez nous c’est bon).

"SURDOUEE CHERCHE GENIE JF blanche célibataire, 19 ans, très intelligente, cherche JH non fumeur, non drogué, très très intelligent, 18-25 ans, pour philosopher et parler de la vie. Hypocrites, mystiques et machos s’abstenir."

 

La vie (pas) très cool de Carrie Pilby - Caren Lissner (Carrie Pilby, 2003)

Ed. Harlequin (hééééé oui!), collection Darkiss, 2010, 531 p.

Traduit de l’américain par Gérarldine Bretault