02.04.2012
Je viens vous prier de discontinuer vos visites
Honoré de Balzac, La Comédie Humaine, Étude de moeurs, Scènes de la vie privée
27. Autre étude de Femme (1832-1842)
Dernier texte de la partie "Scènes de la vie privée", "Autre étude de femme" rassemble plusieurs nouvelles écrites à des périodes différentes et sans véritable lien entre elle. L'introduction de la Pléiade, signée Nicole Mozet, en souligne les incohérences et nous le signale comme pratiquement illisible, ce que je trouve un peu fort. Pas inoubliable, peut-être, encore que l'histoire de La Grande Bretèche, par exemple, soit de celles qui impressionnent durablement (un mari soupçonneux fait emmurer vivant l'amant de sa femme, et oblige celle-ci à assister à son agonie, sur vingt jours affreux). Mais il est vrai que le portrait rapide de Napoléon, le premier amour d'Henry de Marsais, les morts de Rosina et de la duchesse ou la définition d'une femme comme il faut ne me marqueront guère.
"Sommes-nous donc si réellement diminuées que ces messieurs le pensent ? dit la princesse de Cadignan en adressant aux femmes un sourire à la fois douteur et moqueur. Parce qu'aujourd'hui, sous un régime qui rapetisse toutes choses, vous aimez les petits plats, les petits appartements, les petits tableaux, les petits articles, les petits journaux, les petits livres, est-ce à dire que les femmes seront aussi moins grandes ? Pourquoi le coeur humain changerait-il, parce que vous changez d'habit ? A toutes les époques les passions seront les mêmes. Je sais d'admirables dévouements, de sublimes souffrances auxquelles manque la publicité, la gloire si vous voulez, qui jadis illustrait les fautes de quelques femmes. Mais pour n'avoir pas sauvé un roi de France, on n'est pas moins Agnès Sorel."
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la femme comme il faut, peut donner lieu, peut-être, à la calomnie, jamais à la médisance.
10.02.2012
Sois lisible, disait mon père, ne laisse pas soupçonner que tu cherches à dissimuler par une écriture indéchiffrable une pensée que tu ne maîtriserais pas.
Il est bon Pennac. Il est bon, Pennac. Avec ou sans virgule. De ce "Journal d'un corps" (Editions Gallimard, collection blanche, 2012, 382 pages), je voudrais tout citer, la preuve :
(Cornes basses ou pages sur lesquelles revenir)
Un roman de Daniel Pennac, pour moi, est une petite merveille en soi. C'est un travail d'artisan, une pensée qui a été articulée, polie, ciselée, une recherche non seulement du mot exact mais aussi de sa sonorité, de sa place dans une respiration, une précision qui, si elle ne se sent pas (en terme de labeur), laisse toute sa place à l'immense fantaisie et à la gaieté profonde de cet auteur que j'adore, je crois que ceci est bien établi. Ce roman-ci, précisément, est doté de toutes ces qualités, et plus encore. Sous la forme stricte d'un journal dédié au corps (comme l'indique le titre), c'est une vraie histoire qui nous est racontée, avec ses personnages auxquels on s'attache (ah, Violette...), avec ses pudeurs et ses délicatesses, ses coups de gueule, de bravoure, de rire et ses drames : une vie d'homme, de 12 à 87 ans.
Il y a évidemment beaucoup de malice dans ces pages, et sans doute une certaine volonté - non pas de choquer, mais plutôt peut-être de rétablir dans nos vies qui deviennent par trop virtuelles une place, une vraie place au corps (et Tim Parks ne dit pas autre chose dans son témoignage, d'ailleurs).
Il y a des choses absolument merveilleuses, comme cette entrée à 17 ans :
"Nous nous sommes copieusement engueulés, hier soir, Etienne et moi, à propos de Voltaire et Rousseau, lui dans le rôle du ricaneur, moi en défenseur de Jean-Jacques. Ce que je retiendrai de cette dispute, ce ne sont pas nos arguments (à vrai dire nous n'avons guère les moyens d'argumenter), c'est ce réflexe d'Etienne, qui a saisi la longue règle du tableau pour en enfoncer un bout dans mon estomac et l'autre dans le sien. Chaque fois que l'un de nous deux, poussé par la force de sa conviction, marchait vers l'autre, la règle s'enfonçait dans nos deux abdomens. Douloureux ! Si nous reculions, la règle tombait. Fin de la discussion. Voilà ce qu'on appelle tenir des propos mesurés. Système à breveter."
