05.07.2011
C'était un tel bonheur de bénéficier de la tendre approbation d'une femme aussi farouchement intelligente
David Gurney est un drôle de gars. Récemment retraité du NYPD, il s'est installé à la campagne pour faire plaisir à sa femme, une deuxième épouse. Lui, son truc, c'est gamberger. Livré à lui-même, il a toujours passé plus de temps dans l'examen de l'action, quelle qu'elle soit, que dans l'action elle-même, plus de temps dans sa tête que dans le monde extérieur. Ce qui n'avait jamais posé de problème s'agissant de son travail; au contraire, c'est sans doute précisément ce qui avait fait de lui un si bon (et si célèbre) flic. Mais sorti de là, il n'est certes pas quelqu'un d'agréable à fréquenter. Il n'a pas réglé grand chose de ses conflits intimes (son couple a vécu le pire drame qui puisse se concevoir et il refuse de l'affronter) et se voile la face.
Intervient alors une ancienne relation de fac, qui le sollicite pour démêler une très étrange histoire : il a reçu des menaces qui l'inquiètent fortement. Sommé de penser à un chiffre, n'importe lequel, de façon tout à fait aléatoire il a pensé à 658 et a effectivement trouvé ce chiffre dans une enveloppe jointe. Les courriers, poèmes et coups de fil s'enchaînent, lui affirmant très bien le connaître et lui promettant les pires châtiments. Bien qu'il prétende n'avoir rien à se reprocher, il est terrorisé, et il fait bien de l'être, car...
Gurney est forcément intrigué, et lorsque les meurtres commencent à se réaliser (car il y en aura plus d'un), il mobilise tous ses neurones sur cette affaire, reprenant le collier au grand dam de sa femme. L'adversaire en face va se monter de taille, et très surprenant...
658 est un très bon thriller qui prend la peine de nous expliquer ses tours et détours en détails, nous apprenant au passage mille et une petites et grandes choses, le mythe de Charybde et Scylla par exemple, ou la façon dont notre cerveau subit peut-être un court-circuit dans notre système neurologique triant les informations, faisant que nous continuons, d'une certaine façon, à voir les choses qui nous sont familières telles qu'elles étaient jadis (Peut-être le cerveau n'enregistre-il pas les changements au fur et à mesure, s'ils sont suffisamment progressifs, jusqu'à ce que l'écart atteigne un seuil critique).
La tension va creshendo, la résolution des énigmes est convaincante, j'ai été accrochée tout du long et n'ai pas boudé mon plaisir : je recommande !
658 - John Verdon
Grasset, 2011, 441 p.
Think of a number (2010)
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Philippe Bonnet et Sabine Boulongre
05:57 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, enquête, thriller, tordu et conséquences |
15.03.2011
Une jeune fille aux cheveux blancs - Fanny Chesnel
"Je ne veux pas vieillir. Pas comme ça. J'aimerais que mes journées s'amusent, qu'elles me remercient de les aimer autant. Je voudrais prendre mon temps sans lui rendre de comptes. Pédaler sans les mains, dire merde aux gens qui m'ennuient et préférer la solitude aux dimanches obligatoires."
Une femme qui parle ainsi ne pouvait que me plaire, et très vite Caroline est devenue ma copine. Soixante ans, une carrière de dentiste derrière elle, c'est une retraitée "bien conservée" - comme le lui fait si élégamment remarquer un de ses beaux-fils - qui reçoit un cadeau dont elle se serait bien passé : une adhésion à Nouvel-âge, un club d'activités pour seniors.
Réticente, pour dire le moins, mais brave fille au fond, Caro s'inflige des séances découverte de diverses activités. Changera-t-elle d'avis sur ces usines à occuper la vieillesse ? Suspens...
"Ma dernière mammographie est impeccable, mon check-up irréprochable, je suis une femme saine et comblée. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Je ne déprime même pas. Alors, qu'est-ce que j'attends ? De l'autodérision, du recul, de la grosse poilade ?"
Fanny Chesnel signe ici un premier roman très réussi, une comédie pas si légère que ça qui sait rythmer sa langue et ménager son lot de surprises. C'est drôle, vraiment, j'ai éclaté de rire à deux endroits (ça fait tellement du bien !), j'ai aimé qu'on joue avec quelques clichés et qu'on mélange les genres, j'ai aimé les personnages, discrètement croqués avec une plume toute bienveillante. J'ai aimé me sentir partagée sur les décisions prises, et ai poussé un soupir de soulagement quant à l'épilogue : serais-je bien pensante, finalement ?
