21.01.2012

N'importe quelle vérité est préférable au doute absolu

(Sir Arthur Conan Doyle, La Figure jaune)

 

"- "L'homme n'est rien, l'oeuvre tout". C'est là que vous voulez en venir ?

- Oui. C'est de Flaubert, n'est-ce pas ?

- Oui.

- Et nous nous le rappelons encore.

Bram rit de nouveau amèrement.

- Mes histoires, dit Arthur. La science de la déduction. Le détective qui raisonne. La solution livrée fort à propos dans un dénouement satisfaisant. Tout ça, c'est des conneries.

Bram sourit.

- Je sais, dit-il. C'est pour cela que nous en avons besoin."

le plus grand des mystères holmésiens,est peut-être le suivant:,quand nous parlons de holmes,nous tombons invariablement dans le fantasme de son existence.,t.s. eliot,

1893, Arthur Conan Doyle n'en peut plus de Sherlock Holmes : il le hait, c'est plus fort que lui, il en a ras-la-casquette que tout le monde lui parle de lui, il va le tuer, ça suffit, faire des romans sérieux, se libérer d'un personnage de romans de quatre sous en lequel il ne croit plus, enough !

2010, les Baker Street Irregulars se réunissent, il se passe un truc de f.o.l.i.e, on a retrouvé, parait-il, le dernier tome du journal intime de Conan Doyle, on va enfin savoir ce qui s'est passé pendant les années "sans" Sherlock Holmes !

Aux deux époques, en alternance, un mort. Une enquête. Des indices. Trop. De la réflexion. Tout est lié, tout est Holmésien, Doyléen voire Sherlockien, en piste !...

Un roman extrêmement sympathique rempli de tout ce qu'on aime : Londres, l'Angleterre, des faits historiques en base, une jolie imagination qui enrobe le tout, de l'humour (j'ai adoré la traduction, pleine d'inattendu, le "Tu déconnes !" de Sarah par exemple :)), de la déduction à tous les coins de rue et plein, plein de citations toutes plus délicieuses les unes que les autres. Je ne suis pas friande du procédé chapitres très courts en alternance, mais ici ça fonctionne du feu de dieu et j'ai retrouvé ce roman avec à chaque interruption avec un sourire de plus en plus grandissant. On apprécie au passage la réflexion sous-jacente sur le roman policier en général.

Un très bon divertissement (premier roman, en plus).

 

221b Baker Street - Graham Moore

Le Cherche-Midi (collection Neo), 2012, 448 pages

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise Smith

Titre original : The Sherlockian

 

"Pressant le pas, il atteignit l'ascenseur pratiquement au galop. Une curieuse sensation remonta de ses mollets à ses genoux. Non qu'il en eût fait l'expérience récemment mais en y réfléchissant, il se dit que cela devait s'appeler "courir"."

 

Lu également par Claude Lenocher