Ces pages à 24-25 ans sur le sexe, les filles, et cette réflexion à partir de Simone, qui se termine par une phrase aérienne et sublime :
" Pauline R., à qui Fanche demandait pourquoi elle n'aimait que les très gros hommes, avait répondu, l'oeil et la voix chavirés : Ah ! C'est comme faire l'amour avec un nuage !"
Ces réflexions récurrentes sur le vertige (dont le narrateur souffre) : "En revanche, mes testicules se sont à nouveau étranglées quand je l'ai vue s'approcher du bord de la falaise. J'ai eu le vertige à sa place. Couilles empathiques ?"
Cette définition de l'angoisse, si juste : "Ce n'est la faute de personne - ou c'est celle de toute le monde ce qui revient au même. Je trépigne en moi-même, accusant la terre entière de n'être que moi. L'angoisse est un mal ontologique. Qu'est-ce que tu as ? Rien ! Tout ! Je suis seul comme l'homme !"
Ces mots si chouettes sur la pratique de la marche : "Les poumons ventilés, le cerveau accueillant, le rythme de la marche entraînant celui des mots, qui se rassemblent en petites phrases contentes."
Cette entrée du Mardi 12 octobre 1976, à 53 ans et 2 jours, après la narration d'une anecdote, comment dire... médisante ? (mais drôle). : "Ce que j'ai noté hier n'a pas sa place dans ce journal. Ca fait du bien !"
Cet amour si puissant et si joli pour ses petits-enfants :
(64 ans) "Trouvé dans l'Histoire naturelle de Pline cette particularité des blaireaux qui, dans la bataille, retiendraient leur respiration pour ne pas sentir les blessures que leur adversaire leur inflige. Cela m'a rappelé cet exercice de mon enfance qui consistait à retenir mon souffle en traversant les orties pour qu'elles ne me piquent pas. C'était Robert qui m'avait montré le truc. Je raconte ça à Grégoire. Tout ce qu'il trouve à répondre : "C'est ton côté blaireau, grand-père.""
(68 ans) Fanny, 11 ans :"Grand-père, j'aime quand je m'ennuie avec toi."
Les blagues de Tijo : "Quatre vieux amis se rencontrent. Le premier dit aux trois autres : Quand je pète, ça fait un bruit terrible et ça répand une odeur épouvantable. Le deuxième : Moi, un bruit terrible mais pas d'odeur du tout. Le troisième : Moi, pas le moindre bruit mais une odeur, une odeur, alors là mes enfants, une de ces odeurs ! Et le quatrième : Moi ni bruit ni odeur. Après un long silence et des regards en coin, un des trois autres lui demande : Alors, pourquoi tu pètes ?"
Et enfin (mais ne croyez pas que j'aie ainsi révélé tout le sel du roman, tout est bon, tout serait à citer), ceci, avec quoi je suis tellement, mais tellement d'accord :
(75 ans) "Quelques jours avant la mort de Tijo, j'ai téléphone à J.C., son "meilleur ami". (Sur le plan de l'amitié Tijo fonctionnait avec des catégories juvéniles.) Le meilleur ami m'a répondu qu'il n'irait pas voir Tijo à l'hôpital; il préférait garder de lui l'image de sa "vitalité indestructible". Délicatesse immonde, qui vous abandonne tout un chacun à son agonie. Je hais les amis en esprit. Je n'aime que les amis de chair et d'os."
07.12.2010
Top Ten Tuesday (Fictional Crushes)
Sur The Broke and the Bookish, c’était le 19 octobre dernier, mais pour certaines, c’est aujourd’hui : bovarysons sans complexes (Stéphanie joue aussi, et Caro prend le thème officiel). Personne ne m’en voudra de m’attacher en ce glorieux mardi aux personnages de séries télés, celles-ci faisant partie intégrante de ma vie fictionnelle. Les preux gentlemen que je m’apprête à citer ne sont pas les plus beaux ni les plus forts, parfois pas même des figures importantes de l’oeuvre dans laquelle ils apparaissent. Pourtant tous, à différents degrés, ont été des vrais béguins !