"Vous n'êtes pas si snob, je ne suis pas si con, et de toute façon on est ronds comme des melons."
Idéal pour une belle après-midi de grand soleil.

Merci Tamara ! Tu constateras que j'ai bien fait usage de tes post-it, aucune corne n'est à déplorer pendant cette lecture, et je ne me lasse pas de ton papier professionnel ;o)
18:09 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, sympa comme tout, on ne le lâche pas |
12.02.2011
Les imperferfectionnistes - Tom Rachman
"Jane Austen, songe-t-elle, mais quel genre de type lit Jane Austen ? Il n'est quand même pas homo, si ?"

2007, le quotidien international du groupe Ott a vécu. A travers son histoire, on suit onze de ses collaborateurs (ou personnes qui y sont liées d'une façon ou d'une autre), qui ont toutes en commun une certaine forme de pathétisme.
Mais pour que ce soit aussi savoureux, il faut bien évidemment nuancer le trait, donner une forme de grandeur dans le désespoir ordinaire, et ce premier roman de Tom Rachman y réussit d'une manière épatante.
Il y a une grande humanité, pas mal de cruauté (ce qui arrive à la DRH est pétrifiant, et je ne l'avais pas du tout vu venir !), un humour discret et une construction huilée. Roman choral, où tous se croisent et interagissent, "Les Imperfectionnistes" est intelligent et prenant en diable, qu'on s'intéresse à l'univers de la Presse ou pas !
Grandement recommandé.
Ed. Grasset, 2011, 388 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Demarty
Lu également par : Bouquineuse boulimique,
05:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, incroyable, parfait du premier coup, brillant, vivement le deuxième |
07.02.2011
La petite et le vieux - Marie-Renée Lavoie
C'est Agnès qui a découvert ce roman, atteignant Karine qui l'a offert à Yue Yin, laquelle s'est vue honteusement réclamer un prêt (merci merci merciiii), et voilà, hop, la merveille est dans mes mains, avant de continuer sa route vers Cathulu (qui n'est pas au courant) puis Fashion (qui a une PAL à hauteur de la magnificence de Colin Firth), tandis que Caroline l'a déjà dans sa PAL mais achoppe sur notre insistance; car, oui, nous sommes comme ça, quand on aime quelque chose on voudrait convertir la terre entière, que celle qui n'aime pas qu'on aime ce qu'elle aime nous jette la première carte bleue, on saura en faire bon usage, allez.
Les billets des blogueuses précitées offrant un panorama des plus complets sur La petite et le vieux, merveilleux roman de Marie-Renée Lavoie, je peux sans honte me contenter de crier tout mon amour sans être contrainte d'en répéter les grandes lignes, si c'est pas cool, ça.

Tout, absolument tout est délicieux dans ce roman. Il est attachant au-delà des mots, dose avec une exactitude et une subtilité inouïe le vernaculaire des dialogues et une narration d'une langue somptueuse de beauté et de délicatesse. Il nous fait rire et pleurer, nous semble raconter ce qui se passait dans notre propre imaginaire quand on était enfant, même si c'était avant, et de l'autre côté de l'océan. Les anecdotes sont racontées selon un angle très pudique, on ne va jamais chercher l'effet pathos et grandiloquent, on évoque comme regardé depuis le coin de mur de la petite Joe, en oblique, et par-là même on frappe bien fort. Quand c'est drôle (et ça l'est souvent), le rire sonore s'échappe seul de notre poitrine, quand c'est poignant, on ne se rend même pas compte qu'on a déjà trempé un mouchoir : ça fait mouche, bingo, dans le mille, à chaque fois. A-cha-que-fois.
"- Je tiens à dire que je ne suis pas fâché, mais très déçu.
Coup de poignard. La déception, la pire de toutes les émotions qu'un père peut éprouver à l'égard de ses enfants. Celle qui dit "j'ai eu tort de penser tout un tas de belles choses de toi". C'est l'émotion miroir qui nous confronte à un nous enlaidi, déformé : on se croyait beau, on ne l'est plus, on ne l'a peut-être même jamais été. Et la déception n'engendre pas, comme la colère, quelqu'un qui crie, qui frappe, qui serre les dents pour se braquer et se défendre; on est laissé à soi, forcé de s'inventer une façon de réagir, qui n'est jamais qu'une façon de se détester un peu."
