15.02.2010
La Ferme des Neshov - Anne B. Ragde
On avait quitté toute la famille réunie pour l'enterrement de la mère. Après avoir noué ou renoué connaissance les uns avec les autres,
chacun est retourné à son propre quotidien, tout en maintenant un lien ténu. Tor et ses truies, Margido et ses cercueils, Erlend et Krumme dans leur Danemark, Torunn et sa clinique vétérinaire à Oslo. Et la vie avance...
Second volet de la saga des Neshov (après La Terre des mensonges), cet opus donne dans le pur divertissement. On suit le quotidien de chaque membre de la famille, ils ont leur lot de tristesse (voire de désespoir) mais c'est pourtant une certaine gaieté, une légèreté qui domine. On a toujours de grands passages sur les animaux, des liens familiaux timides, des solutions miracles qui déboulent comme par magie. On est clairement dans un registre sympathique, un peu à la Armistead Maupin, le froid et la neige en plus. Il se passe beaucoup de choses, ça bruisse, ça pleure, ça rit, ça tombe amoureuse, c'est un peu beaucoup, tout ça. En même temps ça fonctionne vraiment, on se souvient instantanément du premier volume, nos personnages existent pour leur lecteur.
La dernière page se ferme sur un épisode dramatique dont on voudrait la suite immédiatement ! Vivement le dernier volume de la trilogie :)
Ed. Balland, 2010, 380 p.
Traduit du norvégien par Jean Renaud
Titre original : Eremittkrepsene
22:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : norvège, ferme, saga familiale, trilogie |
14.04.2009
Le remède et le poison - Dirk Wittenborn
"Il est difficile de penser à deux choses en même temps, surtout quand l'une des deux est : Suis-je fou ?"
C'est l'histoire d'une grande famille, de 1951 à 1994, aux États-Unis. Will Friedrich, le père, est psychologue et en 1951, quand nous le prenons en route, déjà père de famille, il a le projet de fabriquer le médicament ultime, l'anti-dépresseur efficace et révolutionnaire (il faut dire qu'à l'époque, les traitements contre les maladies mentales sont effarants !). L'étude qu'il met en place avec une collègue va comporter un élément sacrément perturbateur en la personne de Casper Padrak : il est déjà fou, vraiment cintré, avant de prendre part à l'étude. Et du genre le plus dangereux, le brillant, QI qui pète les scores et autisme avéré. Le produit fonctionne, pour tous les participants, et pendant quelques temps c'est une période bénie. Puis survient le drame, qui modifiera et pèsera sur la vie de la famille Friedrich pendant des décennies...
Un roman tout à fait réussi dans lequel on s'immerge profondémment. Le ton est original, alterne les passages comiques, incongrus et plus sérieux. Will est fascinant, sa famille étonnante, leur vie conditionnée par des substances de toute sorte. Il se passe toujours quelque chose, on passe de l'un à l'autre, l'atmosphère des différentes périodes (années 50, 60, 90) est brillamment rendue, on s'attache à tous les personnages. Il y a un petit côté Kate Atkinson qui tient à un certain humour basé sur l'inattendu, et à un rythme sautillant que j'apprécie toujours, en même temps que du Irvin D. Yalom pour l'imbrication permanente de la psychologie, tout le temps.
Lorsque ça s'achève, on est pas mal frustré parce que plusieurs points n'ont pas eu leur réponse (pourquoi, bon sang de bois, pourquoi lui a-t-il appris à nager ?), ou peut-être simplement parce que quand c'est bien comme ça, s'arrêter est toujours insatisfaisant...
Ed. Seuil, 2009, 417 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun
Titre original : Pharmakon
04:12 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : psychologue, pharmacopée, saga familiale |
29.07.2006
Relecture : Pat Conroy, mon adulé
Pat Conroy – Le Prince des Marées
Pat Conroy, 1986
Presses de la Renaissance, 1988 pour la traduction française
Belfond, 2002
Pocket, 2005
Incontestablement, mon roman préféré entre tous.
Je me suis encore laissée prendre sans aucune retenue dans les filets de Pat Conroy, m’avalant ces plus de 1000 pages sans m’en rendre compte, un passage après l’autre, l’esprit neuf quant aux péripéties pourtant sues et connues de la famille Wingo.
C’est décidé, je le relirai chaque été et y trouverai sans nul doute un plaisir toujours renouvelé et pourtant différent, ce doit d’ailleurs être le livre que j’ai le plus relu dans ma vie de lectrice.
Le 4 octobre 1944, (une des nombreuses coïncidences de mon histoire d’amour avec Pat Conroy, je suis née le même jour que mes héros chéris), par une nuit de tempête monstrueuse, et quelques petites années après leur frère Luke, Savannah Constance et Thomas Catlett Wingo voient le jour, jumeaux merveilleux et terribles, dans une petite île de la Caroline du Sud, par marée montante.
Quelques 36 ans plus tard, Tom vient passer l’été à New-York, autant pour aider la psy de sa sœur à comprendre cette dernière - qui une fois de plus a cédé à ses psychoses et a tenté de se suicider - que pour faire le point sur sa propre vie, qu’il s’obstine à gâcher.
Quand son enfance est qualifiée d’ «Hiroshima », sa vie d’adulte de « Nagasaki », et l’histoire entière d’ "Histoire d’Auschwitz", on a beau s’aimer tous très fort, il y a de nombreux points à évoquer, en intercalant le présent et les épisodes chronologiquement narrés.
Le tout dans un lyrisme débridé, une ode aux marais sudistes, à la crevette, à l’élément aquatique, aux tigres du Bengale et aux marsouins blancs, aux mamans qui font se coucher le soleil dans un paysage à nul autre pareil, aux coachs qui révèlent les adolescents, au sport qui magnifie le racisme le plus primaire, j’en passe, et j’en passe.
Oh on a aussi notre lot de saloperies, de parents tordus et manipulateurs qui passent leurs nerfs sur plus faibles que soi, de snobisme puant, de petites lâchetés médiocres, de viol, de meurtre, et là aussi, j’en passe, et des pires.
Maintenant je veux relire Beach Music aussi, qui raconte finalement la même histoire mais différemment, puis Le Grand Santini qui me fera aimer un peu quand même ce père à l’ancienne, et Saison noire pour me gorger du jeune Pat que j’imagine sous les traits de Nick Nolte du temps de sa sobriété, je veux même trouver The Prince of Tides en VO et tenter pour la première fois l’aventure de la Vo, je veux retrouver aussi l’épisode des tortues et cette autre Caroline, ces personnages infects et merveilleux à la fois de parents, ces dialogues cyniques qui me font glousser à haute voix, cette gorge qui se sert en se tançant d’être vraiment trop sentimentale.
Quand dans un dialogue je vois le nom de l’interlocuteur répété tant et plus, ça m’agace, puis je lis à haute voix, et j’y suis, oui Pat Conroy en fait des tonnes, mais ça marche, bon sang, ça marche du feu de Dieu et j’adore ça à un point que vous ne pouvez imaginer.
Voilà tout mon univers littéraire.
Tout.
Traduction (USA) de Françoise Cartano
1069 p.
D'autres avis à la pelle : celui de Flo, de Plume salée, de So, et bientôt celui de Frisette.
15:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : pat conroy, saga familiale, génial |