Top Ten Fictional Crushes

1. Cal Lightman (Lie to me)
Il déboule en chaloupant, se vautre dans un fauteuil, tout de guingois, transperce son interlocuteur de ses yeux égarés, puis se met à débiter trois mille questions en violant tout espace vital et en ne lâchant rien : cet homme est totalement inadapté et suprêmement inquiétant. Le plus grand spécialiste du mensonge au monde m’hypnotise à chaque épisode et aucune importance si les intrigues ont été conçues par des scénaristes en CM2. On est dans un univers de grand prédateur, les plus dangereux, ceux qui ne payent pas de mine; plaise au ciel qu’il ne s’assagisse jamais.
2. Gene Hunt (Ashes to Ashes)
Il appelle la nouvelle parachutée d’un nom de Champagne (Bols ou Bolly pour Bollinger), il croit en ce qu’il fait et ses méthodes peu conventionnelles ont un sens et un but : non, Gene n’est pas un gros lourd misogyne et bas du front, ooooh non. Sous ses airs bourrus se cache un chevalier, qui n’a pas peur de s’offrir sans minauder le moment venu (haine sur tous les scénaristes pour l’avant-dernier épisode de la saison 3, frustration is leur middle-name).
3. Eli Gold (The Good Wife)
Chargé de redorer l’image politique de l’ex-procureur-à-qui-on-fait-des-misères, Mister Gold est supposé être un méchant plein de magouilles, mais dans les faits il subit plutôt avec toujours un temps de retard. Pourtant, on sent une certaine stature qui ne demande qu’à s’épanouir, du sang et des coups fourrés, bon sang, faites-le exister un peu, ce bad guy en costume impeccable !
4. Jess Mariano (Gilmore Girls)
Jess est un bad guy, mais version flûte-et-zut-oh-mince-alors. Rebelle et paumé, c’est dans la lecture qu’il va trouver le salut (et un petit peu dans l’estime de Rory, c’est bien connu, les vilains s’exaltent dans la perdition des jeunes filles de bonne tenue mais c’est comme un sport, pour eux, voyez ? Du genre hobby et ça ne veut rien dire. Bon, il s’avère que Jess a vraiment des sentiments pour Rory, ce qui au final l’honore. Mais ne lui portera pas chance. Car à Stars Hollow, tout le monde est bien propre et gentil et on n’aime pas trop trop ceux qui dépassent...)
5. Spike ou William the Bloody (Buffy & Angel)
Il fut un temps où Spike était chartbé. Féroce, cruel, fort drôle aussi. Une petite blondinette apparut, et tout changea. Ce vampire a gagné son âme, Messieurs-Dames, au prix d’invraisemblables souffrances. Il a sauvé le monde et l’autre elle l’aime même pas ! She’s got stupid hair, anyway. Tsss.
6. Castiel (Supernatural)
Castiel est un ange d’un genre plutôt renfrogné et décalé, mais j’ai lâché en cours de 4° ou 5° saison la série où il se débattait dans un conflit énorme avec les forces du mal, filant un coup de main aux frères Winchester. Son inexpressivité était pourtant intéressante, couplée à l’intelligence musculaire de Sam.

7. Jack Harckness (Torchwood)
Ce qui est bien, avec le capitaine Jack, c’est qu’il ne fait aucune discrimination. De la plante verte à l’allien le plus repoussant, hommes, femmes, meubles, tout est à séduire et il répand ses charmes avec une générosité qui l’honore. Encourageons la gentillesse, cette valeur se perd.
8. Ripley Holden (Blackpool)
Ripley joue les fanfarons avec un art inégalé. Ce chef de famille n’a de pourri que les apparences (par ailleurs extrêmement séduisantes), et il vole la vedette à la pourtant mégastar écossaise tueuse de Daleks par la superbe humanité dont il est nimbé. Je te l’offrirais bien, moi, ton casino de luxe, Mister Holden.
