23.11.2009

Les Visages - Jesse Kellerman

kellerman.jpgEthan Muller est galeriste, il s'occupe d'art contemporain. C'est un rejeton de grande famille, la dynastie des Muller, qui vit, selon ses propres dires, par cycles de cinq années. Il a pas mal cafouillé jusqu'à présent, mais semble avoir atteint une sorte de sérénité entre son travail et sa compagne, bien plus âgée que lui et figure importante du milieu de l'art. Il est en froid avec son père, aussi quand l'homme de main de ce dernier l'appelle pour jeter un oeil sur une oeuvre c'est peu dire qu'il ne déborde pas d'enthousiasme. Pourtant, il est subjugué par des cartons entiers de dessins qui ne ressemblent à rien de ce qu'il a pu déjà voir.

Très vite, il organise une exposition, sans l'artiste, dont on ignore tout, et c'est un succès. C'est alors qu'un ancien flic à la retraite le contacte, il a reconnu dans l'oeuvre géniale le portrait de plusieurs enfants, victimes d'un tueur en série jamais appréhendé. Ethan se lance mollement dans cette enquête, agité par divers sentiments contradictoires. Il ne mesure pas à quel point il va être impliqué...

Un bon roman rythmé par des interludes narrant la saga des Muller. Ethan et le milieu dans lequel il évolue sont peu attirants, il fait d'ailleurs tout, en tant que narrateur, pour agacer le lecteur, en insistant bien sur leurs côtés surfaits. En contrepartie, les interludes sont passionnants, la réflexion menée sur plusieurs sujets de fond est solide, et on se laisse entraîner bien volontiers dans ce jeu du qui est qui.

Au final, c'est une lecture à laquelle on s'intéresse de plus en plus au fil des pages, et dont l'épilogue ne déçoit pas. Pas le grand roman vanté en 4° de couv, mais une composition non formatée qui allie l'intimiste à un vrai sens du suspens.

 

Ed. Sonatine, 2009, 472 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Sebony

Titre original : The Genius

 

Merci Amanda ! Lu également par Emeraude,

 

12.12.2006

LE pavé qui fait plaisir

Jeffrey EugenidesMiddlesex

Editions de l’Olivier, 2003
Points, 2004

On peut passer des heures à lire sur le net ce qui s’est déjà dit sur cet excellent roman, et se perdre complètement quant à savoir qu’en dire soi-même.
En même temps je répugne à entrer dans les détails, ils contribuent grandement au plaisir de lecture, c’est tout un art de faire manger le lecteur dans sa main en l’emmenant des années 20 en Grèce à la fin des années 80 à Détroit. (Paresse ? Sûrement un peu, aussi. Ca a déjà été fait, et super bien fait, tellement de fois).

Très rapidement alors, ceci est l’histoire de Calliope Stéphanides, né(e) avec un cinquième chromosome récessif. Hermaphrodite, voici un truc qu’on connait mal. Mais nous ne nous pencherons sur son cas précis qu’après avoir suivi de près ses grands-parents, puis ses parents, depuis leur adolescence.

Il y a du génie dans la plume de Jeffrey Eugenides. Le sujet ne m’emballait pas des masses, j’ai rechigné plusieurs années avant de me lancer dans ce pavé, et je n’en ai que plus savouré chacun de ses mots. Il est drôle, inventif, lyrique, poétique, léger et grave, amical et proche, pointu et ouvert.

J’ai fait des tas de recherches sur Smyrne, la Turquie et la Grèce, parcouru les rues de Détroit pendant la prohibition, j’ai roulé sur un lac gelé et dévalé des pentes ensoleillées.
J’ai adoré le mauvais anglais de yia yia et ses « poupée mou », j’ai essayé de prononcer le nom de Marius Wyxzewixard Challouehliczilczese Grimes. (désastreux !)
J’ai suivi pas à pas chaque étape de cette fresque foisonnante en aimant chacun de ses personnages, même le père Mike.

Bref, j’ai A-Do-, et j’espère que vous aussi !

 

Traduction (USA) de Marc Cholodenko
678 p.

On croise les avis : Celui de CamilleFrisetteLisa, et Chimère

22.08.2006

Professeur d'amour, un métier pas facile

Jacques JouetL’amour comme on l’apprend à l’Ecole Hôtelière

P.O.L éditeur, Août 2006

L’histoire globale est celle de Georges Roumillat, né en 1930 et devenu hôtelier, après avoir été professeur d’amour à l’école hôtelière. Il y rencontre Mariette, et ensemble ils fondent famille et hôtellerie. Leur aîné Sylvain, né la trique affichée fera sa vie entière honneur à cette particularité, déclenchant divers sentiments autour de lui. C’est une épopée familiale que l’on survole, des années cinquante à l’an 2000, en s’appuyant sur les différents mouvements sociaux.

C’est surtout l’occasion de notes de bas de pages assez phénoménales, l’une par sa longueur (6 pages !), les autres par leur esprit ou jeux de mots. Ah, la lettre de Freud à Lesseps, rien moins qu’admirable (La *vraie* naissance de la psychanalyse !!), ah le « Saint-Antoine des plats doux » ! (et nombre d’autres à peu-près délicieux).

L’auteur répond gentiment en épilogue à quelques questions qu’on se pose effectivement au cours de la lecture, pour ne rien gâcher du plaisir de la découverte je ne dévoile rien, mais le remercie de ces précisions qui donnent un éclairage différent.
Je m’étais plusieurs fois interrogée sur certains changements narratifs, m’étais étonnée d’une tendresse particulière face à un personnage qui personnellement me déplaisait plutôt.

La première partie du roman est consacrée à Georges et Mariette jeunes, et elle m’a enchantée. Elle tombera forcément juste pour quiconque est allé à l’école hôtelière, et j’ai franchement pu rapprocher certains de mes professeurs à des techniques ou propos du jeune Georges (les sketches exagérés, par exemple) : c’est assez jouissif.

La seconde partie, dédiée au prodigue Sylvain par contre, m’a beaucoup plus ennuyée, voire même chiffonnée par endroits. J’attendais avec impatience un retour aux personnages qui avaient plus ma sympathie.

Et puis on est forcément un peu désappointés de voir ce que la vie fait de notre couple d’idéalistes plein de projets hôteliers des plus enthousiasmants.

Ce qui fait que globalement, je ne suis pas complètement emballée, même si je me félicite d’avoir eu ce roman entre les mains, et n’hésite pas à vous le recommander.

Il est copieux, et ne se lit pas en deux coups de cuillère à pot, mais je ne conçois pas qu’on puisse regretter d’avoir accordé tout ce temps à Jacques Jouet, dont le style est éminemment fringant (membre de l’OuLiPo) : merci, l’auteur.

441 p.

(Reçu pour la Rentrée Littéraire FNAC)