08.02.2007

Un bébé si bien réglé

Julian GloagChambre d’ombre

Autrement, Collection Diableries, 1996

 

Ce roman est la parfait illustration d’une citation que j’avais relevée dans Comment j’ai fumé tous mes livres, de Fatma Zohra Zamoum :

«[…] les livres importants, ceux où il advient quelque chose pour la communauté humaine : une singularité, un imaginaire, une subjectivité ou un regard. »

Il y a tout ça dans ce roman, singularité, imaginaire, subjectivité et regard. Parce que l’histoire en elle-même est – malheureusement – assez classique, bien que dramatique. Je ne peux d’ailleurs pas en révéler quoi que ce soit, même le début : ça fait partie du jeu de sentir tout de suite que quelque chose cloche, sans parvenir à mettre le doigt dessus ; de se fourvoyer dans une mauvaise direction, puis d’enfin comprendre la situation et d’assister à la débandade.
Mais la façon de le faire, complètement neutre et détachée, renforce encore l’effet de la situation et au final, on est glacé, déstabilisé et triste, surtout.
La 4° de couv a de jolies phrases pour ne pas en dire trop : « Au centre de ce roman, il y a la silence ; pesant, mais nécessaire pour taire l’impensable. Autour du silence, des personnages qui, tels des pantins, jouent la comédie de la vie. Banalité et folie se côtoient dans un minimalisme que l’auteur pratique avec talent, parce que l’extrême douleur se dit avec des mots de tous les jours. »

Et puis j’aime beaucoup aussi les deux dernières phrases :

« - Ca va aller maintenant…
- C’est vrai ? fit-elle, c’est vrai ? »

Plus ouvert et fermé à la fois, tu meurs.

 

Traduction (GB) de Henri Yvinec
142 p.

08.12.2006

Jacques a dit ni oui ni non

François BerléandLe fils de l’Homme invisible

Stock, 2006

 

11 ans, le petit François, enfant bien élevé s’il en est, est dans la lune le soir où son père, pris de boisson, lance à la cantonade cette petite phrase « De toute façon, toi, tu es le fils de l’Homme invisible ». Comment interpréter ça ? Sa compréhension en sera littérale, et l’amènera à tester des situations pour le moins originales…
Mais très vite on comprend que ça ne s’arrête pas à cette sympathique naïveté, et durant les quatre années qui suivent, c’est bien d’une forme de schizophrénie que nous entretient François Berléand (La séance chez le premier psy est d’ailleurs franchement hilarante).
D’étapes en reculs, on l’accompagne ainsi jusqu’à la rencontre salvatrice d’un psychologue scolaire en qui il placera, avec succès, sa confiance.

Ce livre est terrible, parce que l’on rit beaucoup d’un sujet particulièrement grave, la souffrance d’un enfant. Et c’est bien là toute la finesse de François Berléand, avec son air de ne pas y toucher, de se raconter avec la plus grande ironie, sans céder à la facilité et en enrobant le tout d’une tendresse infinie (et quand il le faut de quelques coups de pieds bien placés : la méthode globale d’apprentissage de la lecture, la méthode Ramain...)

J'ai passé un très bon moment entre ses lignes.

 

208 p.