16.07.2009

La bouffe est chouette à Fatchakulla - Ned Crabb

"Vous savez ce que je me dis ? Je me dis qu'on a plus de suspects qu'il nous en faudrait."

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Fatchakulla city : ses péquenots, son alcoolisme, ses chats et sa douceur de vivre. Un petit bled américain fantasmé, rempli de bas du front attachants et bourrus. Soudainement, des figures locales sont assassinées, d'une façon bien particulière. Willie le Siffleur, le croque-mitaine local se serait-il brusquement incarné ? Ce qui est sûr c'est que tout le monde commence à avoir sérieusement peur. Y compris Linwood Spivey, qui fait office de Miss Marple, dans un genre tout à fait personnel...

Un polar très réussi qui mélange avec bonheur un humour dévastateur à une vraie science de la terreur : certains passages sont prenants et flippants comme tout, bien que l'on se sache dans la farce.

Quel dommage que ce roman soit annoncé (mais au conditionnel ?) comme le seul et unique de cet auteur. J'aurais très volontiers suivi d'autres enquêtes de ce pittoresque Linwood...

 

Ed. Gallimard, 1980 & 1995 & Folio Policiers 2008, 266 p.

Traduit de l'américain par Sophie Mayoux

Titre original : Ralph or what's eating the folks in Fatchakulla county

 

Sahkti manque un peu d'enthousiasme à mon goût, Ekwerkwe aussi mais son billet est sympa, tandis que Cely l'a fini tout sourire (comme moi), et Claude Mesplède lui-même le qualifie de perle réjouissante de la Série Noire.

 

10.11.2008

Les ombres silencieuses - Mari Jungstedt

jungstedt.GIFCe deuxième volume de la série policière écrite par Mari Jungstedt fait immédiatement suite à Celui qu'on ne voit pas (Plon, 2007), qu'il est préférable d'avoir lu au préalable.

Cependant, ne pas l'avoir fait ne gêne pas la compréhension de cette enquête-ci (sauf que c'est toujours agaçant de ne pas pouvoir "suivre" la progression des caractères).

Nous sommes dans une petite ville suédoise assez idyllique, un peu isolée, un ancien photographe alcoolique se fait abattre à coups de marteau juste après avoir gagné une grosse somme aux courses hippiques. Alors que la police (et notamment le commissaire Knutas) se concentre sur cette enquête, nous suivons en parallèle les amours adultérines (et problématiques) d'un journaliste de Stockholm et d'une mère de famille, et la pauvre petite vie de Fanny, 14 ans, livrée à elle-même malgré la présence encombrante d'une mère elle aussi alcoolique.

Les chapitres sont courts, le rythme est soutenu, pendant longtemps cette façon de cloisonner chaque personnage est assez déconcertante. Mais le lien finit par se faire, et on termine en imbriquant les indices les uns dans les autres, pour voir s'allumer l'ampoule un tout petit peu avant la révélation, ouf, l'honneur est sauf.

On retrouve ici cette ambiance nordique qui est tellement plaisante, une liberté d'esprit assortie à une franchise bon-enfant qui contribue grandement à nous plonger dans l'intrigue.

Lu d'une traite en ce qui me concerne, avec l'impression de venir de commencer, excellent signe en général ;o)

 

Ed. Plon, Novembre 2008, 296 p., 21,90 €

Traduit du suédois par Maximilien Stadler et Lucile Clauss

Titre original : I denna stilla natt

 

12.08.2008

Flashs et trous noirs

tapply.jpgWilliam G. Tapply - Dérive sanglante


Le tome où l'on fait connaissance avec Stoney Calhoun, homme mystérieux s'il en est. Il a passé de longs mois à l'hôpital, n'a plus aucun souvenir de qui il était. On lui a dit qu'il n'avait aucune famille, que physiquement tout était redevenu fonctionnel. Il aurait été foudroyé en montagne, et son compagnon lui aurait sauvé la vie en pratiquant sur place massage cardiaque & co. Mais de ce sauveur, aucune trace. Une forte somme d'argent arrive par magie chaque mois sur son compte bancaire, et un homme en costume gris passe régulièrement voir l'avancement du retour de sa mémoire... Calhoun s'installe dans le Maine, bosse dans une petite boutique de pêche et fait le guide. Cette vie apaisante semble pas mal lui convenir, s'il n'y avait pas ces rêves étranges et ces visions. L'assassinat de son nouveau meilleur ami va faire ressortir d'anciens réflexes et capacités dont il n'avait nulle idée...