On a une épée, un étalon blanc et des cheveux absurdement longs, alors la vie est belle et facile. Quand ça va pas, on se console avec l'idée que nos cheveux poussent, et vite à part-de-ça, rapport. La grande soeur Jeanne nous fait peur avec sa sécheresse, mais un jour elle nous dira "tu vois que t'es capable" et ça nous consolera un peu du poids infini que porte notre père et qu'on n'arrivera jamais à alléger. On adopte bien vite le système de Cynthia pour servir au bingo, et on pleure de rire quand les cuistots callent les commandes. On apprend à nettoyer les lavabos comme s'ils sortaient tout droit de l'usine... On sait bien que Maman-c'é-toute est une gaufrette, et qu'on a, au fond, une formidable envie de vivre.
"J'étais handicapée d'une hyperlucidité qui me volait toute forme de salutaire insouciance."
Un coup de coeur absolu et foudroyant.
05:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, quebec, roman génial, j'adore, je frétille, c'est le bonheur |
03.01.2011
Jack Rosenblum rêve en anglais - Natasha Solomons
"Je ne peux pas les laisser tomber, ce ne serait pas britannique de ma part"

C'est l'histoire d'un petit homme d'1,55 m que la vie n'a jamais vraiment gâté. Juif berlinois, il émigre en 1937 avec Sadie, sa jeune épouse, et leur fille Elizabeth. Immédiatement, il se met en tête de devenir un anglais plus anglais que les natifs, en se basant sur une liste qui leur a été remise à leur arrivée. Tout est obstacle, à commencer par son accent épouvantable qu'il ne parviendra jamais à perdre.
Mais Jack crée sa propre société à Londres, s'installe, prend ses aises. Il ne lui manque à présent plus qu'un point dans sa liste, être membre d'un club de golf. Il réalise au bout d'un moment qu'il ne sera jamais accepté dans ceux qu'il vise, et décide de construire le sien.
Elizabeth partie étudier à Cambridge, il embarque une Sadie qui n'a jamais rien oublié de son Allemagne chérie dans le Dorset, et se met à l'ouvrage...
Premier roman de 2011 et premières larmes ! Les pages 317 et 319 nous mènent des bons vieux yeux qui piquent au rire libérateur, et on termine en roue libre (j'ai chouiné tout au long des pages restantes, pour ma part). Natasha Solomons est née en 1980 et s'est fort inspirée de la vie de ses grands-parents pour écrire ce chouette roman, elle a tout bon. Malgré une longueur sur la construction du terrain de golf (accrochez-vous, elles sont pénibles, mais utiles, ces pages), elle nous fait ressentir à travers ses mots un peu de la magie liée aux croyances ancestrales, le poids de la solitude, du rejet, l'impuissance, le déracinement et nous embarque joyeusement dans l'amitié et les liens d'un village.
C'est du simple, mais efficace. Et comment ne pas fondre devant les "Oué" des uns et des autres, devant cette admiration forcenée du mode de vie britannique, ces pâtisseries allemandes qui donnent envie de se ruer en Bavière, cette ode à la nature et au goût de l'effort...
Un roman douillet.
Ed. Calmann-Levy, 2011, 355 p. (en librairie le 5 janvier)
Traduit de l'anglais par Nathalie Peronny
05:47 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, un autre à paraître en avril 2011 en anglais, je l'attends avec impatience, elle est scénariste, sinon, natasha solomons, et elle vit dans le dorset, là où vivent les vrais anglais, of course |
15.11.2010
Verdict - Justin Peacock
Le thriller juridique (ou roman procédural) est un genre à part entière, dont j'ai par le passé raffolé. Justin Peacock signe ici un premier roman qui en reprend tous les codes, et se démarque par sa simplicité. Structuré en trois parties chronologiques (présentation des personnages et mise en contexte, préparation du procès, procès et conséquences), il s'attache au-delà du procès proprement dit à nous exposer la vie de deux avocats new-yorkais.
Joël Devereaux est le produit de bonnes études dans une bonne université, il entre dans un grand cabinet, puis rétrograde en commis d'office, contraint et forcé. Myra aborde sa carrière en sens inverse, ce poste est tout ce à quoi elle peut prétendre vu son cursus, et un tremplin pour elle qui voulait au départ être actrice.
Ils ne pourraient être plus différents et doivent collaborer sur un cas précis, qui leur permettra de montrer au lecteur les réalités sociales, morales, économiques et philosophiques de leur métier.
