25.07.2009

Ailleurs, plus loin - Amy Bloom

Az me muz, ken men*

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Voici l'histoire de Lilian Leyb. Au commencement, elle vivait satisfaite sinon heureuse, en Russie, avec son mari, sa petite fille Sophie et ses parents. Une nuit, c'est le pogrom, et elle ne doit sa survie qu'à la chance, la toute bête chance qui en épargne certains, les plongeant alors dans l'horreur du souvenir. Elle avait envoyé Sophie se cacher dans le poulailler, elle ne l'y retrouve pas. Tous les autres sont morts. Alors, c'est l'exil, recommencer une vie ailleurs, ce sera les États-Unis, nous sommes en 1924.

Cahin-caha elle construit quelque chose, un semblant de murs autour d'elle, un toit sur sa tête, qui s'envolent du souffle d'une cousine, venue lui dire que Sophie n'est pas morte : elle a été emmenée en Sibérie. Lilian part donc à sa recherche, en traversant les États-Unis pour passer par l'Alaska...

Un véritable "page-turner" que ce roman. L'expression est laide, je préfère parler d'aiguillon magique et mystérieux qui nous pousse à toujours continuer la lecture, allez encore juste quelques pages, et d'allez en allez, bon, c'est la dernière, on tombe dans la fameuse faille spatio-temporelle, où sont passées les dernières heures ?

Construit avec de multiples parties successives qui se renouvellent sans cesse, on voit défiler des personnages pittoresques et flamboyants, on est en plein western puis cernés par la neige, on touche du doigt le paradoxe lancinant de la vitalité forcenée sous le terrible défaitisme de l'exil. Jamais aucune sensiblerie, de l'inattendu toujours. Le paradoxe étant aussi, un petit peu, qu'on ne s'attache pas à Lilian, la narration est blanche, sans réelle tonalité, ce qui met au final formidablement en valeur les rencontres.

Détails : J'ai été agacée, puis séduite, par la petite voix qui nous révèle ce qu'il adviendra de ceux qu'on laisse pour passer aux suivants. J'ai souri quand Lilian apprend l'anglais avec (entre autres) A Tale of Two Cities de... Dickens !

Un vrai et bon roman d'Aventure, un divertissement captivant.

 

Ed. Belfond, 2008, 249 p.

Traduit de l'américain par Michèle Lévy-Bram

Titre original : Away

 

Lu également par : La Lettrine, Lapinoursette, Esperluette,

 

* 2 traductions proposées dans le roman : Quand on doit on peut ou Quand on veut on peut, ce qui n'est pas du tout la même chose. Quelqu'un parle yiddish ?