14.05.2010
Les raisons du doute - Gianrico Carofiglio
"Mais une fois passé la quarantaine, les pensées stupides se multiplient et des phénomènes insignifiants se transforment en symptômes de la vieillesse qui approche."
Guido Guerrieri est un avocat bien attachant. Il est ici aux prises avec un client qui lui occasionne moult tergiversations; non seulement il fait partie d'un épisode traumatisant de sa jeunesse et a été mêlé par la suite à une très sale affaire, mais en guise de cerise Guido craque sur son épouse. Pourtant, bravement et coûte que coûte, il va le défendre.
"Les librairies agissent sur moi comme des anxiolytiques et des antidépresseurs." Un personnage qui tient ce genre de propos me plaît déjà à la base, mais le sens des descriptions de Gianrico Carofiglio a définitivement emporté la mise. "Porcelli a le tempérament et le charisme d'un calamar. Grand, surmonté d'une petite tête, il évoque, dans sa robe, un invertébré marin, immense et superflu. Tout, en lui, transmet un sentiment presque inhumain d'indifférence et de stupidité."
On suit l'affaire avec un réel plaisir, légèrement tempéré par une sentimentalité un peu trop envahissante, et un épilogue un poil trop mielleux. Mais basta, viva Italia e vivamente il prossimo romanzo !
Ed. Seuil, 262 p.
Traduit de l'italien par Nathalie Bauer
Titre original : Ragionevoli dubbi
Merci Cathulu !
Lu également par : Yvon et Tamara, Fashion, entre autres, des avis un peu partout sur le net.
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10.12.2009
La bête à chagrin - Paule Constant
Il était une fois une gentille famille qui allait plutôt pas mal. Cathy, la mère, avait un bon travail, un mari beau et sportif depuis 18 ans, un fils adolescent sans problèmes. Soudain, tout bascule. Enceinte, elle apprend que son mari la quitte pour sa collègue et meilleure amie, avec qui il vient d'avoir également un enfant, qui porte le prénom qu'elle avait choisi pour le leur. Cathy est incapable d'encaisser. Elle renoue avec une amie d'enfance, et entame une relation étrange et qui aura de funestes conséquences avec le compagnon de celle-ci, Jeff...
Un pur drame auquel on assiste totalement impuissant. Il règne une tension de folie dans ce roman, narré chronologiquement mais avec le recul du juge et des avocats. Les faits sont simples et limpides, les responsabilités nagent en plein flou. Ce ne sont pas toujours les mains qui agissent qui ont été décisionnaires, est-on plus coupable quand on laisse faire, comment peut-on en arriver là, bien d'autres aspects encore viennent tourmenter le lecteur.
Ce qui est peut-être le plus terrible c'est qu'on s'identifie parfaitement à tout-un-chacun, selon les moments. C'est moche, c'est affreux, et pourtant c'est la vie, et Paule Constant signe là une angoissante tranche de malheur, avec une plume supra efficace et incisive.
Brrr.
Ed. Gallimard, 2007, 226 p. tendues et oppressantes.
L'auteure parle de ce roman sur le site de Gallimard
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20.01.2007
Follow me down
Shelby Foote – Tourbillon
Shelby Foote, 1950
Gallimard, 1978
Collection L’imaginaire, 2006
Le 21 Juin 1949, Luther Eustis assassine Beulah, sur une petite île du Mississipi. Le roman commence par le point de vue du greffier, durant le procès, pour s’achever par celui du guichetier, à l’issue du verdict. Dans l’intervalle, différents protagonistes nous commentent les faits, en passant par la victime et son meurtrier. Pourquoi donc un agriculteur blanc qui approche de la soixantaine, puritain comme pas permis, et par ailleurs bon mari et bon père de famille, en est-il arrivé à cette extrémité ? La succession des témoignages va nous faire comprendre que là n’est pas l’important.
C’est déjà un tour de force de poser toute l’intrigue dans les premières pages, et de l’intensifier, de la rehausser au fil des chapitres, en croisant les pistes et sans jamais chercher le sensationnel.
Mais c’est encore plus bluffant de nous rendre captifs des personnages secondaires, de nous faire pénétrer leurs pensées intimes en changeant de style à chaque fois.
J’ai toujours eu un gros faible pour les histoires juridiques, je n’en avais jamais jusqu’à lors lue d’aussi littéraire, humaine et tragique.
« Chacun, tour à tour, parle pour soi, dans son essentielle solitude. Ces hommes, ces femmes, dans la fascination et la hâte d’un crime qui les dépasse, nous disent ce qu’ils sont, ce qu’ils ont été, non pour accuser ou se défendre, mais pour se libérer et tenter de survivre. Leurs voix, tels des chants alternés, nous parlent de la beauté de cette terre, de sa violence, de ses impulsions. »
Il écrit, JMG Le Clézio, pour toucher si délicatement du doigt l’essence de ce magnifique roman, non ? ;)
Traduction (USA) de Maurice-Edgar Coindreau et Hervé Belkiri-Deluen
Postface de JMG Le Clézio
316 p.
J’aime beaucoup la collection L’imaginaire de Gallimard, un très bel objet-livre pour 6,50 €
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : mississipi, procès