30.06.2010

Le jour des triffides - John Wyndham

"Je ne pense pas qu'il me soit jamais venu à l'esprit, auparavant, que la suprématie de l'homme n'était pas due, à l'origine, à son cerveau, comme la plupart des livres nous le laissaient entendre. Elle est due à la faculté du cerveau d'utiliser les informations qui lui sont transmises par une étroite bande de rayons lumineux. La civilisation, tout ce que l'homme a ou aurait accompli, tenait dans sa capacité à percevoir cette gamme de vibrations qui va du rouge au violet. Sans cela, il est perdu."

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Un jour, l'Angleterre se réveille privée de vue, sauf quelques rares personnes qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas été en contact avec l'extérieur. C'est le cas du narrateur, Bill, qui vient de passer une semaine à l'hôpital de Londres les yeux recouverts d'un épais bandeau. Situation déjà très compliquée, renforcée par deux phénomènes dramatiques : une mystérieuse épidémie décime tout le monde, et des plantes qu'on croyait inoffensives se mettent à tuer également.

Les survivants cherchent à s'organiser, menés par ceux qui peuvent encore voir...

Un roman post-apocalyptique fort bien mené, de facture classique (1951) qui nous emmène dans les pas d'un héros tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Bill n'est ni particulièrement séduisant, ni spécialement intelligent, ce qui nous permet une identification aisée. A ses côtés on passe un jour après l'autre, à la recherche d'une vision d'ensemble, et d'une façon de survivre le plus longtemps possible, évidemment. Il y a en permanence une certaine neutralité qui n'empêche pas une immersion profonde dans le roman. Il y a surtout une minutie dans les descriptions qui rend le tout extrêmement plausible, et donc carrément flippant.

 

Ed. Terre de Brume, 2004 & Folio SF, 2007, 348 p.

Traduit de l'anglais par Marcel Battin, traduction révisée par Sébastien Guillot

Titre original : The Day of the Triffids

 

Ofelia m'avait donné envie

01.10.2009

Malevil - Robert Merle

Le premier paragraphe :

"A l'École Normale des Instituteurs, nous avions un professeur amoureux de la madeleine de Proust. Sous sa houlette, j'ai étudié, admiratif, ce texte fameux. Mais avec le recul, elle me paraît maintenant bien littéraire, cette petite pâtisserie. Oh, je sais bien qu'un goût ou une mélodie vous redonnent, très vif, le souvenir d'un moment. Mais c'est l'affaire de quelques secondes. Une brève illumination, le rideau retombe, et le présent, tyrannique, est là. Retrouver tout le passé dans un gâteau amolli par une infusion, comme ce serait délicieux, si c'était vrai."

Deux courts extraits :

"Ma mère, par exemple. Geignarde et prêchi-prêchante, elle a le vice des gens médiocres : elle récrimine. Simple alibi pour l'esprit de routine."

"Il se livre à l'ambition, c'est-à-dire qu'il ne se donne pas aux choses qui lui feraient vraiment plaisir, mais à celles que les autres trouvent importantes."

 

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C'est sur le blog Les libraires se cachent pour mourir que j'ai pioché le goût de lire ce roman, à un moment il indiquait, comme ça en passant, que c'était peut-être bien ce qu'il avait lu de plus fort dans l'année (comme quoi parfois, nul besoin de faire 9 paragraphes classifiés par thème ^^).

Dès la première page, j'ai été cuite. Foudroyée immédiatement par la beauté de la langue, qui se fait multiple en plus tout au long du roman (avec une prof de maths qui articule exagérement un vocabulaire recherché, un brave attardé mental, du patois, de la rhétorique, de la propagande, j'en passe, et même, figurez-vous, une muette, qui saura parfaitement se faire comprendre). Mais tout aussi forte est l'histoire, qui dénie au lecteur la possibilité de s'arrêter : Non, on ne peut pas marquer de pause, chaque page appelle la suivante, on est à fond dedans !

Malevil, c'est un récit post-apocalyptique. La guerre atomique a eu lieu (fulgurante). Personne n'a rien compris, personne ne sait quelle est l'ampleur de la destruction (mondiale apparemment, en raison du dérèglement climatique) et à la limite peu importe : pour ceux qui ont survécu, il s'agit de continuer à vivre, et donc de s'organiser.

A Malevil, ils sont un petit groupe vite mené par Emmanuel Comte, notre narrateur. Ils se débrouillent comme des chefs, créent une petite société en communisme agraire primitif, sont en autarcie et retrouvent peu à peu un sens à la Vie. Mais ils ne sont pas les seuls survivants, et ce sont véritablement des guerres qu'il faut gérer...

Aux côtés d'Emmanuel, on a ponctuellement l'intervention du jeune Thomas, qui recadre un peu les évènements, avec une objectivité dont le narrateur manque de plus en plus au fil des pages. Emmanuel se révèle dans ces conditions difficiles, se dépasse même très certainement, et a besoin pour ce faire d'une importante confiance en lui, qu'on comprend parfaitement en tant que lecteur. Il nous agace malgré tout, parce que c'est comme ça, on n'aime pas les hâbleurs à qui tout réussit. En même temps on s'identifie complètement à ses "ouailles", on compte sur lui pour se montrer fort quand c'est nécessaire (allez tuer des inconnus morts de faim en face à face, vous, parce qu'ils mangent votre blé même pas encore mûr sur sa tige, tout cru), réfléchi quand il s'agit de gérer les relations sociales, généreux pour les survivants du village voisin, impitoyable pour l'affreux curé qui a y a pris le contrôle, pénétrant quand il se penche sur la religion, bref, on veut un guide, un appui, un leader "qui sait". Et on voudrait, qu'en plus, il soit modeste ?

Bon on se gausse quand même de ce "il parpalège" qu'on voit toutes les 3 pages. Alors j'ai cherché, c'est cligner de l'oeil. A priori sur le net c'est uniquement en rapport avec Robert Merle qu'on en parle ;o)

Mais Malevil, quoi. Le genre de roman qui vous promet des nuits agitées, des interrogations sans fin, et qui est, au final, d'un pessimisme profond, mais absolument pas déprimant. Marquant.

 

Ed. Gallimard, 1972 & Folio 636 p.

 

Lu également par Bouh et Caroline.