Exempte de tout effet de style, l'écriture très réaliste est presque de l'ordre du documentaire, et on repose difficilement ce roman une fois commencé (un bon suspens, deux héros tourmentés). En revanche, je n'ai pas vu trace de "l'écriture magnifique" vantée en 4° de couverture, avec des choses comme :
" L'enfoiré, il est même pas mort, hein ? s'emporta-t-il. Si je l'avais buté, le jour où il sortait de l'hosto, il racontait toute l'histoire à ses petits gars, et eux, ils entraient dans le magasin et c'étaient eux, pas vous, qui me disaient de sortir dans la rue, et ils me démontaient la tête."
"De ma part, de tels sentiments, ce n'était pas bien."
Imputable à la traduction, peut-être. Ou pas, on est en permanence dans une grande sobriété lexicale et stylistique.
Ed. Sonatine, 2010, 369 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Johan-Frédérik Hel Guedj
A Cure for Night
L'avis de Jeanne Desaubry,
17:45 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, thriller juridique, roman procédural |
23.10.2010
Homicide par pelle à tarte
"Le courage claquait discrètement des dents à l'arrière-plan et elle n'avait que le recours, bien plus creux, de l'audace..."
Elle a 16 ans, elle s'appelle My (Mydria), elle est tellement belle qu'on ne sait pas exactement où commence la lumière du soleil et où finissent ses cheveux. Elle croit qu'elle est une jeune fille de bonne famille qui arrivera à la cour en intriguant. Or elle est l'héritière d'une dynastie renversée depuis des siècles, le trône lui revient de droit.
Par une mystérieuse lettre qui apparaît un jour cachée dans le bec d'un non moins étrange sifflet (et qui lui apprend qu'elle possède un don...), elle se lance à son corps défendant dans une quête : l'inaccessible île contenant le trésor des Darcer...
L'auteur est toute jeunette, et en commençant ce roman j'étais assez incrédule. Le tout est tellement maîtrisé et réussi que je ne pouvais m'empêcher de douter. Puis j'ai lu ceci :
"Un air étrange envahissait peu à peu toute sa figure, quelque chose entre les larmes et le flétrissement. Malgré sa chevelure sans fils blancs, son teint rehaussé par la poudre, tous ces artifices qui avaient fini par faire partie d'elle, sa mère se révélait lentement telle qu'elle était. Une femme de quarante ans, que l'âge commençait à faner tout autant qu'une tristesse vague et douce."
Ok, elle a 18 ans :/
Au rayon moqueries, j'ai noté aussi ce moment où tout va mal, super mal, c'est l'horreur, My est perdue, désespérée, tout ça, et elle s'écrie : "Flûte, mais ce n'est pas vrai !"... Et une couverture révélant ce qu'on n'apprend que page 127, dommage (tiens d'ailleurs je ne la montre pas).
Mais tout ceci est détail, alors que c'est un vrai bon roman de Fantasy qui nous est ici offert. De facture classique (quête, épreuves, énigme, monstre, batailles, magie), il est prenant et distille de jolies valeurs morales. L'Aventure n'est pas absente, et une histoire d'amour se fraye lentement un chemin, on ne décroche à aucun moment. Il n'est pas publié en Jeunesse, mais peut être lu dès 12 ans sans problèmes.
L'épilogue appelle évidemment une suite, que je lirai avec plaisir.
L'héritage des Darcer - Marie Caillet
Ed. Michel Lafon, 2010, 407 p.
09:55 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : fantasy, aventure, quête, obstacles, solidarité, amour, tout, il y a tout dans ce roman, premier roman, d'ailleurs, et c'est vachement bien |
29.09.2010
Rupture - Simon Lelic

Un drame vient d'avoir lieu en Angleterre : un professeur d'Histoire a abattu 4 personnes dans l'enceinte même d'un collège avant de retourner son arme contre lui. Lucia est chargée de l'enquête, elle recueille les témoignages. Elle a passé la trentaine, subit des collègues lourdingues qui la harcèlent, c'est l'été, il fait une chaleur fort peu anglaise. Aussi vite que son chef lui demande de boucler son rapport énonçant une dépression nerveuse/pétage de plomb du meurtrier, elle constate que ce n'est pas si simple : ce qui se dégage de son enquête est bien plus oppressant qu'un cas isolé...
