22.04.2010
Confessions of a Jane Austen Addict - Laurie Viera Rigler
"Why is my stomach doing flip-flops ?"

Courtney Stone se réveille un matin dans un corps, un pays et une époque qui ne sont pas les siens. C'est un rêve, se dit-elle, de cette sorte dont on lui a parlé, les hyper réalistes, en état de semi-conscience. Elle va donc pouvoir interagir directement à l'intérieur de ce rêve et modifier les choses déplaisantes. Mais non. Rien à faire. Matin après matin, elle se rend à l'évidence : aussi impossible que cela puisse paraître, elle est bien dans cette réalité différente...
Le corps qu'elle "occupe" est celui d'une certaine Jane Mansfield, à l'époque de Jane Austen, son idole. Physiquement très différente, elle entrevoit par flash les souvenirs de la vraie Jane M., et a une connaissance instinctive des gestes auxquels ce corps était habitué : coudre, danser, aucun problème. L'ennui, c'est que les souvenirs de Courtney ne se sont pas effacés du tout, et qu'être une jeune américaine de Los Angeles dans l'Angleterre du début 19° occassionne quelques menus frottements...
Par exemple le maquillage ("I pinch my cheeks and bite my lips, a poor substitute for the arsenal of paints and powders I'm used to having atmy disposal."), et ce n'est pas un détail pour une donzelle dont la version du cauchemar classique d'être nue au milieu d'une foule est de n'être pas maquillée en présence de bombes sophistiquées !
Ce roman est un petit régal pour glousser tranquillement. Bien sûr, il y a quelques abus de frissons et tremblements divers et répétés (sans parler des divers mouvements de son estomac), et notre héroïne a de constantes "illuminations" que le lecteur a déjà vues venir des pages auparavant. Mais l'aventure est passionnante, l'humour omni-présent, et le suspens se niche dans des endroits inattendus : à un moment, par hasard, on rencontre Jane Austen, et notre coeur bat aussi fort que celui de l'héroïne ! On est suspendu aux mots, on attend terriblement de cette rencontre. Certainement pas autant que Courtney, qui a lu et relu d'innombrables fois les six romans de Jane Austen (jusqu'à prendre des jours de maladie pour le faire tranquillement) ("my entrée to Austen was via Colin Firth prancing around in tight pants for the BBC" ==> Hiiiiiii).
Et puis elle est franchement rigolote, notre Courtney-qui-devient-de-plus-en-plus-Jane au fil des pages. Elle chavire à sa première vraie demande en mariage, elle qui "dans la vraie vie" avait eu droit à des drunken mumblings of "Okay, you win - let's get married". Elle est sidérée par la puanteur des gens, et manque de mourir étouffée de rire lorsqu'elle assiste à sa première messe : tout le monde pète tranquillement : "No wonder Mary Crawford was so horrified that Edmund Bertram was going to become a clergyman. I am appreciating Mansfield Park more every moment. "
Il y a une vraie réflexion sous-jacente sur la place des femmes à cette époque, sur leur possibilités d'avenir très limitées. Courtney finit par réellement comprendre le carcan mais aussi l'importance des règles sociales. Moments de gravité complètement éludés par l'épilogue rose bonbon, qui passe comme une fleur, tant on est imprégné de tout le reste.
Laurie Viera Rigler, dont c'est le premier roman, est membre de la Jane Austen Society of North America de longue date. Elle sait à merveille communiquer son amour de notre Dame adorée.
"I cannot imagine a world in which one can read Jane Austen only once."
Ed. Bloomsburry, 2010 (pour l'édition paperback), 288 p. VO.
Merci Fashion !
Karine n'a pas aimé (en fait, selon ma lecture, il y a un seul truc qui ne trouve pas sa réponse, ou du moins je ne l'ai pas vue, c'est que la Jane M. d'avant Courtney parle de certaines choses dans l'avenir à James, et pourquoi, comment en a-t-elle connaissance, mystère...) (de plus, c'est drôle parce que la façon dont s'exprime Courtney m'a souvent fait penser à toi !! :))