Un roman qui se dévore et dans lequel on entend chanter les oiseaux, glouglouter les truites et soupirer les chiens. Au final il nous démontre encore la laideur de la nature humaine, mais on est fermement harponné et on brûle d'en savoir plus sur ce personnage intrigant. Une fois commencé, impossible de le lâcher, comme de ne pas commander la suite, Casco Bay, sortie au mois de Juin. Un peu comme chez Indridason, mais en (beaucoup) moins froid...

Ed. Gallmeister, collection Noire, 2007, 268 p., 22,90 €
Trad. (USA) par Camille Fort-Cantoni
Titre original : Bitch Creek

Elles ont aimé aussi  : Amanda, Marie, Laure, Patricia

25.05.2008

N'abordez jamais un écrivain qui fait ses courses

Donald Westlake - Le contrat

D'un côté, un romancier à succès qui traverse une panne : il est train de divorcer à grand fracas et ça lui pourrit la vie. Il n'a rien en chantier, or il est déjà très en retard pour livrer un nouveau roman à son éditeur. De l'autre, un romancier qui ne vend plus, malgré la publication sous pseudonyme (secret). Les deux sont de bons auteurs, ils se sont connus plus jeunes. Tombant par hasard l'un sur l'autre, ils vont se mettre d'accord sur un contrat profitant à chacune des parties. Mais quels sont les termes exacts du contrat ?!...

C'est tout ce que je choisis de dire à propos de ce roman. Comme bien souvent, si par bonheur, à mon exemple, vous n'avez pas encore lu ce petit diamant brut de noirceur ne lisez absolument rien d'autre à son sujet : précipitez-vous en librairie, prenez votre après-midi et ne bougez plus du fauteuil : ça ne souffre aucune interruption !

Vous verrez comment un lecteur peut avoir le souffle coupé par un changement de rythme miraculeux (p. 95, 7° ligne, je ne m'en remets pas !), constaterez, admiratifs (et bouillonnants d'envie de les lire) que Westlake insère ses autres titres, ou morceaux d'intrigue, au récit, que l'édition est devenue une jungle avant tout commerciale, et ne pourrez lâcher le tout avant le dernier mot, redouté mais malgré tout surprenant (plus dans sa narration qu'intrinsèquement, je vous l'accorde).

En fait, on nous fait sans cesse espérer une amélioration, un retour à la normale, c'est tangible, tout autant que la lente spirale vers le fond. L'un s'empare de l'autre, en quelque sorte, et au moment où l'antipathie change de camp, pan.

Très fort.

Merci encore, Amanda !


Ed. Payot & Rivages, 2000 et 2003 pour l'édition poche, 316 p., 8,40 €
Trad. (USA) par Daniel Lemoine
Titre original : The Hook

10.04.2008

Je me disais qu'à moi tout seul, j'allais m'inquiéter pour deux

Ken BRUEN
Le martyre des Magdalènes, Une enquête de Jack Taylor




C'est le troisième opus de la série des Jack Taylor, et c'est regrettable que j'aie commencé par celui-ci parce qu'il me manque des pans de l'histoire intime de Mister Jack, mais en même temps ça n'a aucune espèce d'importance : en dix pages, j'étais foutue, accro, irrémédiablement tombée en amour, coup de foudre, paillettes, petites étoiles et sonneries divines.
Pourquoi donc ?
Parce que Ken Bruen est foudroyant de talent. Parce que sa plume est incroyablement irlandaise, mêlant avec bonheur ces milles et une choses qu'il me serait tout à fait impossible de détailler, cette façon de mêler cynisme et naïveté la plus pure, ce désespoir sautillant, ces litres de bière, ces changements de narration abrupts et cet humour si particulier, ah traiter de l'âme irlandaise, je ne m'y risquerai pas.

