16.04.2011

Les gens les plus dangereux ne sont pas méfiants, ils sont intéressés.

SORRY

 

NOUS VEILLONS

A VOUS EVITER TOUT EMBARRAS,

FAUX PAS, MALENTENDU,

ERREUR ET LICENCIEMENT.

 

NOUS SAVONS CE QUE VOUS DEVRIEZ DIRE.

NOUS DISONS CE QUE VOUS VOULEZ ENTENDRE.

PROFESSIONNALISME & DISCRETION.

 

thriller,allemagne,ça fonce,certaines scènes très dures,mais très,quoi,

 

Ils sont quatre amis de longue date et créent une agence inédite qui décharge les entreprises de leur culpabilité. Ils se limitent au terrain professionnel uniquement, aucune affaire personnelle. Ça marche tellement bien qu'ils vont attirer la mauvaise personne, et se retrouver dans une situation  inextricable...

Thriller nerveux en huit parties, Sorry innove réellement sur la forme; en mélangeant les narrateurs, les points de vue et les époques, on parvient lentement à une compréhension globale, si on accepte de tâtonner quelques temps dans le noir. Je n'ai pas pu m'empêcher d'être agacée par la systématisation du principe, tout en reconnaissant bien volontiers que ça fonctionne. On dénoue les fils facilement si on est attentifs. L'exploration de la culpabilité est très réussie, quel que soit le personnage. Le rythme en revanche ne m'a pas séduite, asséné sans variations, trop agité pour que je puisse m'immerger réellement. Mitigée, donc, mais bien ferrée quand même.

 

Sorry - Zoran Drvenkar (2009)

Editions Sonatine, 2011, 448 p. 

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner

 

Le billet de : Le Capharnaüm éclairé.

24.03.2011

Close Your Eyes - Amanda Eyre Ward

New York, 1986. La petite Lauren, 8 ans, passe la nuit avec son frère, Alex, 10 ans, dans leur cabane,j'ai aimé la partie 2,en fait,uniquement,50 pages,quoi dans l'arbre du jardin. Au matin, Alex découvre le cadavre de sa mère dans sa chambre. Le père est accusé, emprisonné.

Austin, Texas, 2010. Alex part en Irak comme médecin sans frontières, Lauren s'effondre. Assaillie par des attaques de panique, elle tente de voir un psy, elle a conscience d'avoir érigé de très hauts murs autour de ce qui a bien pu se passer cette nuit-là. Refus de l'engagement, refus de tout contact avec son père, elle vit dans une insécurité permanente qui ne peut plus durer.

Et puis il y a Sylvia, qui, enceinte de cinq mois à 41 ans, vient de quitter le père pour revenir à New-York. Elle espère pouvoir compter sur Victoria, son amie depuis la petite école, pour qui elle a toujours été une épaule solide.

Tous ces gens sont liés, et à coup de flash-backs nous allons comprendre comment...

Basée sur une histoire vraie, ce roman a un traitement extrêmement formaté. Le cloisonnement des différentes parties n'empêche hélas pas de sentir beaucoup trop vite vers quoi on se dirige, et aucune ficelle ne nous est épargnée : la demande en mariage écrite sur la buée de la vitre de voiture, l'appel nocturne qui sonne faux de bout en bout, le happy end de tous les côtés, non, c'est juste pas possible.

Dommage parce que des choses fonctionnent bien malgré tout (comme la "rencontre" entre Sylvia et Victoria, leur relation au fil des ans), mais l'ensemble est bien trop fade et trop chargé, paradoxalement.

 

Harper Press, 2011, 251 p. (VO)

 

Merci Amanda pour le prêt !

 

Les autres romans d'Amanda Eyre Ward : A perte de vue, Le ciel tout autour, Pardonnez-moi  i  c  i  

Ses nouvelles : Les amours de Lola   l  à  .