Oppressant est le mot juste. Cette histoire est dure et sa lecture vraiment douloureuse. Un collège anglais où la sécurité est un mot vide, où on tolère des comportements totalement déviants. Des drames insoutenables. Une police corrompue pour le pire : avoir simplement la paix, céder aux pressions des supérieurs, sans s'interroger sur leurs motivations. L'avancée des témoignages creuse un malaise de plus en plus profond.
Lucia, pourtant, existe elle aussi de plus en plus intensément au fil des pages, apportant l'indispensable part d'humanité. Elle réagit admirablement, ne se défilant pas, ne s'effondrant pas. Elle est aussi coincée que le lecteur, n'a aucune solution magique ni des gros muscles qui feraient des têtes au carré à l'américaine, mais elle démontre tranquillement qu'il ne faut jamais, jamais ne rien faire.
Premier roman impressionnant, maîtrisé, costaud, remuant. Pour âmes averties.
Ed. du Masque, 2010, 305 p.
Traduit de l'anglais par Christophe Mercier
"- Pour commencer, je n'aurais jamais dû entrer dans la police.
- Alors on ne se serait jamais rencontrés. Ce qui veut dire que Nabokov et toi ne vous seriez jamais rencontrés. Ce qui veut dire que tu lirais toujours des polars. Des histoires de procédure policière. Des Agatha Christie.
- Je lis toujours des polars.
- Non, tu n'en lis plus.
- Si, j'en lis encore. Je lis Ian Rankin, Patricia Cornwell, Colin Dexter. J'ai même lu le Da Vinci Code.
- Lucia !
- Et en plus, j'ai bien aimé.
Phlipp prit Lucia par le coude et la guida vers le trottoir.
- Au moins, baisse la voix quand tu dis ça. Je connais des gens là-dedans."
05:29 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, londres, collège, mauvais traitements, douloureux |
06.09.2010
La couleur des sentiments - Kathryn Stockett
La couleur des sentiments m'a fait passer par toutes les émotions, et j'ai pleuré des litres de larmes diverses. Dire que ce roman est émouvant revient à dire que l'eau ça mouille, il faudrait pouvoir décliner les catégories d'humidité qu'il provoque.
C'est un foutu bon roman. Je n'en reviens pas d'avoir lu ou entendu que "littérairement, ce n'est pas un chef-d'oeuvre", bullshit ! Littérairement, un roman qui suscite une telle frénésie de lecture et tant d'émotions, qui captive son lecteur sur des centaines de pages et fouille un sujet particulièrement épineux avec une grande justesse et beaucoup de pudeur, prouve à mes yeux sa totale validité.

C'est un premier roman, qui entrecroise trois voix : deux bonnes (domestiques) noires, au Mississipi, au tout début des années 60, et une jeune fille blanche de bonne famille. Ensemble, elle entreprennent d'écrire un livre parlant très simplement des relations bonnes noires / patronnes blanches.
Et on vit totalement le truc avec elles. C'est fou, dès les premiers mots on est dedans. Il y a une proximité évidente, un cheminement limpide, le lecteur fait partie du récit, c'est chaleureux en diable. Chaque personnage existe intensément, chaque chapitre renforce son univers et resserre ses liens avec les autres. C'est bourré d'humour. Il y a un suspens de folie.
(J'ai commencé ce roman samedi matin, j'étais invitée samedi soir, j'ai passé la soirée avec Aibileen, Minny et Skeeter, qui prenaient toute la place dans ma tête, totalement absente au monde, invitée déplorable, tellement pressée d'aller les retrouver...)
Ce qui est le plus frappant, une fois la lecture terminée, c'est le soin des nuances. On est loin du message didactique et simplet, on mesure sur une longue distance combien les relations sont paradoxales, mélangées, compliquées. On touche à l'intime au plus profond, on met des situations et des mots sur des noeuds inexprimables.
Il y a tout, dans ce roman, qui est de la famille du Prince des marées (et donc Caro, laisse tomber ;o)), mêmes couleurs, même pouvoir narratif, même sortilège qui fait qu'on a envie d'aller embrasser l'auteur comme du bon pain, merci, merci, d'avoir écrit cette merveille, vous avez tout compris à tout, c'est beau, c'est drôle, c'est triste, c'est une célébration de la vie et vous êtes un conteur d'exception.