La trame, sinon, oui, la trame, donc, c'est une espèce de double enquête que doit mener Jack, sommé de rechercher une ancienne religieuse qui officiait dans les blanchisseries Magadalène, et de prouver qu'une riche veuve ne l'est pas devenue innocemment.
Le hic c'est que Jack toque.
Oui, d'accord, ceci ne veut rien dire, mais il faut se faire plaisir dans la vie aussi.
Le problème de Jack c'est qu'il les a tous, les problèmes : drogue, alcool, tabac, médicaments, dépression sévère et solitude extrême : ça va mal, mal, mal.
Dans une sorte de brouillard médicamenteux arrosé de Jameson, il va pourtant démêler les fils de ces deux enquêtes. Tout en gardant sa morale très personnelle...

Jack Taylor est un lecteur insatiable, qui donne une foule d'envies lectures, en nous parlant longuement et souvent de ses auteurs fétiches (ainsi "mon" Matt Scudder de l'excellent Lawrence Block, par exemple). J'y ai aussi trouvé de quoi me faire penser à Gregory House, donc Hugh Laurie, mon engouement du moment, avec une apologie (très anti politiquement correcte) de la Vicodin.

"Mais ce qui était sûr, c'est que le karma était mauvais.
Par les temps qui couraient, maintenant que ma dépression était chimiquement enrayée, les souvenirs déferlaient sur moi. J'oscillais du doux-amer au supplice de la croix. Est-ce que les livres préservaient ma santé mentale ? Putain, c'est rien de le dire.
Quel que soit le jour, j'avais un volume dans ma poche, je lisais, lisais, lisais.
Comme si j'y croyais vraiment.
Et la plupart du temps, oui."


"Elle eut un sourire de vaincue pour s'excuser :
- Je ne conduis pas très bien.
- Ne vous inquiétez pas pour ça.
Je me disais qu'à moi tout seul, j'allais m'inquiéter pour deux."


Ed. Gallimard, Série Noire, Oct 2006, 18,90 €
Trad. de l'anglais (Irlande) par Pierre Bondil
333 p.


Pour lire les enquêtes de Jack Taylor dans l'ordre (ce qui est toujours préférable, même si jamais indispensable !!) :
1. Delirium Tremens
(Mai 2006 en Folio)
2. Toxic Blues
(Mai 2007 en Folio)
3. Le martyre des Magdalènes
4. Le dramaturge
(Oct 2007)

 

Les avis de : Yvon et Ys,

08.05.2007

Mon Blockinou !!

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Lawrence BlockLes fleurs meurent aussi

Seuil, 2006
Points, 2007

 

Où l’on retrouve Matt Scudder, presque en retraite, rien n’a changé, mais rien n’est plus exactement pareil. Il a vieilli, se traine un peu, manque de réflexes, ne pulse plus aussi bien et pour tout dire, ne nous surprend en rien dans ce dernier opus. Pas vraiment remis du 11 Septembre, toujours fidèle aux réunions des AA, il se retourne souvent sur tous ceux qui l’ont accompagné des années durant et qui ne sont plus là. A ce propos, c’est une de nos vieilles connaissances qui va lui faire des misères. Elaine et TJ manquent eux-aussi de peps, pas une seule vanne de notre jeune ami, présent d’accord, mais fantomatique, particulièrement transparent.

Et pourtant, on retrouve ses marques, on a l’impression de renouer avec un vieil ami, ce monde-là, on le reconnait, dès les premiers mots on se réchauffe le cœur, aucune importance si l’intrigue n’est pas retorse. Le sale type de l’histoire, quand même, dans ses parties en italique, m’a donné la nausée, avec force descriptions : sale tordu.