03.11.2010

Pas ici, pas maintenant - Erri De Luca

J'avais beaucoup aimé Fahrenheit 2010 d'Isabelle Desesquelles, ce qu'elle disait d'Erri De Luca m'avait donné une irrésistible envie de le lire et d'ailleurs, j'ai acheté d'un coup tout ce que j'ai trouvé de lui en librairie, une impulsion qui pouvait se révéler idiote... mais qui était fondée, ô combien.

 

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Pas ici, pas maintenant est son premier roman, "mûri à la fin des années 80", lui qui est venu à la littérature "par accident".

Il y fait parler un homme de 60 ans, qui croise dans la vitre d'un bus sa mère, alors dans sa trentaine. "C'est possible, car le possible est la limite mouvante de ce qu'on est disposé à admettre." Il s'adresse à elle, lui racontant son enfance, les 10 ans pendants lesquels il lui semble avoir vécu (il aura le même sentiment pendant les 7 années de son mariage seulement), et puis l'adolescence, à Naples.

Alors que dire... C'est d'une beauté absolue. C'est touchant, universel, merveilleusement écrit. La 4° de couv a des mots parfaits pour en parler : "Voilà pourquoi Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un livre abrupt et fier, que rythment de subtils dérèglements comme autant d'initiations.

Il parle de Filomena, la domestique quand leur situation sociale se sera améliorée (il ne s'y fera jamais). Un jour, quelqu'un lui dérobe les économies d'une vie. "A ce moment-là, j'ai dû comprendre pour la première fois que le mal est irrémédiable et qu'il est impossible de réparer un tort quoi que l'on fasse ensuite. Le seul remède est de ne pas en commettre et ne pas en commettre est en ce monde l'oeuvre la plus ardue et secrète."

Il raconte les enfants battus à l'époque, chose qu'il ne connut jamais, chez lui c'étaient des remontrances verbales, qu'il abhorrait de tout son être de petit bègue "Jevveux pas des mots.". "Entre mère et fils le progrès n'existe pas, la civilisation n'évolue pas : les mots seront toujours réduits et ne seront que des mots, rares, préservés. Ils ne remplacent rien, ni les coups, ni les caresses."

Il raconte mille et une choses, infimes, minuscules, il tente de les dessiner avec sa personnalité adulte, il nous fait toucher du doigt l'indicible. Je suis complètement sous le charme.

"Il y a des pauvres pour qui le riche n'est pas un idéal. Il y a des pauvres, matériellement et spirituellement, insoumis."

 

Ed. Gallimard & Folio 2008, 127 p.

(Première parution en français aux Editions Verdier en 1992 sous le titre Une fois, un jour)

Non ora, non qui, 1989

Traduit de l'italien par Danièle Valin

 

Mango est perplexe (je précise que j'ignore tout des prises de position d'Erri De Luca en tant qu'homme, que j'ai lu - et adoré - ici un roman, et que je crois profondément que séparer les hommes de leurs oeuvres est salutaire).

07.10.2010

Séquences afropéennes Saison 1

Elles sont jeunes, belles, parisiennes, elles forment une bande de copines, ont des amours, des ex, des mères, des familles, des questionnements existentiels sur leurs cheveux, les héroïnes de Blues pour Elise sont pétulantes, charmantes, vivantes. Elles sont noires*, aussi, et de ceci découle parfois tout un langage, des codes, des mots précis que je maîtrise bien peu. J'aime autant les éviter, et parler avec mes mots à moi de ce qui m'a beaucoup plu dans ce roman : sa vivacité.

 

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Intitulé "Séquences afropéennes Saison 1" (la saison 2, Paris' Boogie est annoncée), ce roman est construit comme un cd musical. Les personnages se dévoilent en une séquence à eux seuls (presque) réservée, puis se croisent, interagissent les uns avec les autres.

Amahoro, par exemple, n'a plus de nouvelles de Michel depuis qu'un soir elle lui a fait atteindre le 7ème ciel. Aussi étrange que cela puisse paraître, la "fantaisie impromptue" qui lui est venue en cours d'action, et qui a visiblement énormément plu à son homme, l'a également extrêmement mis mal à l'aise. L'un comme l'autre, ils y réfléchissent, aidés par leurs amis. Pas facile pour un homme d'accepter de ne pas toujours mener l'action...

