19.11.2009

"On air"

 

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Aujourd'hui, Kriss nous a quittés, à 61 ans, d'un cancer du poumon. Sa disparition me touche beaucoup. Sa voix m'était devenue proche.
***

 

Kriss La Sagesse d’une femme de radio

L’œil Neuf éditions, 2005

C’est quoi, la radio ? Comment ça se passe, concrètement, une émission ? Qui est aux commandes, qu’est-ce qu’on a envie de proposer aux auditeurs, qu’est-ce que ça apporte, qu’apprend-on en trente ans de métier ? A toutes ces questions, et à d’autres encore, Kriss répond ici fort joliment, sous le couvert de son expérience. J’ai beaucoup aimé parcourir ses lignes, parce qu’elle s’envisage sans forfanterie ni maniérisme, elle me semble très « vraie » et proche de mes propres sentiments.

L’envie sincère de mettre son interlocuteur en vedette, les façons d’y parvenir, tout ce avec quoi il faut composer, et les habitudes qu’il faut bousculer régulièrement pour ne pas s’encroûter et s’égarer. Chercher sans cesse à garder son enthousiasme, proposer et ne pas consommer sans mâcher, si tout n’est pas dit, le tour d’horizon est en tout cas assez large et très gracieux.

« Un jour, parce qu’un disque avait dérapé, on m’a ouvert le micro, pour « meubler le blanc ». Dans ces cas-là, quelque chose se mobilise chez l’animateur, une sorte de garde-à-vous verbal, les mots viennent tous seuls et on découvre une fois le micro coupé ce que l’on a raconté.
J’avais donné l’heure, à la seconde près, puis demandé aux auditeurs de m’envoyer une carte postale pour me dire ce qu’ils étaient en train de faire, à cet instant précis, et dans quel état d’esprit.
J’ai reçu quatre cent trente cartes.
« Je suis représentant, je suis au volant de ma voiture, et je m’apprête à passer la frontière suisse pour rejoindre ma femme que je n’ai pas vue depuis une semaine. Je l’aime. »
« Je suis dans un bistrot, je ne comprends rien à ce que tu demandes, mais ça m’amuse d’y jouer. »
« Je suis dans mon jardin, et je récolte des haricots verts car mon petit-fils vient dîner ce soir. »
« Je suis dans ma chambre, je range dans une malle les vêtements de mon mari qui a été enterré ce matin, j’ai trente ans et je pleure. »
« Je suis à Tokyo, je me brosse les cheveux, et j’apprends le français en t’écoutant. »
« J’ai huit ans, maman t’écoute, on est à la maison, il y a du soleil et elle a dit qu’on pourra sortir après avoir fait la carte postale. »
« Je suis dans mon tracteur, je fais la moisson, je me dépêche avant la pluie. »
« Je suis à Paris, et je vais acheter mon pain. Personne ne m’a adressé la parole depuis trois jours. »
« Je suis face au rocher du Diamant, en Martinique, et j’essaye de le peindre. »
Quatre cent trente instants, heureux ou malheureux, intensément vécus. Pourquoi ces gens m’avaient-ils entrouvert leur vie ?
Ces cartes ont changé ma façon de faire de la radio.
Elles m’ont révélé la force de l’instant.
»


110 p.