Allez, Matt, tu t’en es sorti encore une fois, des plumes en moins, mais tu ne lâches pas, hein…

 

Traduction (USA) d’Etienne Menanteau
393 p.

 

En parlent aussi : Thierry Godefroid et Tamara

 

19.08.2006

Alakazammi, c'est le grand rififi !

Christopher Brookmyre

Photo agence Opale, B. Cannarsa

Je partage le coup de cœur de Chimère !


Caractéristiques : Polars écossais (un baptême en ce qui me concerne), politiquement incorrects, qui prennent le temps d’installer leur intrigue, avec un C, voire un D,  qui n'arrivent vers la 100° page, sachant que A et B n’ont rien à voir, et que A est souvent choquant.

 

Petite bombe noire

Editions de l’Aube, 2003

 

Au début, on se demande bien où on va : beaucoup de personnages que l’on suit momentanément, dans différentes pistes, on a un peu de mal à raccorder le tout. Mais le fil conducteur devient peu à peu apparent, et on est séquestré dans une intrigue haletante. Pourtant, de longues pauses s’intercalent, reprenant le passé des protagonistes, resserrant les mailles d’un filet qui a un petit goût de destin…

Un prof d’anglais qui a grande peine à s’imposer à ses élèves, deux d’entre eux parmi les plus rebelles qui vont être bien punis de leur curiosité, un terroriste sans états d’âmes et une petite inspectrice hargneuse et obstinée, voici nos compagnons de route pour ces 500 pages vibrionnantes (mot de Libération, j’adore !)

Pour autant, l’inspectrice de Xavia, si elle apparait bien dans ce premier opus des aventures qui lui sont consacrées, est loin d’en être l’héroïne principale. C’est la plume de Christopher Brookmyre qui prend toute la place, infiltrant sa vision d’un noir absolu de la société, plaçant de petites bombes caustiques, distillant des amitiés, de l’amour, des références musicales, cinématographiques, un peu de grossièretés, et surtout un grand pouvoir narratif.

Prévoyez une nuit très courte suivie d’une journée sans aucune autre activité que la lecture, ou ne commencez pas ce roman !

Traduction (Ecosse) d’Emmanuelle Hardy-Seguin
535 p.

 

Petit bréviaire du braqueur

Editions de l’Aube, 2004

 

Mais quel brio, quel humour, quelle classe a Christopher Brookmyre !

Cet opus traite de prestidigitation, et fort logiquement, sa construction s’en inspire. Je ne peux donc – à mon grand regret – pas disserter des changements dans la narration, pas dire tout ce à quoi les différentes parties m’ont fait penser, rien révéler, non, n’insistez pas.

Bon d’accord.

Ne partez pas, j’ai dit oui.

Allez, quoi, écoutez-moi un peu !

Oh et puis non.

A moins de lire (ce que je vous conseille fortement), Petit bréviaire du braqueur, vous ne saurez rien du sept de carreau, d’En attendant Godot, des yeux bleus comme des lacs, de braquages insensés ou de règlements de comptes mafieux, tant pis.

Peut-être que si vous avez lu Le prestige de Christopher Priest vous avez une petite idée de ce qu’on peut trouver ici.

Mais peut-être pas.

En tout cas si vous aimez vous faire des nœuds au cerveau, jetez-vous dessus, vous allez pouvoir augurer, conjecturer, présupposer, soupçonner, mais en vain : l’issue est magique.

Ah, une dernière chose, Angélique de Xavia part pour Paris dans le troisième opus, par conséquent Zal est à moi, que les choses soient bien claires.


Traduction (Ecosse) d’Emmanuelle Hardy-Seguin
459 p.

L'avis de Cathulu

06.07.2006

Matt Scudder, des plumes perd...