L'ami de Michel c'est Gaëtan, il est l'amoureux de Shale, qui est pour moi le personnage le plus intéressant de ces séquences, le plus attachant en tous les cas. Elise, qui donne son titre au roman, est sa mère, et son éclairage en séquence finale explique bien des choses. Dans "C'est l'amour", elle nous parle de Gaëtan, et j'ai beaucoup aimé sa façon d'en parler :

"Shale expliqua que c'était la première fois qu'elle était à ce point attirée par un homme assez peu avenant, selon les critères désormais obsolètes qu'elle avait jusque-là appliqués au choix de ses partenaires. Gaëtan n'était ni grand, ni particulièrement svelte. Quelque chose d'indéfinissable dérangeait l'harmonie de ses traits. Il fallait le regarder de près, sous un angle précis, pour voir ce qui avait failli exister, mais qui s'était retiré au dernier moment. Sa beauté avait renoncé à s'exposer, exigeant un regard méticuleux. Shale n'avait pas eu d'effort à fournir. Ses yeux avaient immédiatement vu le dessous des cartes. La beauté, plus souterraine qu'intérieure, de Gaétan. Amahoro l'interrogea sur la différence qu'elle faisait entre le souterrain et l'intérieur. Shale fit une pause, avala une autre gorgée de son cocktail de fruits, cherchant les mots justes pour exprimer sa pensée. Son amoureux était une belle personne en dedans aussi, elle ne prétendait pas le contraire. En parlant de sa beauté souterraine, c'était uniquement à son corps qu'elle faisait allusion. Ses attraits physiques étaient dissimulés sous quelque chose qui les rendait absolument imperceptibles, si on ne faisait pas attention. Amahoro se dit très intéressée par cette théorie, désireuse d'en apprendre davantage à propos de ce sex-appeal des profondeurs.

Shale haussa les épaules. Elle ne savait pas trop. Cette sorte de beauté se captait plus qu'elle ne se voyait. Elle était dans l'énergie d'un individu, les intonations de sa voix, les mots choisis pour s'adresser à l'autre, les gestes, le regard. Par ailleurs, Gaétan avait une assurance rare chez les jolis garçons qu'elle fréquentait habituellement, parce qu'elle ne reposait sur rien de futile, sur rien de périssable. Il avait une réelle puissance de vie."

A la fin de chaque séquence, Léonora Miano nous offre l'ambiance sonore dans laquelle elles ont été écrites et j'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'ensemble. Nul besoin d'entrer dans la gravité pour dresser de vrais portraits sociaux, pour montrer par petites touches ce que c'est qu'être noir* à Paris de nos jours, sans verser dans la revendication ou le constat amer.

Un roman chaleureux, tendre et gai, que l'auteur présente elle-même sur son site.

 

Blues pour Elise - Léonora Miano

 Ed. Plon, 2010, 197 p.

 

* afropéennes, donc. Voir les commentaires.

29.07.2010

L'Hystéricon - Christophe Bigot

Jason a une grand-mère qui a une demeure sur une presque-île, il invite quelques amis de fac à ybigot.gif passer un week-end, ils se retrouvent coincés pour 10 jours en plein blocage social de la France. Ils ne se connaissent pas très bien, s'entendent encore moins, et instaurent un jeu : chaque soir, à tour de rôle, ils doivent raconter une histoire vraie et incroyable, suivie d'un débat collectif.

Dès le départ, l'auteur installe l'ambiance sur les bases de la démonstration, énonçant ses paramètres avec une distance ironique : les personnages sont volontairement caricaturaux, les évènements des archétypes : on repassera pour l'immersion.

"Et maintenant, alors que le brasier révolutionnaire s'allumait un peu partout, il vivait dans un palace à l'écart du monde, avec des dégénérés qui pratiquaient le fouillage de merde et l'enculage de mouches le plus futile, nappant le tout de références à Boccace et à Molière pour tenter de se justifier."

