20.10.2011
Quelle différence entre une clef anglaise et un élastique ?
Il n'y en a pas, ils sont tous les deux en caoutchouc, sauf la clef anglaise.

Diantre voilà du roman à ne pas mettre entre toutes les mains. Bienvenue chez les De Coco, famille supra dysfonctionnelle dans les années 70 d'un Bronx très défavorisé. Ne vous méprenez pas, on ne manque pas d'argent, le père est électricien et gagne correctement sa vie. Matériellement, tout est en place. On ne manque pas d'amour non plus, c'est ça le plus dingue, cette famille s'aime. Mais elle est totalement engluée dans un shéma de répétition, les mauvais traitements, les conduites déviantes, la vision d'un animal tout juste pourvu d'instinct de survie.
Dans une prose d'une extrême crudité, Richard Price nous brosse un tableau paradoxalement tout en finesse, laissant affleurer toute la complexité d'un adolescent qui comprend peu à peu à quel point il est coincé. Certaines scènes sont insoutenables, pas du tout celles relatives à la sexualité (beaucoup trop nombreuses), mais paradoxalement justement celles où l'espoir palpite, où on mesure avant le héros tout ce à quoi il lui faudrait renoncer.
Ces pages sont de la famille de celles de Bord de mer de Véronique Olmi, de Darling de Jean Teulé ou des romans de Patrick Juiff, comme un Olivier Adam qui aurait abdiqué toute bienveillance, comme un observateur hors pair de la misère intellectuelle qui aurait décidé de rendre compte.
Tout ça fait très mal, le petit Albert (huit ans) est déchirant, mais qu'est-ce que c'est percutant...
Frères de sang - Richard Price
Presses de la cité, 2010
Titre original : Blood brothers (1976)
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Martinache
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