Lawrence Block

 

Même les scélérats

Seuil, 1997

Un éditorialiste du Daily News, journal à sensation, a titillé par ses articles un tueur en série : Will, qui s’est autoproclamé La Voix du Peuple, lui envoie des lettres ouvertes dans lesquelles il annonce ses prochaines victimes, toutes des personnalités dont la disparition, selon lui, assainira la société. Lorsque Adrian Whitfield, grand avocat New Yorkais, est désigné comme future proie, il demande un coup de main à Scudder

Tous les indices sont là très rapidement pour nous désigner le coupable, et quand vers la page 200 on en a la confirmation, on se sent un peu floué : c’était trop simple. On enchaîne alors avec une intrigue parallèle, qui elle est trop technique. Je me suis un peu perdue dans les méandres des investissements financiers.

Heureusement la personnalité de Matt aussi est toujours là pour faire passer bien des choses, et l’épilogue nous montre une nouvelle facette du bourru : la générosité.

Traduction (USA) de Robert Pépin
335 p.

 

Ils y passeront tous

Seuil, 1999

1997, tout soudainement Mick Ballou et Matt Scudder deviennent la cible de tueurs inconnus : Agressions, bombe, et assassinats divers dans leur entourage, aucun doute, on cherche à leur passer un message, et ce dernier est très clair : Vous y passerez tous.

Avant de chercher à comprendre qui est derrière tout ça, pourquoi et qui les renseigne, nos deux amis envisagent de partir se mettre à l’abri. Juste une seconde, en fait, avant de commencer à fureter…

Un opus où on panique un peu quand les personnages emblématiques des aventures de Scudder commencent à tomber comme des mouches : Oh non pas lui ! Attention à l’autre ! Comme les « importants » ne sont plus hors d’atteinte, on se met à sérieusement craindre le pire et du coup on lit chaque page avec précaution, sur la pointe des pieds.

Autant vous dire qu’on est assez malmené dans les rues de New-York par les temps qui courent. Finalement comme dans la vie (enfin presque…).

Traduction (USA) de Robert Pépin
388 p.

 

Trompe la mort

Seuil, 2002

Tout se renouvelle ici, la construction et le genre, qui penche plus vers le thriller que vers le polar classique. Néanmoins Matt reste Matt, et faut pas l'énerver.

63 ans, notre ami, et toujours réfractaire à l’informatique. 18 ans qu’il n’a pas touché une goutte d’alcool, qu’il se rend fidèlement deux à trois par semaine aux réunions des AA. Mais son passé le rattrape avec la mort de sa première femme, l’occasion pour lui de voir ses fils. Il croyait avoir réglé ses problèmes de conscience, constate que le temps pose juste un voile, sans rien effacer.

Alors pour secouer un peu ce bourdon qui ne veut pas dire son nom, il se lance tout seul dans une enquête, bouclée par la police, dont il trouve la solution trop commode pour être honnête.

Et en effet, il semblerait que l’assassin court toujours. Il joue au petit malin, sans en avoir complètement la carrure cependant, et son goût pour Internet pourrait bien le perdre. Mais qui est-il, que cherche-t-il ?...

Un dénouement qui nous donne l’eau à la bouche, on veut la suite, vite, vite !

Traduction (USA) d’Etienne Menanteau
424 p.

19.06.2006

Block un jour, Block toujours !

 

Lawrence Block

Editions du Seuil
Traductions de Robert Pépin

 

La balade entre les tombes

(1994)

Un an et demi après le sale épisode des snuffmovies, Scudder est engagé par un trafiquant de drogues; sa femme a été enlevée, et rendue contre rançon, mais découpée en morceaux. Alors même s’il n’a pas une grande passion pour les dealers, ce dernier point rend Matt certain qu’il a là affaire à des tueurs en série. Il plante ses crocs dans l’histoire, et comme d’habitude, ne lâchera pas avant d’avoir posé un point final…

En parallèle, TJ qui prend de l’importance, Mick en séjour en Irlande (« C’est un chouette pays, l’Irlande, mais je vois pas qui pourrait avoir envie d’y vivre. »), et Elaine, notre belle Elaine, qui…Ah il faut le lire vous-mêmes !

Sans oublier toujours le côté social, les States toujours en avance d’un métro sur la France (débat sur la légalisation des drogues douces, par exemple, en 1992…)

408 p.