On peut voir les choses comme ça, à l'instar d'un personnage. Pourtant on se laisse faire jusqu'au bout, parce qu'au fond c'est tout ce qu'on demande, qu'on nous raconte des histoires, et dix récits explorant plusieurs genres (gothique, policier, conte de fées, confession intime...) enrobés du mouvement des relations ancillaires entres nos prisonniers d'un temps n'est pas pour nous déplaire.

"S'inspirant des recueils de nouvelles de la Renaissance, comme L'Heptaméron de Marguerite de Navarre, L'Hystéricon célèbre l'art du récit."

Certes. Encore eût-il prévalu que les personnages aient suffisamment de consistance pour s'incarner dans leur rôle, et que leurs histoires soient parfois moins maladroites, ou plus intéressantes...

 

Ed. Gallimard, 2010, 467 p.

22.01.2010

Fugues - Lauren Groff

J'avais été séduite par Les monstres de Templeton, je le suis beaucoup moins par les neuf histoires étranges que développe dans ce groff.gifrecueil Lauren Groff.

On retrouve Templeton dans la première nouvelle, et on a l'impression de retrouver de vieux amis, à travers l'histoire de Lollie. 17 ans, grosse, elle vit avec sa petite soeur hyperactive et sa mère, est championne de natation. A travers toute la présentation de son univers on s'attend à quelque chose, à souffrir, à être surpris, je ne sais pas, quelque chose se met en place, et on a une vraie espérance, une attente. Qui est plutôt déçue, en fait, parce qu'il est assez difficile de comprendre pourquoi la découverte d'un bordel mettrait tellement une ville en émoi. Et puis parce qu'on laisse tomber Lollie, surtout.

C'est sans doute ce qu'a voulu Lauren Groff, désarçonner son lecteur, le mettre sur une piste et puis barrer à droite toute, le balader. Et insérer pas mal d'étrangetés, qui laissent une impression de gêne aux entournures, qui ne  coulent pas véritablement, selon mon ressenti. "Fugue", en l'espèce, qui donne son titre (mais au pluriel) au recueil, est l'archétype de tout ce que je n'aime pas dans une histoire, le côté fouillis, je mélange plein de trucs qui vont se rejoindre, vous allez voir, mais je ne vais au bout de rien, bon, j'ai lu distraitement.

Par contre j'ai beaucoup aimé "Le partage des eaux", la seule histoire à mon sens qui tienne ses promesses, qui possède sa propre grâce un peu floue et qui partage sa petite musique avec le lecteur. "Cette histoire n'a ni fin ni limite" : c'est bien dommage que toutes ne lui ressemblent pas.


Ed. Plon, janvier 2010, 264 p.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : Delicate Edible Birds

 

 

08.12.2009

Malo de Lange, fils de voleur - Marie-Aude Murail

"J'avais beaucoup progressé sur le plan moral, comme disait le loup aux sept petits biquets pour leur faire ouvrir la porte."malo.gif

Malo entreprend ici de nous narrer ses mémoires, du haut de ses seize ans. Nous sommes au 19°, il est orphelin, croit-il, et va naviguer d'aventure en péripétie jusqu'à découvrir sa véritable identité...

Un très, très bel hommage à la fois à Dickens (Malo de Lange, c'est Sam Weller en plus jeunot, ses tantes sont Betsey Trotwood, les titres de chapitre, un mix d'Oliver Twist et David Copperfield, et encore, j'ai sûrement raté les allusions aux romans que je n'ai pas encore lus, forcément !) et au roman d'aventure. On parle l'arguche de Vidocq, on trace la route comme Rémi, on chante comme Gavroche et j'en passe.

C'est délicieux, on vibre, on rit, on s'inquiète, on a 9 ans et on en veut encore !

 

Ed. Neuf de l'école des loisirs, 2009, 272 p.

 

Lu et approuvé également par : Cathulu (merci !),  Clarabel, Lucien, Trillian...