29.06.2009

De l'importance de la traduction

Dans une librairie, j'ai déniché en sautant de joie "Les conteurs à la ronde" de Charles Dickens, aux éditions de l'Aube (2008). En lisant le premier conte, "L'Histoire du parent pauvre", je me suis aperçue très vite que j'étais incapable de le lire dans la traduction d'Amédée Pichot que je trouve, soyons brutale, abominable.

Il s'avère que j'ai déjà lu ce conte dans le volume de la pléiade qui contient "La Maison d'âpre-vent", et la traduction, signée Sylvère Monod, n'a aucune commune mesure. Jugez-en sur pièce, même paragraphe :

 

Amédée Pichot : "[...] telle est l'impression générale relativement à moi, dit le parent pauvre en élevant un peu plus la parole, après avoir toussé pour s'éclaircir la voix. - Eh bien, cette impression n'est pas exacte, et c'est afin de vous la démontrer que je vais vous raconter ma véritable histoire et les habitudes de ma vie qu'on croit connaître et qu'on ne connaît pas. Ainsi d'abord, on suppose que je demeure dans une chambre à Clapham Road. Comparativement parlant, j'y suis très rarement. La plupart du temps je réside, - j'éprouve quelque pudeur à prononcer le mot, tant ce mot semble prétentieux... je réside dans un château."

Sylvère Monod : "Telle est (dit le parent pauvre en s'éclaircissant la voix et en se mettant à parler un peu plus fort), telle est l'impression générale que je donne. Or il est un fait étonnant qui constitue l'objet et le fond de mon récit : cette impression est complètement fausse. Telle n'est pas ma vie; telles ne sont point mes habitudes. Je n'habite même pas à Clapham Road. J'y passe relativement très peu de temps. Je réside principalement dans un... j'ai presque honte de prononcer le mot, tant il a l'air prétentieux... dans un château."

Texte original : "Such (said the poor relation, clearing his throat and beginning to speak a little louder) is the general impression about me. Now, it is a remarkable circumstance which forms the aim and purpose of my story, that this is all wrong. This is not my life, and these are not my habits. I do not even live in the Clapham Road. Comparatively speaking, I am very seldom there. I reside, mostly, in a—I am almost ashamed to say the word, it sounds so full of pretension—in a Castle." 

Je trouve merveilleux que les éditions de l'Aube aient décidé de rééditer Dickens (chez eux également "Cantique de Noël" et "Le Grillon du Foyer", dans la collection "Regards Croisés"), mais pas dans une traduction littérale sans musicalité. Quelqu'un qui découvrirait Dickens par ce biais en aurait une image tout à fait tronquée...