18.04.2010

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet - Reif Larsen

"Qu'arrive-t-il au respect des enfants ? S'évapore-t-il, ou suit-il la première loi de la thermodynamique et ne peut-il donc être ni créé ni détruit, seulement transféré ?"

 

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Tecumseh Sansonnet Spivet a 12 ans et vit dans le Montana, entre un père rancher, une mère entomologiste dont la spécialité est de faire brûler les grille-pains, et une grande soeur qui hait l'originalité de sa famille (tous cinglés, pense-t-elle). C'est un enfant prodige, qui cartographie tout (jusqu'aux bruits d'un train de marchandises perçu comme un sandwich sonore, par exemple), tout le temps :"Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux".

La disparition du petit frère, Layton, entraîne TS à partir accepter un prestigieux prix scientifique à Washington. Il entreprend seul un voyage à travers les Etats-Unis...

D'abord, l'objet est merveilleux. Grand et beau livre, papier épais et coloré, illustrations et annotations à toutes les pages, c'est un plaisir tactile et visuel. Ensuite, TS fait très vite la conquête du lecteur. Il ne se départ jamais d'une franche candeur qui le rend très attachant. A ses côtés, on comprend bien mieux que lui les sentiments divers qui l'agitent, la culpabilité, la solitude, l'impression de ne pas avoir sa place, le besoin désespéré de parler. Il y a beaucoup d'humour un peu partout, et une impression un peu floue, la façon dont il interprète les évènements est souvent fantaisiste, comme s'il filtrait ce qui arrive et en restituait uniquement ce qu'il en comprend.

A moins que les évènements soient eux-mêmes du domaine de l'étrange, je ne sais pas, je ne me prononce pas sur ce point. Je me suis complètement laissée porter par les chapitres, un par un, retardant l'échéance de l'épilogue que je redoutais de voir arriver. Je trouve que ce qui est très fort dans ce roman, c'est de conserver en permanence l'angle de l'enfant en TS, dont le cerveau bouillonne continuellement (et il le démontre dans tous les à-côtés) mais qui veut au fond ce que veulent tous les enfants : savoir que sa famille l'aime et qu'il y a sa place.

Aucune longueur, aucun passage en-dessous, on sautille d'un sujet à l'autre avec bonheur en poursuivant sans relâche le même fil conducteur. On irait bien plus loin encore en compagnie d'un héros tel que celui-là. Il y a une part de magie dans tout ça, une espièglerie tacite nimbée de merveilleux.

En fait, au départ on tâtonne un peu, on se demande comment on va lire tout ça avec ces flèches appelant à lire ailleurs en permanence, mais très vite, la voix de TS se fait entendre, et tout coule tout seul, le lecteur n'a aucun effort à faire, le roman dans le roman s'insère avec évidence, les annexes prennent place au moment précis où elles sont susceptibles d'aider, c'est juste limpide.

Excellent.

 

NiL éditions, 2010, 375 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal

Titre original : The selected Works of T.S. Spivet

 

Adoré également par : (très beaux billets)  Yvain et Chiffonnette

11.11.2006

S p l e n d i d e

Muriel BarberyL’élégance du hérisson

Gallimard, 2006

 

Il est des débats qui reviennent perpétuellement et souvent n’amusent que leurs instigateurs, parmi lesquels le marronnier « qu’est-ce que la littérature ? ».
Sans flonflon ni matraquage médiatique, Muriel Barbery apporte la plus belle des réponses : elle en écrit.
Lisez-la, voilà de la littérature, de la vraie, qui élève et bouleverse et fait rire et réfléchir, qui s’offre sans la ramener pour nous écraser de sa supériorité.

Je suis encore tout émue en essayant d’en parler, parce que L’élégance du hérisson m’a vraiment touchée très profondément.
Renée, une concierge de 57 ans qui s’efforce de ressembler aux poncifs attachés à son métier, bien qu’elle soit en privé, une grande amatrice de culture sous toutes ses formes.
Paloma, une petite fille de 12 ans supérieurement intelligente, riche et malheureuse.
Un immeuble bourgeois parisien, et un nouveau locataire japonais qui va ouvrir une route des possibles…

L’intrigue n’est pourtant pas des plus originales, et si elle suit tranquillement son cours, ce n’est pas elle qui nous retient captifs.
Comment vous dire le plaisir « soyeux » qu’on éprouve à l’idée de se replonger dans l’univers douillet du roman, le style limpide et pur, le sourire qui ne nous quitte pas en parcourant le Journal du mouvement du monde ou les Pensées profondes de Paloma, la concentration qu’on mobilise pour accompagner Renée lorsqu’elle nous entretient de Kant ou de la phénoménologie, la salive qui nous vient en bouche avec les pâtisseries de Manuela, cet amour de la langue et de la grammaire qui est tellement joyeux et communicatif…

Et puis, page 319 très exactement, submergés. Paf, les larmes coulent, on est dedans, les camélias, cette ouverture immense qu’on pressent et à laquelle on veut croire de toutes nos forces, ça déclenche une vanne, on relâche une pression dont on ignorait pourtant subir le joug depuis tout ce temps.

Et puis déjà l’épilogue, ce n’est pas possible, on était si bien dans les lignes de Muriel Barbery, c’est déchirant, vraiment, de s’arrêter.

Un seul mot : S p l e n d i d e.

355 p.

 

Ecouter Muriel Barbery parler de son roman

A l'époque où j'ai rédigé ce billet, il n'y avait en ligne que l’avis de Florinette.

Aujourd'hui (11/10/2007), parmi le nombre impressionnant de blogs, sites, journaux, magazines qui en parlent, j'aime tout particulièrement l'avis de Beatrix, que je trouve très touchant et d'une sincérité admirable.