24.08.2010

Mon vieux et moi – Pierre Gagnon

 

« Certains jours, en après-midi, il n’a envie de rien. Il s’installe alors au salon pour ne plus bouger. Il peut y demeurer pendant des heures. Je glisse un oreiller derrière son dos pour l’aider à tenir. Il attend quelqu’un… Plus tard, devant l’évidence que personne ne viendra, il se remet en route pour sa chambre ou la salle de bains. Voilà, c’est tout. Ça s’appelle vieillir. Jamais on ne raconte ces choses-là, bien sûr. Ça n’intéresse personne. »

Le narrateur allait souvent le dimanche visiter sa tante à la maison de retraite. Quand elle est morte, il s’est rendu compte que Léo lui manquait. Léo, un vieux monsieur de 99 ans, au bon caractère. Alors il décide de l’adopter.

Ça peut paraître étrange et fantaisiste, bien sûr, mais en fait ce court roman va bien au-delà des apparences et propose un épilogue cohérent.

« Qu’est-ce qui me prend d’aimer les vieux ? » se demande parfois notre narrateur (à la retraite, nous dit-on, mais lui parle d’un demi-siècle d’écart avec Léo, on prend sa retraite à 49 ans, au Québec ?), pourtant il répond très bien lui-même à cette question, il y a une raison pour qu’il lui vienne subitement l’envie de prendre Léo chez lui. Tout comme Léo en a également une pour accepter…

Un très court roman, donc, dont les nombreuses qualités m’ont tout à fait séduite : frais, subtil, poétique, charmant.

 

Ed. Autrement, 2010, 80 p.

25.01.2009

Du bon usage des étoiles - Dominique Fortier

fortier.jpgAprès "Terreur" de Dan Simmons qui m'avait fait forte impression, j'étais impatiente de lire ce premier roman de Dominique Fortier qui s'intéresse au même fait : l'expédition Franklin. Force m'est de constater qu'elle a réussi à en faire quelque chose de très personnel, en se basant sur des faits concrets et historiques.

Ici, si la trame de fond s'appuie toujours sur les journaux intimes de Sir John et Crozier, on entrecroise régulièrement Lady Jane et sa nièce Sophia. Et leur portrait est particulièrement réussi, en ce milieu du 19°. A la force d'âme et la saine curiosité de la première répond la langueur morose de la seconde, et quelques pensées fort peu charitables ternissent l'image de l'épouse qui n'aura jamais baissé les bras. Pour Sophia on ne peut se garder d'une certaine indulgence, elle est frivole, ma foi, c'est de son âge.

Mettre en résonnance leur quotidien très privilégié et les pensées désespérées qui leur sont adressées par les hommes coincés dans  la glace est poignant, allégé fort heureusement par de petits intermèdes cocasses comme la recette du plum-pudding, entre autre.

L'ensemble est assez factuel, narré d'une plume froide (parfaitement adéquate !), mais le lecteur ressent derrière la rigueur somme toute si britannique la profondeur de l'émotion.

Cette expédition fut un drame absolu.

 

Ed. Alto, 2008, 340 p.

 

Grand merci à Caro[line] pour le prêt !

De nombreux avis sur La recrue. (Livre du mois de Décembre 2008).