Aibileen : "Je pose mon fer sans me presser et je sens cette mauvaise graine qui grossit dans ma gorge, celle qui s'est plantée après la mort de Treelore. J'ai chaud aux joues, et la langue qui me démange. Je sais pas quoi lui dire. Tout ce que je sais, c'est que je le dirai pas. Et je sais qu'elle dira pas ce qu'elle a envie de dire elle non plus, et c'est vraiment bizarre ce qui se passe ici parce que personne parle et on arrive quand même à avoir une conversation."
"Je me disais que je devrais un peu plus lire. Ça m'aiderait pour écrire."
Aibileen secoue la tête, reprend sa respiration avec un dernier "Hiiiiiiiiii !" et boit une gorgée de café.
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Skeeter : "Il y avait ce qu'on éprouve à savoir que quelqu'un veille sur vous pendant que votre mère se désespère parce que vous êtes anormalement grande, les cheveux trop frisés, et mal fichue. Quelqu'un dont le regard dit simplement, sans qu'il soit besoin de paroles, moi je te trouve bien."
"Deux jours plus tard, je suis assise dans la cuisine de mes parents et j'attends que la nuit tombe. Je capitule et allume une nouvelle cigarette, bien que le ministre de la Santé soit venu hier soir à la télévision pointer un doigt accusateur sur tous les fumeurs et tenter de nous convaincre que le tabac allait nous tuer. Mais maman m'a dit un jour que les baisers avec la langue me rendraient aveugle et j'en viens à croire que ma mère et le ministre de la Santé sont partie prenante d'un vaste complot ourdi pour que personne n'ait jamais ni plaisir ni amusement."
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Elaine Stein : "Vous dites dans votre lettre que "vous prenez un plaisir immense à écrire". Quand vous ne serez pas occupée à polycopier des papiers ou à préparer le café de votre patron, regardez autour de vous, enquêtez, et écrivez. Ne perdez pas votre temps à des évidences. Écrivez sur ce qui vous dérange, en particulier si cela ne dérange que vous."
Callie : "Si les blanches lisent mon histoire, je veux qu'elles sachent ça. Dire merci quand on le pense pour de bon, quand on se rappelle que quelqu'un a vraiment fait quelque chose pour vous - elle secoue le tête, baisse les yeux sur la table au plateau rayé et écorché -, ça fait tellement de bien."
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Ed. Jacqueline Chambon, 2010, 517 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard
Titre original : The Help
06:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, tu es gentille, tu es intelligente, tu es importante, je veux une aibileen dans ma vie |
25.08.2010
Sanctuaires ardents – Katherine Mosby
Premier roman de Katherine Mosby, la lecture enchantée de Sanctuaires ardents m’a forcément donné très envie de lire « Sous le charme de Lilian Dawes », précédemment traduit.

Début 20°, Willard Daniels s’installe à Winsville, en Virginie, dans une propriété dont il a hérité. S’il séduit rapidement la petite bourgade, ce n’est pas du tout le cas de sa toute fraîche épousée, Vienna, New-Yorkaise aussi belle que cultivée. Après quelques années, il s’enfuit, l’abandonnant avec leurs deux enfants, dans une solitude totale. Vienna est une originale, que tous ont tôt fait de cataloguer comme folle…
Mais Vienna n’est absolument pas folle. Imprévisible, indocile, peu au fait de la ségrégation Nord-Sud, et farouchement littéraire, oui. Elle adapte sa vie au quotidien, et malheureusement devra subir de sacrées épreuves…
Ce premier roman possède un charme absolu, ancré dans les portraits surprenants des différents personnages, dans les journées ivres de liberté des enfants, dans le soin du détail des pensées intimes ; sa construction est moins habile, même si c’est surtout une immense frustration que l’on ressent lorsqu’il s’arrête abruptement.
C’est un roman très attachant, qui ressert les liens avec son lecteur de page en page. J’ai complètement craqué pour la déclaration de Gray :
(Du Champagne) « Pour célébrer une déclaration de dépendance. Je considère cette vérité comme allant de soi, que toutes les femmes ne sont pas nées égales, et je me rends, complètement et servilement, à la divine Mme Daniels. Qu’elle ait pitié de mon esprit mais pas de ma chair. »
On souffre plusieurs fois en suivant sur une quinzaine d’années la vie de Winsville, mais on quitte vraiment cette lecture à regrets… Vivement les autres traductions.
Ed. Quai Voltaire, 2010, 384 p.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud
Titre original : Private Altars
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, plume à suivre, élégance et charme fou |