 

Le diable t’attend

(1995)

Commençons tout de suite par ce qui m’a gonflé, coup sur coup dès les premières pages :
urban legend traduit par, tenez-vous, « folklore citadin ». Héé si.
« Notre chambre comportait un lit à baldaquin, une table de toilette et un sceau hygiénique »
En cire ?
Pfff.
Mais je reviens à mes légendes urbaines. C’est quand même Robert Pépin, le traducteur. Pas le premier venu, directeur de collection, tout ça, alors si ça se trouve il a voulu faire de l’humour. Va savoir. Un truc pour initiés, genre second degré d’intello, chais pas.
C’est le genre de petit détail qui me turlupine des jours, ce truc.
Je me fatigue moi-même.

Ceci dit tout le brio de Monsieur Pépin ne lui aura pas épargné THE boulette, le truc que décidemment, je ne peux lui pardonner.

Non, Monsieur Pépin, l’acronyme célèbre dans la police n’est absolument pas BOTONCUVAFAP pour Bouge Ton Cul et Va Frapper Aux Portes, non.

Rosine Fitzgerald l’a beaucoup mieux rendu en 1985, par AGOPAPAP pour Assez Glandé On Passe Au Porte A Porte.

Alors bon, déjà qu’il faut se retaper tout l’historique des personnages à chaque nouvelle enquête, si en plus la traduc ne tient pas compte des précédents opus…

Je milite fermement pour Rosine Fitzgerald seule traductrice officielle de Lawrence Block, messieurs de chez Seuil.

Sinon cet opus est bon, comme toujours, un sdf est accusé d’avoir tiré 4 balles à bout portant sur un avocat dans la rue. Lui-même n’ayant pas les idées très claires, son frère embauche Matt pour voir si c’est avéré, ou pas. Jan ressurgit, mais subrepticement, car…

Suite dans le roman !

370 p.

 

Tous les hommes morts

(1996)

De tout temps, les hommes ont aimé les confréries, les réunions d’initiés avec rites immuables. Ce club-ci remonterait parait-il au roi Salomon, et sa seule obligation tient en un dîner annuel. Au départ 31, ses membres se voient rétrécir comme peau de chagrin. Alors malchance particulièrement centralisée ou autre explication ? Scudder va accepter de se pencher sur la question, qui va l’emmener pour une fois dans un New-York un peu plus huppé.

D’ailleurs il se fait un peu pépère, notre Matt. Il a passé le cap des 10 ans de sobriété, s’embourgeoise tranquillement avec Elaine qui tente (maladroitement, pour ce que j’en ai pensé) de pimenter leur relation, voit arriver la soixantaine mais ne se retourne guère sur sa trajectoire.

Et ce n’est pas la conclusion qui va réveiller tout ça….

340 p.

 

07.06.2006

Quatre petits tours à New York

Lawrence Block

Le blues des alcoolos

Gallimard, 1987


Matt est sobre, rangé des voitures. Tout a changé dans sa vie, et il choisit de nous narrer une de ses anciennes enquêtes, vieille de dix ans. En ce temps là, la ville était pour lui une succession de bars, et c’est un patron de troquet qu’il avait aidé. Enfin « aider » est un drôle de mot, rend-on forcément service quand on découvre la vérité, ne vaut-il pas mieux parfois laisser les gens se bercer d’illusions?... Matt a tranché, mais n’a pas découvert pour autant la réponse à cette question.
On apprend aussi le subtil distinguo entre bourbon et scotch.
Dans l’idée moi ce serait bourbon, assurément.

Traduction (USA) de Daniel Lemoine
307 p.

