21.12.2010
Ghostheart - R.J. Ellory
Live a little Annie O’Neill, she told herself. Live a little before you die.

Annie O’Neill a une petite vie trop tranquille. La trentaine, New-York (Manhattan, même), elle s’occupe de sa boutique de livres d’occasion, qui lui permet tout juste de subvenir aux frais essentiels, au jour le jour. Son père est mort quand elle était gamine, sa mère il y a quelques années, elle n’a pas eu des masses d’histoires de coeur. Elle n’a pas non plus beaucoup de clients; elle regarde vaguement passer la vie, solitaire, elle s’en accommode sans trop d’états d’âme. Elle a son voisin, Sullivan, un quinquagénaire d’une gentillesse parfaite, ses livres, un bon client aussi qui lui apporte des sandwiches le midi. Ainsi coulent les jours.
Entre en scène un vieux monsieur qui lui dit avoir bien connu son père. Comme elle n’en a absolument aucun souvenir, elle est très intéressée par ce que ce Forrester peut avoir à lui raconter. Il lui propose de recréer un ersatz de club de lecture, autour d’un manuscrit à lire chapitre par chapitre. Ils se reverront chaque lundi pour la remise du chapitre suivant, et quand elle aura tout lu, ils en discuteront. Après seulement il lui parlera de son père...
Un roman qui m’a fait capoter tout debout. Il est pourtant plein de défauts, Annie ne veut absolument rien comprendre à rien - alors que nous, lecteurs, on a déjà tout mis en place au premier chapitre du manuscrit (bon, peut-être au 2° ou 3° pour les détails), mais il a un souffle, un ton et une ambiance qui nous prennent à bras le corps et nous font valser comme qui rigole.
C’est la première fois que je lis Ellory en VO, mais pas la dernière. J’ai beaucoup apprécié sa patte, sa façon d’expliquer les choses à travers un détail (comme : « elle avait un rire qui en disait plus sur elle que n’importe quel mot aurait pu le faire », j’ignore le nom de cette figure de style, mais je l’aime beaucoup :))), la façon dont il écrit un roman dans le roman, avec des faits choquants, brutaux, totalement en opposition avec l’univers d’Annie; la façon dont cet univers évolue progressivement, passant de douillet et en retrait à quelque chose d’angoissant et de pesant, amplifié par l’extrême candeur (voire imbécilité) qu’elle persiste à afficher; ses réparties vives, qui sont souvent une surprise; le passage leste, qui m’a donné chaud chez le coiffeur...
C’est un roman difficile à classer, tant il contient plusieurs genres. C’est un roman d’abord introspectif, qui contient une histoire d’amour, une histoire d’amitié, une histoire de vengeance et qui évoque tout à la fois la comédie romantique et le film de gangster.
C’est fort ambitieux à la base et le pari n’est pas tout à fait tenu, mais Ghostheart a ce petit quelque chose pas bien définissable qui déclenche l’affection. Comme Sullivan, tiens. Un homme qui vous dirait :
« I take you to the Italian restaurant on 112th, we eat crab and avocado antipasta, we gorge ourselves sick on fusilli and mortadella and Montepulciano, and then we get a cab home and laugh about how stupid everyone else is but us."
Franchement, comment résister ?...
Orion Paperback, 2004, 390 p.
Emeraude m’avait donné envie.