9. Sherlock Holmes (Sherlock)
Un homme qui pense plus vite que la lumière ne peut que figurer dans mon Top Ten. Ses inquiétants yeux de chat enregistrent le moindre détail en un éclair, le relient à des données que le commun du mortel n’a même jamais envisagé de considérer, et il énonce en un débit précipité mais néanmoins parfait l’âge du disque dur, son classement wikio et le nom du futur roi d’Angleterre. Bénis soient Steven Moffat et Mark Gattis pour cette version contemporaine qui gère, ouèch, savaouB1, TKT.
10. Gregory House (Dr House)
C’est difficile de ne pas le citer, pourtant il faut bien le dire, Greg m’a déçue. Ce génial diagnosticien s’est perdu dans des intrigues répétitives à souhait, des hallucinations et des histoires de drogue, tout en malmenant son seul pote Wilson et en couchant avec sa patronne. Je ne le suis plus que d’un oeil occasionnel et je crois que le crush a vécu : so long, Doctor.
La semaine prochaine, nous ne suivrons pas non plus le thème imposé (Top Ten Books I'm Anticipating For 2011.), mais repêcherons celui du 2 novembre dernier : Books That Made You Cry.
Publié dans Tops divers | Lien permanent | Commentaires (31) | Tags : top ten tuesday, un jour, peut-être, mes fictional crushes littéraires, mais là, j’avais envie comme ça
30.11.2010
Top Ten Tuesday (Personnages dont j’aimerais être la meilleure amie)
Comme Karine et Fashion, je me suis laissée tenter par ce petit exercice proposé depuis quelques temps par The Broke and the Bookish, établir une liste de dix selon les directives données.

Cette semaine, Top Ten Characters I'd Like to Be Best Friends with.
1. Bruno Sachs (La maladie de Sachs)
Parce qu’il saurait m’apaiser juste en étant là, qu’avec lui l’humanité n’est plus qu’un titre de journal, parce que souvent j’ai besoin qu’on me réapprenne à aimer les gens.
2. Madame Garth (Middlemarch)
Parce qu’elle m’apprendrait enfin l’art d’être une bonne ménagère, avec patience et bienveillance.
3. Sam Weller (Les papiers posthumes du PickWick Club)
Parce qu’il est l’un des premiers à être sorti de la plume de Charles Dickens, parce que rien ne l’abat jamais, qu’il est loyal et fidèle, et tellement drôle qu’il a donné son nom à une délicieuse manie, le wellerisme.
4. Courtney Stone (Confessions of a Jane Austen Addict)
Parce que si elle a trouvé moyen de slider dans un univers parallèle, il faut qu’on en parle (et qu’éventuellement on s’apprenne à glisser directement dans une adaptation de Jane Austen, tant qu’à faire, scientifiquement parlant, évidemment, il y a matière à investiguer.)
5. Désirée (Le mec de la tombe d’à côté)
Fi des papillons dans le bidon, Désirée, elle, parle clairement de ses ovaires qui s’agitent comme des fous, et moi, les crushes hormonaux je comprends so well.
6. Skeeter (La couleur des sentiments)
Parce que tout en elle me touche et qu’on fumerait plein de cigarettes en discourant sur tout ce qui nous énerve, nous et rien que nous.
7. Leo (Quand souffle le vent du nord)
Parce que bon, sans déconner, elle est bien gentille Emmi et tout je dis pas, mais déjà à la base pour s’emmêler dans les adresses mail à ce point, hein. Envoie-moi à moi des tonnes de mails aussi chouettes, Leo, et ne t’inquiète pas, je suis mariée, c’est en tout bien tout meilleur ami. I swear.
8. Philomena (Nage libre)
Parce qu’elle est la seule gente dame dont je sois tombée foudroyée d’amour aux premiers mots.
9. Sibylla (Le dernier Samouraï)
Parce que j’aime les branques, my bad, surtout quand elles sont intelligentes et cultivées.
10. Matt Scudder (série de Lawrence Block)
Parce que New-York n’existe que par lui, que je le connais intimement à travers ses aventures et que j’aime tout chez lui.