14.02.2010

Les Lieux sombres - Gillian Flynn

 

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Libby Day a aujourd'hui une trentaine d'années, c'est une paumée totale. Elle a survécu au massacre de sa mère et ses soeurs quand elle avait 7 ans, mais n'est pas parvenue à se construire depuis. Persuadée qu'elle est un déchet, acculée par le manque d'argent, elle accepte pour un club très bizarre (genre killer club, des fans de meurtres non élucidés qui se réunissent pour en discuter) de mener des entretiens avec les protagonistes de l'époque encore en vie.

En alternance, des chapitres du jour J, moment par moment, et Libby de nos jours : on avance pas à pas en même temps qu'elle.

Ce roman est un véritable piège qui prend dès les premiers mots. Outre son intrigue impeccable qui nous fait jouer nous aussi au détective, on reçoit des petites lacérations au hasard d'une page, une façon de décrire un gamin ostracisé à l'école, une pensée de Libby "Mais c'était mon habitude : j'avais dans ma tête des conversations frénétiques, hargneuses, je me mettais en colère pour des choses qui ne s'étaient pas encore produites. Pas encore.", des petits morceaux de malheur pur qui viennent vous égratigner, vous rejoindre.

Je n'ai pas une seule réserve, c'est exactement le genre de roman que j'adore, j'ai tout avalé sans mâcher, suspendue aux pages et toute vibrante. Une bonne bousculade !


Ed. Sonatine, 2010, 483 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié

Titre orginal : Dark Places

 

Egalement lu par : Amanda, Pimprenelle, Stéphie, Mamzelle Lily, Emeraude, Biblio, That makes wonder, Madame Charlotte, ...

03.02.2010

Cadres noirs - Pierre Lemaitre

Troisième roman de Pierre Lemaitre (voir Travail soigné et Robe de marié), ce "Cadres noirs" tient toutes les promesses des deux premiers : c'est bien écrit, on veut absolument connaître la suite, on est baladés, surpris, rivés aux pages.

 

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Alain Delambre a 57 ans. Il était DRH, il en est réduit à cumuler les petits boulots pourris pour tenter d'assurer les traites de l'appartement, il ne leur reste pas grand chose à payer, ce serait dommage de le perdre maintenant. En apparence, sa vie est toujours plutôt réussie. Son couple est heureux, ses filles sont autonomes, il arrive à un âge où ne pas travailler peut sembler normal, il pourrait aller bien malgré ses 4 ans de chômage. Mais en réalité il est au bout du rouleau.

Un matin, le petit chef qui le supervise dans un de ses jobs d'appoint lui met un coup de pied au cul. Il réagit violemment et le frappe. Viré, encore une fois, et la boite semble décidée à porter ça en justice, ça va lui coûter cher. Au même moment, sa candidature est retenue pour un vrai poste dans ses cordes. Il devient prêt à absolument tout pour obtenir le poste, même si sa femme n'est pas d'accord. Au départ, il s'agit juste de se prêter à un simulacre de prise d'otage, dans un de ces jeux de rôle dont sont si friands les dirigeants actuels.

Mais monsieur Delambre comprend vite que les dés restent toujours pipés pour les mêmes, et n'entend pas cette fois laisser passer sa chance...

Ce roman m'a collé aux doigts dès les premières pages : C'est retors et très prenant. J'ai trouvé la première partie, "Avant", très réussie, l'écriture m'a plu immédiatement, la mise en place est très fluide. Exemple :

"Depuis quatre ans qu'on se connaît, forcément, je considère mon conseiller du Pôle emploi comme l'un de mes proches. Il m'a dit récemment, avec une sorte d'admiration dans la voix, que j'étais un exemple. Ce qu'il veut dire, c'est que j'ai renoncé à l'idée de trouver du travail, mais que je n'ai pas renoncé à en chercher. Il croit voir là le signe d'un fort caractère. Je ne veux pas le démentir, il a trente-sept ans et il faut qu'il conserve ses illusions le plus longtemps possible. Mais en fait, je suis plutôt soumis à une sorte de réflexe d'espèce. Chercher du travail, c'est comme travailler, comme je n'ai fait que ça toute ma vie, ça s'est incrusté dans mon système neurovégétatif, quelque chose m'y pousse par nécessité, mais sans projet. Je cherche du travail comme les chiens reniflent les réverbères. Sans illusion, mais c'est plus fort que moi."

Les deux parties suivantes "Pendant" et "Après", pour haletantes qu'elles soient, s'éloignent de cette réussite. Pierre Lemaitre a une imagination de folie, et ses analyses comportementales sont passionnantes, mais il est difficile de réellement suivre Alain Delambre, et on ne sait pas trop comment l'interpréter. Est-il un stratège instinctif ou a-t-il de monstrueux et répétés coups de bol ? on le situe plutôt entre les deux, alors parfois la règle du "plus c'est gros et plus ça passe", justement, ça coince un peu. L'épilogue est un poil longuet, et à mon sens décevant.

Mais qu'importe, "Cadres noirs" est un vrai thriller français de très bonne facture.

 

Ed. Calmann-levy, fevrier 2010, 350 p.


L'auteur cite en fin d'ouvrage quelques références : je n'en ai vu aucune. On peut soit penser que je suis une grosse truffe inculte, soit considérer que l'immersion dans le suspens a été totale :)

12.01.2010

Père des mensonges - Brian Evenson

evenson.jpgC'est une histoire de personnalités multiples, donc de psychiatrie, dans le milieu ecclésiastique, et ça se dévore !

Le doyen Fochs, sur demande de son épouse, parce qu'il parle dans son sommeil avec des voix qui ne sont pas la sienne, consulte un psychiatre. Très vite, l'église fait pression sur ce dernier pour accéder à ses dossiers, ce qu'il refuse. Or, un meurtre dont Fochs lui avait parlé comme étant un rêve trouve résonnance dans l'actualité. Le psy cherche à en savoir plus...

Les multiples narrateurs et les échanges de courrier sont glaçants, on avance de plus en plus dans l'horreur. Mais au delà des faits rapportés, qui tous interrogent sur de graves questions (le pouvoir de l'église, le silence imposé, ce qu'elle décide sciemment de "couvrir", la faiblesse d'un homme seul (le psy), l'impuissance des parents, etc.) (et au delà également d'un certain manichéisme, les portraits sont très tranchés), il y a une formidable efficacité dans l'écriture qui nous rive littéralement aux pages. Par suggestion, on fait seul le tri des différentes personnalités, on espère un dénouement apaisant mais on en est pour nos frais.

Tordu et impossible à lâcher.


Ed. Le Cherche Midi, collection Lot 49, janvier 2010, 240 p.

Traduit de l'américain par Héloïse Esquie

Titre original : Father of Lies


Dévoré également par : Amanda,