 

Drôles de coups de canif

Gallimard, 1990

 

Sobre depuis trois ans et deux mois, Matt se lie vaguement d’amitié avec Eddie, rencontré aux AA. Avant que leur histoire n’aille très loin, ce dernier meurt, apparemment suicidé. Embauché par des parents inquiets de n’avoir plus de nouvelles de leur fille, Matt fera d’une pierre deux coups et se renseignera patiemment sur ces deux affaires…
On évolue encore dans cet opus des aventures de Matt Scudder et c’est tout tranquillement que Lawrence Block s’affirme comme un écrivain à part entière, reléguant le genre polar au second plan de son roman.
Matt ne verse plus 10% de ses gains aux églises mais les distribue à qui le demande dans la rue (sous forme de un dollar), ne voit plus ses fils, et s’accroche jour après jour pour ne plus boire.
L’atmosphère est grise plutôt que noire, on porte son fardeau et on est plutôt contents de le faire.
Quelques très jolis portraits parsèment le récit, quelques passages qui méritent largement d’être lus plusieurs fois.
L’enquête proprement dite est de l’ordre du puzzle, à l’image de l’entêté Scudder qui manipule les faits et les récapitule dans tous les sens.
Un bonheur.

« Elle n’avait pas d’avenir dans le théâtre, dit-elle. Je crois qu’elle le savait, ce qui lui donnait un point d’avance sur la plupart des autres.
- Elle ne valait rien ?
- Elle n’était pas mal. La plupart des autres sont comme ça. Oh, il y en a bien quelques-uns qui sont franchement minables mais la plupart de ceux qui arrivent jusque-là ont certaines capacités. Ils ne sont pas mal. Ils peuvent même être bien, ils peuvent même être très bien. Mais ce n’est pas assez bien.
- Que faut-il d’autre ?
- Il faut être formidable. Nous voulons croire que pour réussir au théâtre, il faut qu’on nous donne notre chance, ou que c’est une question d’avoir de la chance en général. Ou qu’il faut connaître des gens bien placés ou coucher avec des gens biens placés. Mais ce n’est pas vraiment comme ça qu’on arrive. Les gens qui réussissent sont extraordinaires. Il ne suffit pas d’avoir du talent. Il faut être bourré de talent. Il faut illuminer la scène ou l’écran de cinéma ou de télévision. Il faut être étincelant. »

Je connais d’autres milieux où ça s’applique à la lettre aussi….

Traduction (USA) de Rosine Fitzgerald
308 p.

 

Un ticket pour la morgue

Gallimard, 1992

 

Un cintré total (qui n’a pas été sans me rappeler le Ben de Doris Lessing) a été incarcéré il y a 12 ans grâce à un coup monté de Scudder. Il a juré de se venger, en tuant une par une toutes les femmes de Matt, avant de s’occuper de lui. A sa sortie de prison, il met ses menaces à exécution…

Un excellent opus du grand Matt Scudder qui est un peu gâché par deux choses : la traduction, vraiment académique et beaucoup trop littérale (exemple : brave cœur) et la correction qui a laissé passer des trucs…. Enervants ! (exemple, des tirets de dialogues incongrus ou manquants, un passage sur la vitamine B12 qui surgit de nulle part et ne s’insère en rien au moment ?? On peut couper, mais il faut garder un peu de cohérence !!...)

C’est crispant de s’interroger sur la forme quand le fond est si bon, on retrouve ici plein de personnages des précédentes aventures, la belle Elaine qui va nous faire très peur, le mac reconverti en antiquaire, Mickey le boucher, etc. et notre héros, bien entendu, pour qui l’abstinence n’est jamais évidente.

Traduction (USA) de F.M. Watkins
342 p.

 

Une danse aux abattoirs

 

Où l’on retrouve bien évidemment Joe Durkin, le flic trop gros qui boit trop, et qui conseille discrètement Matt aux gens pour toucher sa com. Durkin dont la philosophie pourrait se résumer à :  Merde, moi, si on me donnait le choix entre devenir maire et me pendre, je dirais « Donnez-moi la corde ! »

Mais où surtout on aborde le sujet des snuff-movies, et c’est glauque, tordu et gerbant.

Très perturbée aussi par l’acte final de Scudder, en désaccord total avec ce qu’il ne cesse de nous répéter depuis les premiers opus. Alors bon, moi si on me change mes héros, je vacille….

Très partagée, donc.

Traduction (USA) de Rosine Fitzgerald
409 p.

 

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